Par Patrick Prézeau Stephenson
Introduction : Un Spectacle Diplomatique ou une Manœuvre Stratégique ?
Lors de sa conférence de presse conjointe avec le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness à Kingston, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a présenté une image d’un partenariat solide entre les États-Unis et la Jamaïque, abordant des thèmes tels que la coopération sécuritaire, le commerce et la crise haïtienne.
Mais au-delà des discours bien rodés et des déclarations diplomatiques, le véritable objectif de Rubio se dessine : consolider la domination américaine sur la Caraïbe, renforcer l’influence de Washington et assurer la dépendance économique et sécuritaire des États de la région.
Cette rencontre n’a pas simplement été un échange de bonnes intentions. Elle a révélé un projet géopolitique clair où les États-Unis cherchent à dicter les règles du jeu, à modeler l’avenir politique de Haïti et à verrouiller les économies caribéennes dans un schéma favorable aux intérêts américains.
1. Sécurité : Un Prétexte pour un Contrôle Renforcé
L’accent mis sur la coopération sécuritaire entre les États-Unis et la Jamaïque sert une double fonction : légitimer l’interventionnisme américain et s’assurer que la région reste sous surveillance permanente.
Rubio a annoncé le renforcement du JOLT Fusion Center, un centre de renseignement censé aider la Jamaïque à lutter contre le crime organisé. Mais en réalité, ce dispositif permet à Washington de maintenir une influence directe sur les forces de l’ordre locales, garantissant ainsi que toute action sécuritaire importante doit d’abord recevoir l’aval des États-Unis.
Concernant Haïti, Rubio adopte la même approche : renforcer la police nationale haïtienne (PNH), sans jamais aborder la nécessité d’un redressement économique ou d’un soutien structurel à la gouvernance. Ce silence en dit long : l’objectif américain n’est pas de reconstruire Haïti, mais d’en faire un État sous surveillance permanente.
2. Haïti : Stabilisation ou Containment ?
Dans son intervention, Rubio insiste sur les « implications régionales » de la crise haïtienne. Ce langage diplomatique masque une réalité brutale : les États-Unis ne s’intéressent pas à Haïti en tant que nation souveraine, mais comme un problème à contenir.
Washington ne propose aucune stratégie pour réhabiliter les institutions haïtiennes ou stimuler une reprise économique, mais préfère renforcer les capacités de répression policière. Cela confirme une chose : la politique américaine vis-à-vis d’Haïti n’a jamais été fondée sur un projet de stabilisation, mais sur un impératif de gestion des risques migratoires et criminels.
En clair, Haïti ne doit pas s’effondrer au point de provoquer une vague migratoire vers la Floride, mais elle ne doit pas non plus se développer au point de devenir un acteur indépendant dans la région.
3. Commerce et Investissement : Une Nouvelle Forme de Colonialisme Économique ?
Rubio et Holness ont discuté de l’expansion du commerce et des investissements américains en Jamaïque, notamment dans l’énergie et la logistique. Derrière ces belles promesses se cache une volonté américaine de verrouiller les économies caribéennes dans un modèle de dépendance.
L’initiative de nearshoring, qui consiste à rapprocher les chaînes d’approvisionnement des États-Unis, pourrait en apparence bénéficier à la Jamaïque et à d’autres pays de la région. Mais sans politiques économiques adaptées, ces pays risquent de devenir de simples réservoirs de main-d’œuvre bon marché au service des entreprises américaines, sans développement durable réel.
Rubio ne propose aucune stratégie pour renforcer l’indépendance économique des pays caribéens. Il se contente de garantir que les investissements américains restent dominants, empêchant toute diversification vers d’autres partenaires comme la Chine.
4. L’Attaque Contre Cuba : Éliminer Toute Influence Concurrente
Rubio a également profité de cette conférence pour critiquer violemment le programme médical cubain, un programme pourtant reconnu internationalement pour son impact humanitaire.
Cette attaque n’a rien d’anodin. Elle reflète la volonté américaine d’éliminer toute influence étrangère rivale dans la région, qu’elle soit chinoise, russe ou cubaine.
Le fait que la Jamaïque ait défendu le programme cubain en affirmant qu’il respecte les normes internationales est un signe de résistance subtile contre l’hégémonie américaine. Mais cela montre aussi que Washington est prêt à utiliser tous les leviers pour affaiblir ses adversaires.
5. Le Véritable Objectif : Maintenir la Caraïbe sous Tutelle Américaine
À travers ces annonces, Rubio trace les grandes lignes de la politique américaine pour la Caraïbe :
1. Un contrôle sécuritaire absolu par le biais de partenariats policiers et de renseignement.
2. Une domination économique déguisée en opportunités commerciales.
3. Un containment d’Haïti pour éviter toute déstabilisation régionale, sans véritable projet de reconstruction.
4. L’élimination progressive des influences étrangères concurrentes, notamment celles de Cuba et de la Chine.
Cette approche vise à garantir que la région ne puisse jamais fonctionner en dehors de l’orbite américaine.
Conclusion : Une Impasse pour les Nations Caribéennes ?
L’agenda de Marco Rubio pour la Caraïbe n’a rien d’un véritable partenariat, mais tout d’une stratégie de contrôle.
Pour les nations de la région, le défi est immense : comment bénéficier des opportunités offertes par les États-Unis sans tomber dans une dépendance structurelle qui freinerait toute souveraineté réelle ?
Quant à Haïti, la situation est encore plus préoccupante. Rubio n’offre aucune vision de long terme et refuse d’appuyer un véritable projet de refondation nationale. La politique américaine reste une gestion de crise permanente, empêchant tout développement indépendant. Notre nation perdurera dans l’histoire et renforcera sa conscience nationale lorsque l’impunité des gangs et leur collusion avec les élites corrompues seront éradiquées.
Les nations caribéennes doivent-elles continuer à jouer selon les règles de Washington, ou faut-il trouver des alternatives pour assurer une autonomie réelle ? C’est la question cruciale à laquelle les dirigeants de la région devront répondre dans les mois et années à venir.
Références
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