Haïti ne traverse pas simplement une vague de criminalité. Le pays est confronté à une insurrection urbaine. Les gangs se sont transformés en forces armées irrégulières, contrôlant des territoires, des ressources économiques et des populations à travers la peur, les armes et une brutalité sans précédent. Leurs méthodes ressemblent davantage à celles de groupes rebelles dans des États en faillite qu’à celles de simples criminels. Pour restaurer l’ordre, il faut agir avec force, précision et doctrine.
Soyons clairs : tuer les chefs de gangs ne suffira pas à rétablir la sécurité. C’est un mythe. Lorsqu’un chef tombe, un lieutenant prend sa place, souvent plus jeune, plus violent, et avide de prouver sa domination. Ces organisations criminelles ont adopté une structure de commandement décentralisée conçue pour résister aux pertes de leadership. C’est une tactique classique de résilience insurrectionnelle, telle que décrite dans le manuel FM 3-24 de l’armée américaine sur la contre-insurrection (COIN).
Pour démanteler cette menace, il faut appliquer des doctrines militaires éprouvées. Cela signifie une stratégie en plusieurs phases, fondée sur le renseignement et la supériorité opérationnelle, pour anéantir leur capacité à se régénérer.
Phase 1 : Décapitation stratégique des lieutenants
Dans la doctrine militaire, la stratégie de décapitation vise à éliminer les leaders clés pour provoquer l’effondrement organisationnel. En Haïti, la véritable menace opérationnelle ne vient pas des chefs symboliques, mais des lieutenants—ceux qui gèrent les logistiques, organisent les enlèvements, assurent la circulation des armes, et maintiennent la discipline des troupes.
Ces lieutenants sont la colonne vertébrale fonctionnelle des gangs. Ils doivent être neutralisés par des raids ciblés, des opérations clandestines d’arrestation, ou l’élimination physique, si nécessaire. Aucune négociation. Aucun refuge. Intervention chirurgicale et force écrasante.
Phase 2 : Reprise du territoire et contrôle de la population
Une fois les lieutenants éliminés, il est crucial d’occuper et de sécuriser les zones nettoyées. La doctrine COIN appelle à « nettoyer, tenir, reconstruire ». Cela implique :
- Éliminer la présence des gangs dans les quartiers clés
- Déployer des forces conjointes police/armée dans les zones récupérées
- Contrôler les axes stratégiques (points de passage, ports, routes)
- Intégrer des équipes civilo-militaires pour gérer les populations locales
Si nous ne sécurisons pas le terrain après chaque opération, nous le rendons aux gangs, et ils reviendront plus forts.
Phase 3 : Stabilisation durable selon le modèle FID
Enfin, pour consolider les gains sécuritaires, il faut appliquer la doctrine de la défense intérieure étrangère (FID) : renforcer la capacité de l’État haïtien à gouverner, protéger et servir.
- Former les forces de police à la guerre urbaine contre-insurrectionnelle
- Déployer des services essentiels (écoles, soins, justice) dans les zones stabilisées
- Créer un réseau local de renseignement et de confiance avec la population
- Renforcer la lutte contre la corruption interne
Changer de posture : de la réaction à l’offensive
L’État haïtien doit devenir le prédateur suprême. Les gangs agissent sans crainte car l’État est faible, divisé et passif. Cela doit changer. La réponse doit être décisive, agressive et constante. Il faut :
- Appliquer des doctrines de chasse à l’homme
- Créer des unités tactiques inter-agences
- Adopter des règles d’engagement permettant une escalade rapide et contrôlée
Ce n’est pas une vengeance. C’est une dissuasion.
Les gangs n’ont pas peur parce que rien ne leur a donné une bonne raison d’avoir peur—jusqu’à maintenant. Cela doit changer. L’État doit frapper vite, fort et sans relâche.
Le futur d’Haïti dépend de notre capacité à agir. Ce n’est qu’après la destruction de leur structure de commandement que nous pourrons reconstruire.
Par la force. Par la loi. Par la volonté.
Bobb Rousseau

