LE TEMPS DU DÉGOÛT…
« Décidément, le ridicule ne tue pas mais on n’est pas sans savoir que le poisson pourrit par la bouche. »
Il fut un temps où l’Haïtien était un modèle à suivre en tout ce qui concerne la fierté, la dignité, la suffisance, la solidarité, l’hospitalité etc… Sa vie exprimait ce que l’ethnie avait de plus pur et de plus sain en elle. Et l’écho de ses prouesses se répercutait de cimes en cimes, de la Caraïbe à l’Amérique du Sud en passant par l’Amérique du Nord. Les plus représentatifs d’entre nous ont forcé la plume des plus grands écrivains du monde à nous rendre hommage. Alors, pourquoi deux siècles plus tard, sommes-nous devenus la risée du monde entier qui se croit obligé de nous prendre en pitié, cette » pitié dangereuse » don’t parle Stefan Zweig. Cette espèce de sentiment qui fait plus de mal que de bien à celui qui le reçoit et qui déshumanise complètement celui qui le donne. Il fut un temps où tous les pays réglaient eux-mêmes leurs problèmes sans ingérence étrangère, sans interférence quelconque. Et le monde se portait beaucoup mieux. Mais à partir du moment où la découverte du remède- miracle de la démocratie a commencé à faire ses preuves un peu partout, Haïti était devenue le laboratoire par excellence pour la mise en pratique des théories fumeuses des fabricants d’idéologies.
Il est vrai que ces petits façonniers ont frappé un mur en 1990 lorsqu’ils ont voulu imposer leurs points de vue à ce qu’il est convenu d’appeler les « anciens Haïtiens » avec leur ‘théologie de la libération « . Mais, il est aussi certain qu’ils ont, par la suite reçu l’aide de collaborateurs empressés, qui, par leurs agissements ont démontré au monde entier qu’ils avaient la nostalgie des hauteurs , de la prise en charge et la vocation de l’esclavage. Ce sont ces mêmes individus, porteurs d’une tare originelle de » Congos » qui, aujourd’hui réapparaissent sur la scène à pas feutré pour terminer le travail commencé par l’imposteur en soutane. Ce sont ces mêmes défaitistes qui viennent dire aux héritiers de ces « Hommes-debout », auteurs de l’apothéose de 1804 qu’aujourd’hui, ils doivent reconnaître leur impuissance et surtout consentir à retourner sous le commandment des fils et petits fils de colons. Fais-moi rire ! Ce sont ces mêmes crapules, propriétaires de château dans toutes les métropoles étrangères qui ont dit au peuple : » Prenez donc les fusils que je vous ai distribués, massacrez vos frères, vos parents, vos aînés, incendiez et pillez leurs maisons ,riches ou pauvres, détruisez cette culture et ces institutions qui vous ont fait connaître et mettez-vous sous la garde de vos tuteurs coloniaux ». Quelle audace, quel toupet!
Voilà un peu ,en brève hachure d’idées, le sens de la situation que connaît la chétive Haïti. D’un côté, les éternels reptiliens et autres batraciens des marécages puants. De l’autre, » les battants qui savent bien que sous le règne du crime, la place de l’honneur est dans le feu qui détruit en purifiant et dans la lumière qui revitalise en imposant la vertu. Aujourd’hui, l’acte de foi que nous professons est celui d’un homme aux yeux duquel trente -cinq ans durant , on a fait miroiter » l’impossible rêve d’un impossible destin » et celui du citoyen qui a jeté aux orties toute la liste des bonnes manières importées pour ne s’en tenir qu’aux bonnes vieilles intuitions susceptibles de creuser un passage vers le progrès, vers l’Infini en faveur d’un peuple qui en a marre définitivement.. À bon entendeur, salut! Farouchement vôtre.
J.L.T.

