1 janvier 2026
Cap-Haïtien : célébration du drapeau dans une ville confrontée à une crise sanitaire
Actualités Société

Cap-Haïtien : célébration du drapeau dans une ville confrontée à une crise sanitaire

Cap-Haïtien : célébration du drapeau dans une ville en crise sanitaire

Pour les fêtes du 18 mai, les autorités de transition prévoient de dépenser plus de 400 millions de gourdes au Cap-Haïtien, mais la ville connaît une insalubrité persistante. Les ordures s’amoncellent dans les principales artères, les canaux sont bouchés, les marchés débordent d’immondices et les habitants dénoncent l’inaction des autorités municipales et nationales depuis plusieurs mois. Cette réalité diverge fortement du discours officiel, qui aspire à faire du Cap un symbole d’unité et de renouveau national.

Mais le paradoxe est frappant : pour célébrer l’héritage d’un peuple qui s’est battu pour sa dignité, l’événement se déroule dans une ville plongée dans l’oubli, où la dignité quotidienne peine à être maintenue. Si cette dépense est présentée comme une réponse aux impératifs de décentralisation et de sécurité – l’Arcahaie étant réputée inaccessible – il est difficile d’ignorer le sentiment d’abandon ressenti par les citoyens du Cap. Fiers de leur rôle symbolique dans l’histoire nationale, ils s’interrogent sur la sincérité de l’intérêt que leur portent leurs dirigeants, au-delà des feux de la rampe.

Ce paradoxe est d’autant plus frappant que les infrastructures urbaines du Cap-Haïtien sont dans un état de délabrement avancé. L’administration municipale est dépassée et ne dispose d’aucun plan de gestion des déchets ni de stratégie d’assainissement à long terme. Les associations locales de la société civile tirent régulièrement la sonnette d’alarme sur les risques sanitaires, notamment en période de pluie, mais leurs appels passent inaperçus. Pendant ce temps, les façades de certaines rues sont repeintes à la hâte, dans une tentative superficielle de cacher la réalité aux caméras et aux visiteurs de passage.

Cette fête aurait pu être l’occasion d’innover : engager un programme d’assainissement d’urgence, mobiliser la population autour d’une vaste opération citoyenne, initier un changement structurel. Mais elle risque de se transformer en un spectacle sans substance, sans rapport avec la réalité. Peut-on vraiment invoquer le slogan « un peuple, une nation » quand les priorités fondamentales restent si inégalement réparties ?

Guyno DUVERNE
duverneguyno@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.