Indignez-vous!
Par Hérold Jean-François
Aujourd’hui, nous empruntons le mot et le message de Stéphane Hessel en 2010 pour dire au Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et au peuple haïtien en général: « Indignez-vous »!
Le 5 décembre 2003, une auditrice nous a appelé au téléphone pour nous dire: « Monsieur Jean-François, nous avons perdu notre capacité à nous indigner »! Ce triste jour du 5 décembre 2003, des Chimè Lavalas sont entrés dans l’enceinte de l’INAGHEI et de la Faculté des Sciences Humaines, espaces inviolables, selon la Constitution, pour agresser des étudiants et même le Recteur de l’Université,Pierre-Marie Paquiot qui en est sorti avec les jambes fracturées.
Depuis le 6 juin 2021 quand des bandits en plein jour ont utilisé un bulldozer pour démolir le Commissariat de Portail Saint Joseph proche de la Grand’Rue à Port-au-Prince, que de Commissariats de police et de prisons-pénitenciers n’avons-nous pas vu les bandits détruire?Celui de Gressier attaqué plusieurs fois, celui de Martissant tout près de l’Église Sainte Bernadette, le Commissariat de Bon Repos et récemment, celui de la Croix-des-Bouquets, puis la grande prison de cette ville, le Commissariat de Thomazeau,nous en avons vu des Commissariats détruits dont les images ont été postées sur les réseaux sociaux par les bandits eux-mêmes.
Nous avons même eu droit de vivre sidérés, l’assaut du 2 au 3 mars 2024 contre le Pénitencier national en plein coeur de la capitale, à deux pas du centre du pouvoir, les bureaux de la Présidence au Champ de Mars. À date, aucune note, aucune explication des responsables sinon quelques mois plus tard, en prime,une promotion du Chef de l’Administration pénitentiaire quand cet acte gravissime arriva… L’État haïtien ne croit pas avoir de compte à rendre à ses « administrés ».
Mais les images du Commissariat de Mirebalais détruit au bulldozer et à coups de massue ce mardi 15 avril par les bandits, est une offense, un affront à la nation, aux représentants de l’État liquéfié, effondré, une injure à l’âme nationale froissée, brisée. Mais tonnerre, indignez-vous enfin vous qui prétendez assumer le rôle de diriger ce pays! Indignez-vous, accusez le coup, sortez de votre torpeur, réagissez en conséquence, réaffirmez-vous pour dire selon le vieil adage haïtien: « Abraham dit c’est assez ». Envoyez un signal sans ambages à la nation pour signifier votre existence, sinon partez, laissez la place, capitulez, vous n’avez pas de réponse à l’ennemi d’en face qui, fort de son succès et de son arrogance ne tardera pas à se trouver devant le siège actuel du pouvoir avec ses bulldozers, ses brigands armés de massues pour le démolir à l’instar des Commissariats et d’autres cibles symboles du pouvoir et de l’autorité détruits depuis le premier acte du genre, le 6 juin 2021 avant l’assassinat du Président Jovenel Moïse.
L’attitude du pouvoir tétanisé depuis lors a aguerri les bandits et les gangs qui avaient compris à l’origine qu’ils n’avaient rien en face et que l’État n’existait que de nom. Il avait déjà perdu sa capacité d’assumer ses fonctions régaliennes de la défense du territoire dont il allait perdre le contrôle, « maison par maison, quartier par quartier, ville par ville » pour parodier l’expression de l’ancien Premier ministre Garry Conille devant la réalité des territoires perdus » qu’il prétendait vouloir reconquérir. Mais depuis on a su que ce n’était qu’un slogan. Rien n’a été fait pour concrétiser cette promesse, une de plus de nos dirigeants. Or aujourd’hui, la progression des bandits ne concerne plus la capitale haïtienne et Savien dans l’Artibonite. L’incapacité de nos dirigeants à contenir l’arrogance des bandits pour les neutraliser et les mettre hors d’État de nuire, Leta ki kanpe 2 bra pandye devan atak bandi yo, projette la perspective de la prise graduelle de nos villes dans les 10 Départements jusqu’à ce que tout le pays sur les 27750 kilomètres carrés, devienne un territoire globalement perdu…
Comment après grand renfort de publicité sur l’envoi de nouveaux contingents de la Police Nationale, cela ait pu arriver à Mirebalais?
Après la démolition du Commissariat de Mirebalais, le Conseil Présidentiel de Transition, le Premier ministre, le Directeur Général de la Police Nationale d’ Haïti, et même le Général en Chef de l’Armée sans moyens et son État major, tous, ils devaient démissionner en bloc.
Indignez-vous Madame, Messieurs! Après cette gifle « kalòt marasa », il n’y a rien d’autre à faire. N’attendez pas que la rue se fâche et que la populace vous fasse un sort comme on l’a déjà vu trop souvent dans notre histoire agitée…Indignez-vous ou partez! Laissez la place à d’autres pour relever l’honneur de la patrie bafouée, souillée, mis à mal. Indignez-vous devant cet acte qui avilit Haïti notre pays. L’offense de Mirebalais rappelle des situations des temps barbares où la seule issue fut un duel pour sauver l’honneur blessé.
Et pour parodier Dessalines après sa campagne du Sud nous disons: Après ce que les bandits viennent de faire à Mirebalais dans le Plateau Central, si les citoyens ne se soulèvent pas, c’est qu’ils ne sont pas des hommes et des femmes.
Conseil Présidentiel de Transition, tirez les conclusions pour vous indigner et agir à la dimension de cette provocation et de cette insulte, sinon partez, allez-vous en!
Citoyennes, citoyens, indignez-vous et faites entendre vos voix souveraines!
Dans l’effondrement actuel de l’État en Haïti, ne convient-il pas de rappeler le slogan du Parti Libéral en compétition avec le Parti National vers les années 1870: « Le pouvoir aux plus capables »!
Dans un dernier sursaut de relève nationale, il est plus que jamais urgent de sortir de la tradition de la banalisation du pouvoir remis aux mains des moins capables qui n’ont pas de solutions à nos multiples défis.
Ce texte a été présenté le 16 avril 2025 à l’émission Point du Jour sur Radio IBO,

