- Par Heidi Fortuné
Si nous sommes libres aujourd’hui, il ne faut jamais oublier que c’est grâce à nos aïeux qui ont combattu et donné leurs vies pour nous…d’où l’épopée de Vertières, le 18 novembre 1803. Mon sentiment sur cette victoire est qu’elle était porteuse d’un rêve et qu’elle allait contribuer à élever l’Homme Noir. Mon véritable héros a toujours été Jean-Jacques Dessalines, vient ensuite et tout naturellement Henri Christophe qui a bâti la Citadelle Laferrière. Dessalines et Christophe font partie de ces rares hommes dont on n’a jamais fini de parler. Ils se distinguaient surtout par leurs coups d’éclat, leurs gestes héroïques et leur bravoure à nulle autre pareille.
Malheureusement, on ne pourra jamais les mettre en relief par rapport aux dirigeants actuels d’Haïti. Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe n’ont jamais été aussi vivants qu’aujourd’hui. Devant l’arrogance et l’ingérence de certains pays occidentaux dans les affaires intérieures d’Haïti, je tiens à saluer leur mémoire et évoquer leurs actions qui, jusqu’à ce jour, continuent de faire rêver les générations présentes qui les considèrent comme des repères fiables.
Quelques jours après la commémoration des festivités marquant la victoire de nos ancêtres sur les forces expéditionnaires de Napoléon Bonaparte, un conseiller-président haïtien, membre du cercle nébuleux appelé Conseil Présidentiel de Transition (CPT), a fait l’objet de menaces, d’avertissements hostiles et finalement de sanctions, étendues également aux membres de sa famille, devant le projet de mettre fin aux fonctions de l’actuel chef du gouvernement, qui est tout le contraire de ce qui était attendu.
Aux yeux de la population, le Premier ministre et les neuf conseillers sont des minables, des personnes dépourvues de valeur morale. C’est du pareil au même. Cependant, ils sont malgré tout des Haïtiens, des autorités de mon pays, et je n’accepterai jamais que quelques blancs-becs étrangers les rabaissent de manière insultante et méprisable.
Les communications téléphoniques, envoyées via la messagerie WhatsApp aux officiels haïtiens par un simple chargé d’affaires américain et un ambassadeur canadien quelconque, qui font fi de tout principe élémentaire de la convention de Vienne traitant de la non-ingérence d’un État dans les affaires intérieures d’un autre État, sont d’une extrême gravité. Le comportement sans équivoque de ces deux diplomates est une ingérence manifeste et un déni évident du droit à l’autodétermination des peuples.
Comment a-t-on pu en arriver là? Et comment ont-ils osé, d’ailleurs? Si les conseillers-présidents ont un minimum d’honneur, ils devront déclarer ces deux diplomates ‘persona non grata’ en les sommant de quitter le territoire d’Haïti dans les vingt-quatre heures, sous peine d’être expulsés de force. C’est ce qu’auraient fait les empereurs Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe. L’ambassadeur du Canada et le chargé d’affaires américain doivent être déclarés indésirables et renvoyés chez eux. Sans doute, ils ne réagiront pas. La vérité, c’est qu’ils ont peur de perdre leur visa de voyage…Peu importe que la souveraineté nationale soit souillée. L’homme haïtien n’est en rien différent de l’homme blanc, et ne mérite nullement de telles humiliations. Le Nègre ne sera jamais un être inférieur. Les diplomates dénoncés sont tout simplement des racistes et des lâches. Ils n’auraient jamais eu pareille attitude envers certains dirigeants mondiaux. Les Occidentaux se sont toujours inscrits dans la logique d’imposer, par toutes les voix autorisées ou non, leur suprématie. Et jusqu’à présent, Haïti n’est pas aux Haïtiens. Elle le sera lorsque nous aurons décidé de nous battre ensemble, car sans solidarité, aucun défi, aucune lutte ne sera gagnée.
J’en ai assez. Et je refuse de me taire devant de telles situations. J’en ai marre de regarder l’enfer que vit la population haïtienne, ces injustices qui condamnent des innocents sans comprendre pourquoi ni de quoi ils sont accusés. J’essaye de rester positif mais il y a des jours, mon cœur est fatigué d’être fort. Cela fait des années que les États-Unis, la France et le Canada nous mènent en bateau et complotent sur notre dos. Ils nous mentent, nous manipulent et nous détruisent. Maintenant, je m’adresse à vous, chers compatriotes : n’en avez-vous pas marre, vous aussi, de cette clique? Alors, haussez le ton…vous qui êtes solidaires.
- Heidi FORTUNÉ, Magistrat
- ancien ministre de la Justice
- Cap-Haïtien, Haïti, ce 28 nov. 2025

