13 janvier 2026
3e partie | HAÏTI, TERRE MYSTIQUE : L’alliance invisible est-elle encore possible ?
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3e partie | HAÏTI, TERRE MYSTIQUE : L’alliance invisible est-elle encore possible ?

Serge Joachim II, Haïti Mystique et Spirituelle, 5 mars 2025

Troisième Partie 

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INTRODUCTION 

Au cours de la Première Partie, nous avons vu la mise au rancart — par les esclaves — des divinités de la nanchon Ginen, douces, paisibles, incapables de répondre aux besoins et exigences de l’heure (couper tête, brûler kay, se libérer, assouvir les besoins de vengeance, etc ). En outre, elles s’avéraient trop proches du Catholicisme blanc et du système colonial.

D’où l’alliance avec les divinités de rites Petro, Gede, et celles des nanchon Nago, Congo, chauds, violents, bouillants et agressifs, susceptibles de répondre aux besoins et exigences de l’heure.

Au cours de la Seconde Partie, nous avons vu l’alliance, avec Yahweh, du peuple d’Israël, soumis, lui aussi, à une rude servitude. La violence exercée pour libérer son peuple.

Nous avons vu également la double trahison et violation honteuse, israélienne et haitienne,  des termes de l »accord mystique, les conséquences et chocs en retour.

Dans la 3ème et 4ème Partie, nous verrons la caducité du Pacte de Bois-Caïman (1991), le constat de cette caducité, une trentaine d’années plus tard (2023-2024), les nouvelles alliances concoctées, particulièrement avec Yahweh du Royaume des Cieux. Par les Protestants Chrétiens haïtiens. 

Finalement l’appel à :

1. la mise en oeuvre,  en HAÏTI, des termes de l’accord ainsi définis :  » Haïti pour Christ ! Christ pour HAÏTI « , 

2. L »expulsion forcée des anciennes divinités tutélaires 

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III.- HAÏTI: Caducité du Pacte  vaudou de Bois-Caïman. Nouvelle alliance. Nouveau Contrat.

Comme expliqué déjà, et ce, à maintes reprises, les esclaves de St-Domingue, principaux sectataires du vaudou, face aux limites des vieilles pratiques du marronnage, de l’empoisonnement massif des colons, et des révoltes sporadiques, comprirent finalement la nécesdité d’une solution politique concertée, prélude à un soulèvement général. Mais ils comprirent encore plus la nécessité d’ne alliance avec les entités tutélaires de la vieille Afrique maternelle. Pour la libération nationale.

Or les divinités du vaudou fon et dahoméen, étaient servies sous les rites Rada et Ginen, doux et paisibles.

Ces rites, malheureusement pour de nombreux puristes et révisionnistes, ne sont que le syncrétisme pur de vieilles pratiques animistes yoruba, mêlées à des rites fon, lors de la grande migration du sud-ouest du Nigeria, vers le Golfe de la Guinée (à Allada, à Ouidah, au Danxomen, plus précisement). 

Sans oublier, d’une part, l’apport considérable du Catholicisme occidental au vodou Ginen, par les marins portugais, pendant leurs longs périples en Afrique, lors de la fameuse course aux fabuleuses richesses des Indes, tant vantées par Marco Polo. Sans négliger d’autre part, la contribution amérindienne, à leur arrivée à St-Domingue, sur la vieille terre mystique d’Ayiti, de Quisqueya et de Bohio. 

Ces rites essentiellement  africains, s’avéraient donc incapables de répondre aux besoins et exigences de l’heure : Libération, vengeance, extermination. Selon les voeux mêmes de Mackandal, er comme  exprimé, d’ailleurs, par la fameuse prière d’invocation de Boukman, lors de la cérémonie vaudouesque du Bois-Caïman.

