L’Edito du Rezo
Quelle était la nature de la promesse qui a été faite à BBQ en fédérant les gangs? S’attendait-il qu’on allait faire de lui un jour « terroriste international »? De la fédération des gangs à la chute du masque : qui répondra aux crimes atroces de Barbecue ?
L’heure de la vérité pour Barbecue a sonné. Aujourd’hui, alors que Jimmy Chérizier est désigné comme terroriste par les États-Unis, l’interpellation qui s’impose est celle de la responsabilité. Le chef de gang, bien qu’incarnant une forme de rébellion contre l’État, n’est pas l’initiateur unique de cette dérive criminelle. Si Chérizier a organisé les gangs en une force cohérente et redoutable, il a indéniablement agi en fonction d’intérêts plus larges. Quelle était la nature de la promesse qui lui a été faite en fédérant ces groupes ? À qui obéissait-il au-delà de ses ambitions personnelles ? Le silence de l’État haïtien, et notamment des gouvernements qui se sont succédé, a contribué à enterrer ces questions.
Jimmy Chérizier, ou la parole attendue du bourreau : l’heure du dévoilement
L’Histoire haitienne contemporaine connaît parfois des inflexions silencieuses, dont le fracas n’éclate qu’après l’irréversible. En désignant officiellement Jimmy Chérizier, alias Barbecue, comme chef d’une organisation terroriste transnationale, les États-Unis n’ont pas seulement posé un acte diplomatique : ils ont fait irruption dans un théâtre de duplicité où se croisent la faillite de l’État, la manipulation des violences, et la collusion prolongée entre pouvoir et criminalité.
Cette reconnaissance internationale d’une réalité longtemps niée par les élites haïtiennes scelle, dans le marbre de l’accusation, une décennie de compromissions. La fédération des gangs, mise en place sous les auspices du régime PHTK, ne fut jamais le fruit d’une improvisation : elle répondit à une logique stratégique, celle d’un pouvoir en quête de relais dans les périphéries abandonnées de la République. Barbecue, ancien policier devenu figure matricielle d’un système mafieux, n’a pas surgi du néant. Il fut préparé, toléré, utilisé. Et désormais abandonné.
Or, c’est précisément ce basculement de statut — d’auxiliaire à paria — qui impose à Jimmy Chérizier un impératif : celui de la vérité. Non pour revendiquer une quelconque exonération morale, mais pour mettre en lumière les pactes obscurs qui ont présidé à l’institutionnalisation de la terreur. Quelle promesse lui fut faite au moment où il fédérait les bandes armées ? À quel dessein répondait cette orchestration criminelle ? Qui, au sein de l’appareil d’État, lui offrit silence, ressources ou garanties ?
La désignation du groupe Viv Ansanm comme entité terroriste ne constitue pas un acte isolé : elle est l’aboutissement d’un long processus d’aveuglement officiel et de déni institutionnel. La gravité inédite de cette décision renvoie à une réalité que les rapports d’organisations nationales et internationales ne cessaient de documenter : la transformation des gangs en bras armés d’un pouvoir incapable de gouverner autrement que par la terreur déléguée.
À la tête de cette fédération d’horreur, Chérizier n’est ni un simple exécuteur, ni un despote isolé. Il est le produit d’un système. Sa parole, attendue comme on attend un acte fondateur de rupture, pourrait marquer un tournant dans le récit collectif haïtien. Elle ne serait pas un plaidoyer, mais une archive orale. Une tentative, peut-être tardive, de réinscrire dans l’histoire les responsabilités partagées — celles des gouvernements, des ministères, des chancelleries, des bailleurs, qui ont, à un moment ou un autre, feint de ne pas voir ou choisi de ne pas intervenir.
Mais pendant que le monde réagit, que les instances internationales désignent et condamnent, l’État haïtien, lui, demeure muet. Ce mutisme, sidérant dans sa constance, équivaut à un renoncement. En refusant de nommer le désastre, le pouvoir en place prolonge l’ombre de ses prédécesseurs. Il inscrit son inaction dans la continuité d’un effondrement moral, administratif et symbolique.
Le peuple haïtien, quant à lui, n’est plus dupe. Il n’attend ni une rhétorique de compassion ni un discours d’autorité sans lendemain. Il réclame l’exactitude des faits. L’aveu des pactes. L’inventaire des lâchetés. L’histoire d’Haïti ne pourra s’écrire sans cette parole — celle de Chérizier et celle, en creux, d’un État qui a pactisé avec ses destructeurs.
Tant que cette parole restera tue, tant que les chaînes de commandement resteront dissimulées, la nation continuera de s’enliser dans un cycle dont chaque jour confirme la barbarie. À défaut de justice, qu’au moins vienne le temps de la parole. Une parole non rédemptrice, mais libératrice. Car ce n’est qu’en exposant le pacte originel du crime que l’on pourra, peut-être, en défaire l’héritage. BBQ fut préparé, toléré, utilisé et désormais abandonné. Le moment n’est-il pas venu de trahir ceux qui l’ont créé et témoigner sur la genèse du chaos haïtien et en dernier lieu exposer les véritables architectes du chaos kap jwe rat mòde soufle ?

