Quand le Ministère de la Justice s’agite : vers une justice sélective à Port-au-Prince ?
Dans une correspondance officielle datée du 12 mai 2025, le ministre haïtien de la Justice, Me Patrick PÉLISSIER, demande formellement au commissaire du gouvernement près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince d’adopter des « mesures conservatoires » contre les personnes sanctionnées par la communauté internationale. Il s’agit, selon la lettre, de bloquer leurs avoirs financiers conformément aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et au décret du 30 avril 2023 sur le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. En apparence, le ministère entend envoyer un signal fort contre l’impunité. Mais derrière cette mise en scène administrative se dessine une farce politique d’un goût douteux.
Car comment croire à la sincérité d’un tel zèle judiciaire quand le Conseil présidentiel de transition (CPT), instance de tutelle du ministre, compte en son sein trois membres directement éclaboussés par des accusations de corruption, dont Louis Gérald Gilles, récemment cité dans un rapport du CPJ pour ses liens présumés avec des groupes armés ? Dans ce contexte, demander au commissaire du gouvernement d’agir revient à exiger une rigueur que le pouvoir actuel est lui-même incapable d’appliquer en interne. On est en droit de se demander si ce même ministère de la Justice osera solliciter l’extradition de Michel Martelly des États-Unis, lui aussi sous le coup de sanctions internationales.
L’ironie devient d’autant plus amère que, pendant ce temps, les gangs défilent en toute impunité, transformant Mirebalais en théâtre de parades festives sous les yeux d’autorités complaisantes. Le ministre de la Justice, à l’instar du Premier ministre intérimaire Alix Didier-Fils-Aimé, multiplie les gestes symboliques – déplacements spectaculaires, lettres officielles – pendant que l’État continue de démissionner sur le terrain. À voir cette mascarade institutionnelle, on se demande si ce gouvernement administre un pays ou s’il ne fait que gérer une scène de théâtre permanent.