Lisons :

An Kreyòl

Bon Dje ki fè latè. Ki fè solèy ki klere nou anwo. Bon Dje ki soulve lanmè. Ki fè gronde loray. Bon Dje nou ki gen zorèy pou tande. Ou ki kache nan nyaj. Kap gade nou kote ou ye la. Ou wè tout sa blan fè nou sibi. Dje Blan yo mande krim. Bon Dje ki nan nou an vle byen fè. Bon Dje nou an ki si bon, ki si jis, li odone vanjans. Se li kap kondui bra nou pou nou ranpote la viktwa. Se li kap ba nou asistans. Nou tout fèt pou nou jete potre dje Blan yo ki swaf dlo lan zye. Koute vwa la libète kap chante lan kè nou.

En français

Le dieu qui créa la terre, qui créa le soleil qui nous donne la lumière. Le dieu qui détient les océans, qui fait gronder le tonnerre. Dieu qui a des oreilles pour entendre. Toi qui es caché dans les nuages, qui nous observe où que nous soyons, tu vois que le blanc nous a fait souffrir. Le dieu de l’homme blanc lui demande de commettre des crimes. Mais le dieu en nous veut que nous fassions le bien. Notre dieu, qui est si bon, si juste, nous ordonne de nous venger de nos préjudices. C’est lui qui dirigera nos armes et nous apportera la victoire. C’est lui qui nous aidera. Nous devrions tous rejeter l’image du dieu de l’homme blanc qui est si impitoyable. Écoutez la voix de la liberté qui chante dans tous nos cœurs.

(Bidler Nelson

bidlernelson@gmail.com

« La prière de Boukman Dutty lors de la cérémonie du Bois-Caïman – Rezo Nòdwès » https://rezonodwes.com?p=317616

D’où la nécessité de nouvelles alliances avec des divinités au rite de feu (rite chaud, c.à d. non paisible, agressif violent, brutal ou sanguinaire). Pour la libération et un carnage en règle des Français.

D’où encore, vers 1768, une dizaine d’années, après l’exécution publique de Mackandal, au Cap-Haitien, ce passage stratégique du rite Ginen doux et paisible au rite Petro chaud, bouillant, violent et radical. Après l’arrivée à St Domingue d’un certain Dom Pèdre.

Et ce fut la cétémonie Bois -Caïman,  dans la nuit du 13 au 14 aout 1791, réalisée non sous le rite Ginen, mais plutôt  sous le rite dit Petro avec le sacrifice, non pas d’un Cochon Noir, symbolisme trop faible, gage Mystique inadéquat, contraire aux normes et règlements mystiques, incapable de satisfaire les exigences des divinités guerrières : Un membre de la communauté doit être offert, de préférence, pour le bien de la communauté, le salut de tous.

Tout cela, c’est du déjà vu.

Le Pacte mystique, juridique, authentique et solennel, avec les lwa Petro du vodou est signé. Mais Boukman, prêtre du vaudou, deux semaines plus tard, tombe au combat. Sans pouvoir exécuter les termes de l’accord, encore moins en révéler les clauses. 

1804 : C’est l’Indépendance Nationale. Les Guerriers de l’Armée Mystique Auxiliaire commandée par Ogou Feray ne sont ni remerciés, ni honorés pour leurs services, en fonction de l’accord du Bois -Caïman, encore moins congédiés dans les conditions mystiques requises. Pour éloigner du territoire national des entités guerrières, violentes et sanguinaires, dont la simple présence ne manquerait pas de troubler la paix sociale, d’entraver la stabilité et l’équilibre politique de la jeune nation.

L’accord est donc violé et piétiné par la partie haïtienne. Deux siècles de malédictions sont imposées.

1987, deux siècles plus tard, Hérard Simon, grand Pape du vaudou en appelle, en vain, au renouvellement du Contrat.

