1 janvier 2026
Ier janvier : entre vœux de Nouvel An et devoir de mémoire 
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Ier janvier : entre vœux de Nouvel An et devoir de mémoire 

En Haïti, le premier jour de l’an ne saurait être une simple fête. Il est aussi l’anniversaire d’un acte fondateur qui a bouleversé l’histoire de l’humanité : la proclamation de l’indépendance d’un peuple anciennement réduit en esclavage. Pourtant, cette mémoire collective semble s’estomper aujourd’hui.

Le premier jour de l’an est un moment particulier pour les peuples du monde entier. Il se célèbre selon les réalités culturelles et folkloriques de chaque société : feux d’artifice, coups de feu d’armes automatiques, prières, réunions familiales. Partout, il est surtout l’occasion d’échanger les traditionnels vœux de bonne année, porteurs d’espoir et de renouveau.

Mais en Haïti, le 1er janvier revêt une double portée symbolique et historique. Il ne marque pas seulement le début d’une nouvelle année civile ; il rappelle aussi un événement majeur, fondateur et universel : la proclamation de l’indépendance d’Haïti, le 1er janvier 1804. Pourtant, force est de constater que, dans l’espace public comme dans les messages échangés entre Haïtiens, cette dimension historique est de plus en plus reléguée au second plan, éclipsée par les simples souhaits du Nouvel An.

Il ne s’agit pas ici de dénigrer ces vœux, car chacun en reçoit au moins un de la part d’un proche. Mais il est nécessaire de souligner que l’oubli de la signification profonde du 1er janvier constitue un véritable problème de mémoire collective. Un peuple sans mémoire est comparable à une voiture sans chauffeur : il avance sans direction, sans repères, au risque de s’égarer.

Depuis quelque temps, en Haïti, les dates, les symboles et les lieux historiques semblent perdre leur sens. Ils ne parlent plus suffisamment à une population en quête de repères, dans un contexte de crises multiples. Or, ignorer le passé, c’est fragiliser le présent et hypothéquer l’avenir.

1804 : une date charnière dans l’histoire de l’humanité 

Tout Haïtien devrait se souvenir que le 1er janvier 1804 n’est pas un fait anodin, ni pour Haïti ni pour le monde. Pour la première fois dans l’histoire moderne, un peuple anciennement asservi brisait ses chaînes et se proclamait libre et indépendant. Là où Spartacus avait échoué, les esclaves de Saint-Domingue ont réussi.

L’indépendance d’Haïti constitue à elle seule un pan fondamental de l’histoire nationale et mondiale. Elle fut à la fois une anomalie, une menace et un défi pour l’ordre international de l’époque, comme l’a si bien souligné l’historien américain Rayford Logan. Elle fut même un gifle. Haïti dérangeait parce qu’elle remettait en cause un monde fondé sur l’esclavage, le colonialisme et la hiérarchie raciale.

En 1804, Haïti bouleverse les paradigmes dominants. La Révolution haïtienne impose un nouveau modèle, porté par un triptyque révolutionnaire : anticolonialiste, antiesclavagiste et antiségrégationniste. Ce faisant, elle oblige les puissances du XIXᵉ siècle à repenser leurs certitudes, tout en suscitant peurs, sanctions et isolement.

Mémoire, histoire et responsabilité collective

Il est généralement admis qu’un peuple qui ignore son histoire est condamné à revivre les erreurs du passé. Cette affirmation prend tout son sens dans le contexte haïtien actuel. Oublier le 1er janvier 1804, ou le réduire à une simple date du calendrier, revient à se couper de la source même de notre identité nationale.

Aucun Haïtien ne devrait donc ignorer une date aussi charnière. Non par nostalgie stérile, mais parce que la mémoire historique est un outil de compréhension, de résistance et de projection vers l’avenir.

Loin de toute posture critique ou moralisatrice, ce texte se veut un appel à la conscience collective. Un appel à reconnaître ce qui est digne de mémoire, à réhabiliter les symboles fondateurs, et à transmettre aux générations futures l’héritage d’un combat qui dépasse les frontières d’Haïti.

Car l’histoire ne s’apprend pas seulement dans les livres ou à l’école ; elle se transmet aussi de génération en génération, par la parole, les commémorations, et le sens que l’on donne aux dates fondatrices.

Sans prétendre livrer un texte parfait, cette réflexion vise à rappeler une évidence trop souvent négligée : le 1er janvier, en Haïti, est à la fois un jour de fête et un devoir de mémoire. Honorer 1804, ce n’est pas vivre dans le passé ; c’est donner du sens au présent et tracer un avenir enraciné dans la dignité, la liberté et la conscience historique. 

Frisnel Sanon, 

Enseignant / +509 31021046

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