Un retour aux écoles-valises, étudiants fantômes et laptops pour conscience de l’ère Martelly-Lamothe-Sophia (Ti manman cheri, ti papa doudou). La propagande revient également en force avec une directrice qui annonce fièrement l’implantation d’un logiciel révolutionnaire, ACCPAC, alors que cet outil … ne porte même plus ce nom.
En Haïti, le gaspillage des fonds publics n’est pas seulement une tradition, c’est un sport national avec ses champions invétérés. La corruption a la carapace dure et se réinvente à chaque nouvelle administration, à chaque nouvelle tête catapultée à la direction des institutions publiques. Et nous voici une fois de plus témoins d’une innovation bureaucratique parfumée à la poudre aux yeux : FNEConnect.
On nous serine que plus de 2000 étudiants se sont inscrits en une semaine sur cette plateforme numérique du Fonds National de l’Éducation (FNE). Un véritable miracle technocratique, paraît-il ! Cette même administration qui a du mal à gérer la distribution d’un simple manuel scolaire serait donc capable d’orchestrer une révolution digitale au profit de nos étudiants ? On peine à y croire.
Selon Sterline Civil, directrice du FNE, FNEConnect est une panacée numérique, une plateforme qui, grâce à son système automatisé, vérifie les documents, réduit les erreurs et accélère le traitement des demandes d’aide financière. Une avancée dans la modernisation de l’administration ? Rien que du jargon technocratique enrobé de formules creuses. On nous parle de transparence, de rigueur, de lutte contre la fraude. Mais qui vérifie véritablement si ces milliers d’inscriptions ne sont pas de vulgaires doublons ou de purs fantômes numériques créés pour gonfler les chiffres ?
Au lieu de bâtir des écoles nationales, de créer des centres de la petite enfance, des lycées publics, d’améliorer les infrastructures existantes et de structurer les embryons universitaires gérés par l’État, nos gestionnaires de fonds préfèrent s’engouffrer dans la magie du virtuel. En clair, rien de concret, si ce n’est un programme de bourses découpé à la carte, propice à tous les copinages et arrangements politiques.
Car ne nous y trompons pas : ce programme de bourses, aussi embellie soit la propagande qui l’entoure, n’augure rien de bon pour les caisses de l’État. Ces caisses déjà exsangues où s’empilent les fonds extraits des taxes sur les transferts de la diaspora et des appels téléphoniques. Un argent prélevé sous prétexte d’améliorer l’éducation et qui finit souvent dans des circuits aussi opaques que douteux.
La question reste donc en suspens : FNEConnect, un vrai pas vers la modernisation ou un nouvel habillage technologique pour un système de favoritisme et de détournements bien huilé ? Au vu des antécédents, il y a fort à parier que cette « innovation » finira au panthéon des mirages administratifs haïtiens, aux côtés des écoles-valises, des étudiants invisibles et des tablettes sans contenu.
Elensky Fragelus

