Il était une fois Jean-François Zachary DELVA
Zachary DELVA, son appellation courante, avait vu le jour aux Gonaïves, le 5 septembre 1923. Pratiquant le commerce dès son jeune âge, il allait devenir par la suite une figure de proue du gouvernement de François DUVALIER. Connu populairement et familièrement sous le surnom de « Paren’n », il jouissait de la confiance de Papa Doc et joua un rôle significatif au sein de l’appareil du pouvoir.
En effet, il atteignit sa vitesse de croisière après la mort de Clément BARBOT en 1963 et devint omniprésent auprès de François DUVALIER jusqu’à sa mort, en avril 1971. Il exerçait une influence extraordinaire qui s’étendait sur une bonne partie du territoire national et se manifestait dans toutes les branches de l’administration publique. Il était perçu par plus d’un comme étant, en quelque sorte, le n° 2 du régime duvaliériste.
Après la mort de Papa Doc, qu’on dit survenue dans la nuit du 21 au 22 avril 1971, son fils Jean-Claude DUVALIER lui succéda. Sous le nouveau régime, une tentative de libéralisation fut amorcée, ce qui entraîna la réduction de l’influence des Volontaires de la Sécurité Nationale, les fameux VSN ou Tontons Macoutes. Zachary DELVA, ainsi que d’autres affidés importants de ce long règne, furent écartés du pouvoir dans le cadre de cette restructuration. Il a toujours été enseigné que le Capitole et la roche Tarpéienne sont proches ; il est enregistré alors, dans les annales gonaïviennes, qu’un tragique événement eut lieu le 19 mai 1971.
Ainsi, la résidence du leader national Zachary DELVA, à la rue Christophe, celle de son jeune frère Prophète DELVA, à la rue Clervaux, ou celle de sa sœur Mme Ferdinand LATORTUE — de son nom de jeune fille Saintania DELVA, dite Tita — située au bas de l’avenue des Dattes, furent l’objet d’une scène de saccage et de pillage en règle, préludant déjà à l’expression « dechoukaj », fort à la mode ces jours-ci en pareille circonstance.
Son rôle en tant que leader national et acteur-clé des grandes décisions étatiques de l’époque souligne, sans conteste, sa notoriété dans l’histoire politique d’Haïti. Suite à sa déchéance, il reprit tout simplement ses activités commerciales dans la capitale. Il avait installé, en face de sa résidence à Lalue, dans le voisinage de la prestigieuse École Sainte-Rose des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, le supermarché MONDIAL, qui n’a pas fait long feu. Zachary DELVA rendit l’âme le 17 octobre 2006 à l’âge de 83 ans. Personnellement, j’avais assisté à la célébration de ses funérailles chantées en l’Église Saint-Pierre de Pétion-Ville pour rendre hommage à ce grand Gonaïvien.
Pour l’Histoire et la Vérité
Jean-Robert CONSTANT