1 janvier 2026
1er janvier 1804 – 1er janvier 2026 : l’Indépendance confisquée, la souveraineté sous contrat
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1er janvier 1804 – 1er janvier 2026 : l’Indépendance confisquée, la souveraineté sous contrat

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 1er janvier 2025

1er janvier. Haïti célèbre encore, mécaniquement, la proclamation de son Indépendance. Mais que reste-t-il d’un acte fondateur quand la nation qui l’a porté n’exerce plus ni sa volonté, ni son autorité, ni son destin ? En 1804, l’Indépendance fut un acte de rupture. Une déclaration brutale adressée au monde colonial : Haïti ne demandait pas la permission d’exister. Elle s’imposait. 

Aujourd’hui, ce même monde nous impose ses agendas, ses missions, ses “solutions clés en main”, pendant que nos dirigeants signent, se taisent ou applaudissent.

Ce 1er janvier n’est pas une fête. C’est un rappel cruel. Car l’Indépendance n’est pas seulement une date dans les manuels. Elle est un exercice permanent de souveraineté. Or, Haïti vit sous un régime où les décisions majeures se prennent hors du territoire, où les priorités nationales sont négociées dans des salons diplomatiques, et où l’État fonctionne sous un pilotage externe permanent, pudiquement baptisé “accompagnement international”. On ne parle plus de domination. On parle de partenariat. On ne parle plus d’ingérence. On parle de stabilisation. Mais le résultat est le même : un pays sans boussole propre.

Pendant ce temps, un autre pouvoir prospère à l’intérieur même de la faillite de l’État : le secteur économique dominant. Une oligarchie sans drapeau, sans projet national, mais avec une influence décisive. Elle ne gouverne pas officiellement, elle oriente. Elle ne se présente pas aux élections, elle choisit les options. Elle ne signe pas les décrets, elle les inspire.

Ce pouvoir économique a compris une chose que la classe politique refuse d’admettre : dans un État affaibli, celui qui contrôle les flux contrôle la nation. Importations, carburant, denrées, finances, contrats… le peuple subit, l’État exécute, le marché décide.

Ainsi, l’Indépendance est devenue un symbole vidé de substance, un discours annuel récité par des autorités qui n’ont ni le courage de rompre avec la dépendance, ni la volonté de reconstruire un État souverain.

Le drame haïtien n’est pas seulement politique. Il est moral. Nous avons normalisé l’anormal. Accepté l’inacceptable. Et rebaptisé la perte de souveraineté en “gestion de crise”.

Pourtant, Dessalines n’a pas proclamé l’Indépendance pour qu’Haïti soit administrée par procuration. Les ancêtres n’ont pas versé leur sang pour que la nation devienne un terrain d’expérimentation internationale et un marché captif pour intérêts privés. Ce 1er janvier devrait être un jour de vérité.

Dire que l’Indépendance ne se célèbre pas sous surveillance. Qu’elle ne se déclame pas dans un pays où le peuple ne choisit plus. Qu’elle ne survit pas quand l’État abdique et que l’économie capture le politique.

Haïti n’a pas besoin d’un nouveau discours. Elle a besoin d’un sursaut. Car une Indépendance sans souveraineté n’est qu’un souvenir glorieux… et une nation qui vit de souvenirs finit toujours par disparaître.

Reynoldson MOMPOINT

mompointreynoldson@gmail.com

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