Les diverses tentatives de Leslie Manigat, de Jean Bertrand Aristide, d’Émile Jonassaint, etc., furent vouées à l’échec : Les protestants chrétiens posant leur veto, et en appelant, de préférence, à Yahweh du Royaume des Cieux. Pour de nouvelles alliances et un nouveau Contrat :  » HAÏTI pour Christ. Christ pour HAÏTI « .

Il en fut de même du fameux projet de Marx Beauvoir, Grand Ati National, d’une grande révolution politique,  faite de préférence avec les Ginen, pour juguler et contrecarrer l’action néfaste des divinités Petro, Nago et Congo, violentes brutales et sanguinaires, obstacle majeur à tout projet de révolution politique ou de transformation profonde et véritable de la question nationale.

Mais Il tombe frappé par les services américains hostiles, avec la complicité de fidèles de son entourage, la complaisance même des divinités du vaudou.

Marx Beauvoir, Ati National et Grand Pape du vaudou, éliminé, le vaudou perd l’un de ses plus éminents fils.

C’est donc l’échec et l’enterrement définitif du projet de renouvellement du Contrat de Bois-Caïman (Hérard Simon), de licenciement, de renvoi et d’expulsion des divinités Petro (Beauvoir), et de la mise en oeuvre d’une politique saine et stable de development national par l’alliance avec les Ginen. Vu la nature guerrière et belliqueuse des Petro, leur tempéranent violent et impulsif.

Mais par un phénomène naturel, malgré la caducité du Pacte, le vide mystique n’est pas automatiquement comblé : Erzulie Freda, Ogou Feray, Philomise et consorts, occupant encore l’espace, imposant leur quatre volonté, et la tyrannie du diable dit racial (djab rasyal).

Le problème, c’est que les hommes de Yahweh, sont encore incapables d’occuper le terrain, trop faibles politiquement, désarmés idéologuement, Sans grande ambition, en outre, de travailler à une prise en charge du destin national. Chacun se retranchant

dans sa petite église pour défendre de vils intérêts, mesquins et  personnels, faire marcher sa petite boîte religieuse.

Les protestants, incapables de contrôler l’espace, le vaudou reste donc le maitre incontestable du terrain. Sans adversaires réels. S’il faut, en outre, tenir compte d’une légitimité de fait : La majorité des Haitiens, en dehors des prises de position verbale, au niveau social, politique, ou religieux, sont des vaudouisants notoires. Même les membres du secteur protestant.

En dépit de l’hostilité apparente, des critiques véhémentes régulières contre le secteur vaudou, l’Église Protestante Haitienne, reste inféodée au vodou auquei Il fait appel pour faire marcher ses affaires, prospérer ses églises.

Dieu n’est que paravent, épouvantail, pour faire rentrer dans les rangs, les brebis galeuses.

 Un Dieu auquei on ne croit surtout pas et qu’on prend grand soin de tenir à une distance respectable de ses églises bric-à-brac. L’Église Protestante Haitienne ne sait que faire de Dieu.

En outre, aucune tentative publique n’a été faite pour reconnaitre dans les faits, la caducité de ce contrat, encore moins de procéder à un effort de délogement, de déguerpissement et d’expulsion en règle, de ces divinités, désormais sans permis de séjour sur le territoire national (à la rigueur, au permis périmé), sans droit au domicile légal.

 En-dehors des démarches (1987-1997) d’un certain Pasteur Jeune (Joël Jeune, probablement) de Port-au-Prince, du Pasteur Tony de la Plaine du Nord, aucune volonté réelle de négocier un pacte avec Yahweh et de Lui remettre officiellement le dossier national.

En réalité, jusqu’au début de l’année 2018, malgré un nombre croissant de disciples, de fidèles, YAHWEH reste politiquement faible sur le terrain.

Ses serviteurs, ses fidèles et ses enfants, issus en majeure partie du peuple, se montrent plutôt soucieux de faire marcher leur bric-à-brac. A Yahweh Dieu de se débrouiller tout seul…

Fin de la troisième partie 

Serge Joachim II, 5 mars 2025

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