L’Edito du Rezo. 1er mai 2025 – Un referendum annoncé pour le 11 mai : la parole magique de Leslie Voltaire
À Paris, loin du fracas de Port-au-Prince et des quartiers ceinturés par les gangs « en mission », Leslie Voltaire s’est autorisé un miracle politique : annoncer, avec l’aplomb d’un technocrate serein, la tenue d’un référendum constitutionnel en Haïti… le 11 mai prochain. Cette déclaration, faite sur un plateau de télévision hexagonal, parait moins répondre à une stratégie électorale qu’à un réflexe de communication diplomatique. En d’autres termes, la parole performative en exil : on énonce ce qu’on ne peut exécuter, espérant que cela suffise à créer une illusion d’ordre. Ou du moins à rassurer quelques partenaires internationaux fatigués d’attendre. Attendre quoi au juste ?
L’ironie de cette sortie ne réside pas seulement dans le caractère invraisemblable de l’annonce, mais dans le silence méthodique qui a suivi. Aucun décret officiel, aucun organe électoral fonctionnel crédible et incontestable, aucun plan logistique sur un territoire fragmenté par la violence « programmée » des gangs et l’effondrement institutionnel. Pourtant, l’homme politique, l’architecte de l’aéroport international des Cayes, visiblement à l’aise dans la déconnexion, persiste à parler au nom d’un État qui n’a plus ni bras, ni jambes, ni souffle. Ce n’est plus de l’aveuglement, c’est de la ventriloquie.
La pratique n’est pas nouvelle dans la république des déclarations, Alix Didier Fils-Aimé en sait long : faire de la parole une fin en soi, multiplier les annonces comme on distribue des tracts, sans se soucier de leur effectivité. Dans une culture politique où la parole publique n’engage que ceux qui y croient encore, annoncer un référendum devient un exercice de style. Fe Met la plezi! Et Voltaire, malgré son nom, ne semble pas s’embarrasser de la philosophie des Lumières : il parle, donc il gouverne.
Mais que signifie gouverner quand toute la mécanique de l’État est prise en otage ? À l’heure où Port-au-Prince, Mirebalais, Petite-Riviere de l’Artibonite… vivent sous l’anarchie armée, où la population fuit, où les écoles ferment et les hôpitaux vacillent, annoncer un référendum relève non d’un plan, mais d’une fable. La distance entre Paris et Kenskof et Carrefour devient alors métaphorique : ce n’est pas la géographie qui sépare Voltaire et son CPT du réel, c’est l’absence de volonté politique réelle et sérieuse, l’abandon du peuple au profit du spectacle.
À force de multiplier ces déclarations sans lendemain, les actuelles maitres des fonds publics d’Haïti vident la parole politique de sa substance, et minent ce qu’il reste de confiance civique. Un référendum en mai ? Peut-être. Mais au rythme où vont les choses, ce sera sans électeurs, sans bulletins, et peut-être même sans pays, mais avec le CEP et ses BED’s de l’Ouest. La déclaration de M. Voltaire ne mérite pas qu’on la démente : elle s’annule d’elle-même, dans le néant de sa faisabilité. Pale pou pale, ou gentan pou pale !Qui gouverne par la parole se condamne lavalassement à l’écho.

