PORT-AU-PRINCE / WASHINGTON – L’administration américaine a confirmé que les supporters haïtiens ne pourront pas entrer aux États-Unis durant la Coupe du Monde 2026, malgré la qualification historique d’Haïti après plus d’un demi-siècle d’absence. La mesure découle d’une proclamation présidentielle signée par Donald Trump en juin, qui place Haïti parmi 19 pays soumis à une interdiction d’entrée. Cette décision survient alors que Christopher Landau, sous-secrétaire d’État, affirmait récemment que Washington « souhaite ardemment voir s’épanouir la démocratie en Haïti » et en appelle à une conduite politique cohérente de la part des dirigeants haïtiens.
Selon Politico, le Département d’État n’envisage aucune dérogation permettant aux supporters haïtiens d’assister aux matches organisés sur le sol américain. Seuls les joueurs, leurs familles, les staffs techniques et les délégations accréditées par la FIFA seront autorisés à voyager. La diaspora haïtienne, très présente aux États-Unis, exprime déjà sa déception devant une mesure qui prive la sélection d’un appui populaire attendu depuis 1974.
Le contraste entre la position américaine et les déclarations de Gianni Infantino, président de la FIFA, apparaît évident. Ce dernier affirmait le 30 août que « tout le monde sera le bienvenu au Canada, au Mexique et aux États-Unis pour la Coupe du Monde ». Le dispositif migratoire désormais confirmé par Washington crée un décalage entre l’ambition universaliste de l’instance sportive et la politique américaine en matière de sécurité et d’immigration. Les autorités haïtiennes n’ont, à cette heure, publié aucune réaction officielle.
L’interdiction aura pour effet d’empêcher toute présence massive de supporters haïtiens dans les stades américains. Plusieurs groupes de la diaspora envisagent déjà des déplacements au Canada et au Mexique pour suivre la sélection, seules destinations accessibles pour les titulaires de passeports haïtiens. Ce déplacement du soutien populaire vers les pays coorganisateurs soulève des interrogations sur l’ambiance autour des matches du premier tour.
La portée diplomatique de cette décision est relevée par plusieurs analystes, alors qu’Haïti traverse une période institutionnelle tendue marquée par des divergences entre le CPT et le gouvernement. Le rappel appuyé du sous-secrétaire d’État Landau sur la nécessité d’un comportement politique responsable vient placer cette interdiction dans une dynamique bilatérale plus large. Pour une partie des observateurs, Washington envoie ainsi un message indirect aux acteurs haïtiens, dans un contexte où sécurité, transition politique et visibilité internationale demeurent des enjeux étroitement liés.

