29 novembre 2025
« De la courbette à l’humiliation », par député Hugue Célestin
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« De la courbette à l’humiliation », par député Hugue Célestin

Le mardi 25 novembre 2025, avant même que l’aurore ne perce l’horizon et que la brillante étoile du Berger ne disparaisse, le gouvernement américain avait déjà dégoupillé une bombe diplomatique thermonucléaire. Elle a achevé de noircir le ciel déjà crasseux du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), ce ramassis de truands recyclés en braqueurs institutionnels qui prennent la Nation pour une caisse automatique. Comme toujours, une armée de pseudo-patriotes s’est mise à hurler au nationalisme, en ressassant des slogans anti-ingérence, anti-américain, anti-canadien, anti–communauté internationale. Ces cris sont lancés avec une ferveur mécanique par les mêmes employés, sous-traitants et laquais qui vivent à genoux devant ces puissances étrangères, et feignent de mordre la main qui les nourrit.

Fait étonnant, ce vent de rage souverainiste a même contaminé certains intellectuels habituellement lucides, militants sincères du changement réel. Ils ont oublié qu’ils ne faisaient que servir de haut-parleurs au discours d’une fraction arrogante de l’aristocratie des classes moyennes supérieures. Ces gens au pouvoir qui, depuis toujours collaborent avec l’étranger tout en quémandant l’occupation du territoire, la dépendance pour bureaucratiser la ruine. Ces mêmes personnages, hier applaudissaient les sanctions étrangères contre leurs propres compatriotes, non par sens de justice, mais par réflexe pavlovien du colonisé bien dressé. Ils se réjouissent dès qu’un Blanc tape sur un Haïtien, histoire de se sentir un peu plus proche du maître en espérant quelques miettes de reconnaissance.

Aujourd’hui, Maurice A. Sixto s’impose ; il a génialement caricaturé la domesticité dans Ti Sentaniz. C’est tout un manuel de psychologie sociale, une radioscopie crue de la relation entre « restavèk » et « mètrès kay ». Le « restavèk » n’est pas seulement un enfant exploité, mais le miroir exact des dirigeants haïtiens face à leurs maîtres après l’assassinat de Jean Jacques Dessalines. D’abord, ils ont appauvri la paysannerie en payant la rançon du braquage du roi français Charles X en 1825. Sans vergogne, ils ont livré le pays à l’impérialisme américain depuis 1915 à nos jours. Tout au long de notre histoire, ils n’ont cessé de marchandiser la destruction du pays.

  • La sanction

La relation de dépendance n’est jamais égalitaire, elle repose sur le contrôle, la hiérarchie, la soumission, la domination où l’un commande et l’autre baisse la tête. Sixto l’avait bien compris : la vie d’un « restavèk » est la métaphore parfaite d’Haïti sous tutelle. Dans cette dynamique politique, les « mètrès kay » sont les grandes ambassades, mais surtout l’ambassade américaine, tandis que les dirigeants haïtiens ne sont que des « restavèk » de luxe. Lorsque leurs maîtres se lassent de leurs services, ils les sanctionnent comme la « mètrès kay » punit « Ti Sentaniz ». Cela se traduit par un rapport, une note diplomatique, un visa annulé, un compte gelé, pour rappeler qui commande. Sans fard, Sixto a montré que la dépendance engendre l’humiliation, et que l’humiliation, à son tour, reproduit la dépendance.

Les chefs se prennent pour des stratèges, des « leaders », des têtes pensantes, surtout lorsqu’ils ont serré trois mains à Washington ou Bruxelles, et se croient alors des « Chantoutou ». Ils pensent participer aux décisions et imaginent que leur loyauté aveugle les protégera. Pourtant, cette protection ne dure que jusqu’au jour où ils osent un mot ou un acte de travers. Ils croyaient avoir gagné l’amitié, alors qu’ils n’ont obtenu que la tolérance, utile dans les rapports avec un valet tant qu’il reste à sa place. Lorsqu’on construit sa carrière, son prestige, sa légitimité et ses privilèges sur la dépendance, l’humiliation survient tôt ou tard comme un rappel de l’ordre naturel des choses. C’est le prix à payer pour avoir renoncé à la dignité. « Ou rantre an restavèk, y ap trete w an bon restavèk ! »

  • Le courage

À l’écoute de « Ti Sentaniz », on comprend immédiatement que la dignité n’est pas un slogan, mais une posture. « Ti Sentaniz », se courbe, obéit, tremble, et aussitôt les coups pleuvent. Beaucoup ignorent que la loi de la dépendance ne concerne pas seulement la maisonnée de la « mètrès kay » de « Ti Sentaniz », elle régit également les relations internationales. Avec Sixto, ce principe se manifeste dans la relation entre une « mètrès kay » et la « restavèk » qu’elle exploite et maltraite. Dans le théâtre politique haïtien, il se joue dans les ambassades, les ONG et les conférences internationales, où les responsables se comportent comme « Ti Sentaniz » : « Wi, misye ! Wi, madanm ! Nou konprann ! Nou dakò ! N ap swiv rekomandasyon w yo ! »

Le respect appartient à ceux qui demeurent cohérents, dignes et souverains, pas aux serviteurs que les grandes puissances manipulent et utilisent à leur guise. Face aux nations qui résistent, mêmes minuscules, pauvres ou isolés, elles sont contraintes de montrer un semblant de respect. Haïti est la « Ti Sentaniz » des relations internationales : obéissante à l’excès, suppliante sans fin, et trop dépendante pour que quiconque daigne l’écouter. Voilà pourquoi il faut revaloriser l’audace, cette qualité qui effraie les dirigeants haïtiens depuis qu’ils ont confondu gouverner un pays avec flatter l’Étranger. Il faut réhabiliter la dignité, cette posture que « Ti Sentaniz » n’a jamais pu s’offrir, mais que les Haïtiens adultes n’ont aucune excuse de ne pas adopter. Dans les relations internationales, les chefs doivent savoir que l’aide exige toujours un prix, que le soutien se paie en loyauté et que la « générosité » cache toujours une main qui tire les ficelles.

Il est temps que les élites haïtiennes réapprennent la verticalité : se tenir debout, parler debout, gouverner debout, décider debout, sans supplier, sans tuteur et sans tampon d’un ambassadeur. Cette absence d’épine dorsale, ce désordre de posture, cette véritable pathologie de la verticalité nous a enfermés dans le bourbier chaotique où nous pataugeons aujourd’hui.

Grand Pré, Quartier Morin, 26 novembre 2025 ​

Hugue CÉLESTIN ​
Membre de : ​

  • Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK)
  • Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP)

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