15 janvier 2026
L’éthique de la diffusion des messages des chefs de gangs cherchant une légitimité politique
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L’éthique de la diffusion des messages des chefs de gangs cherchant une légitimité politique

Par Patrick Prézeau Stephenson 

Dans un contexte de crise, où des organisations criminelles infiltrent le discours politique, journalistes, décideurs et membres de la société civile sont confrontés à un dilemme délicat : faut-il relayer les messages des chefs de gangs cherchant à transformer leur règne violent en légitimité politique ? Cette question est particulièrement pressante en Haïti, où des gangs lourdement armés contrôlent de vastes territoires et tentent de se repositionner en acteurs politiques tout en perpétuant des actes de terreur.

D’un côté, refuser de relayer leurs messages semble être une position éthique évidente. Pourtant, leur silence forcé n’efface pas leur influence. De l’autre, leur donner une tribune pourrait leur accorder une légitimité qu’ils ne méritent pas. Cet article explore les dilemmes éthiques liés à la diffusion des discours de chefs de gangs et les conséquences plus larges pour la démocratie, l’État de droit et l’intégrité des médias.

Les gangs et l’art de la réinvention politique

L’histoire regorge d’exemples de groupes criminels cherchant à se transformer en acteurs politiques. Des cartels en Amérique latine aux mafias italiennes, de nombreuses organisations ont tenté d’abandonner leur statut criminel pour acquérir une respectabilité politique. Aujourd’hui, en Haïti, les gangs exploitent l’effondrement des institutions étatiques pour se présenter comme des garants de l’ordre dans un pays en crise.

En l’absence de gouvernement fonctionnel, ils offrent une forme de sécurité, distribuent de l’aide et arbitrent les conflits locaux. Cette stratégie vise à obtenir une adhésion populaire en instaurant un sentiment de nécessité : plutôt que d’être perçus comme une menace, ils veulent apparaître comme la seule alternative viable face au chaos.

Le rôle des médias : informer sans amplifier

Les médias jouent un rôle central dans la construction de la perception publique. Relayer les déclarations des chefs de gangs pose un dilemme éthique fondamental :

• Informer le public sur les dynamiques du pouvoir : les citoyens ont le droit de savoir qui contrôle leur environnement, même s’il s’agit de criminels.

• Éviter la glorification involontaire : diffuser leurs discours sans mise en contexte risque de les légitimer.

• Apporter du recul et une analyse critique : il est essentiel de souligner leurs exactions et leurs responsabilités plutôt que de simplement rapporter leurs déclarations.

Certains estiment que refuser de diffuser leurs messages pousse ces acteurs dans la clandestinité, les rendant encore plus imprévisibles. D’autres alertent sur le danger de leur offrir une plateforme qui pourrait transformer leur pouvoir de nuisance en influence politique durable.

Légitimité démocratique contre pouvoir par la force

Dans une démocratie, l’accès au pouvoir repose sur des élections, la gouvernance et le respect de la loi — pas sur la violence. L’ascension de chefs de gangs en tant qu’acteurs politiques représente une menace existentielle pour l’État de droit.

Accorder une légitimité politique à ces criminels reviendrait à :

• Récompenser la violence comme stratégie de prise de pouvoir, encourageant d’autres acteurs à suivre cette voie.

• Délégitimer les institutions démocratiques, en remplaçant le vote et la participation civique par la terreur.

• Saboter les efforts de lutte contre le crime organisé, en institutionnalisant des réseaux criminels au sein même du pouvoir.

Si un dialogue avec ces groupes devait avoir lieu, il ne pourrait être acceptable que sous conditions strictes : désarmement, justice pour les victimes et engagement ferme à ne plus recourir à la violence. Sans ces garanties, toute reconnaissance politique ne ferait que renforcer l’impunité.

Un appel à l’éthique journalistique et politique

Journalistes, dirigeants et acteurs de la société civile doivent aller au-delà de la simple question de diffuser ou non ces messages. Ils doivent se demander comment les traiter de manière responsable. Toute couverture médiatique devrait :

• Exposer les crimes commis, plutôt que de leur offrir une tribune.

• Donner la parole aux victimes et aux experts, pour contrebalancer leur discours.

• Interroger leur responsabilité, plutôt que de leur permettre de dicter l’agenda politique.

L’avenir d’Haïti ne doit pas être dicté par la force des armes, mais par la force des idées et de la justice. L’intégrité journalistique et les principes démocratiques ne doivent jamais être négociables.

Conclusion

Alors que les chefs de gangs cherchent à passer de la domination par la terreur à l’influence politique, les médias, la classe politique et la société civile doivent refuser de devenir leurs complices involontaires. Informer sans légitimer, analyser sans normaliser, et dénoncer sans amplifier : tel doit être le cap.

Relayer leurs messages sans discernement serait une capitulation face à la violence. Haïti doit choisir la voie de la résilience et du droit, plutôt que celle de la soumission aux criminels.

Références

 Mchangama, J. Freedom of Expression and National Security. Soc 53, 363–367 (2016). https://doi.org/10.1007/s12115-016-0029-1 

 AlterPresse | Le Code de déontologie des médias et des journalistes d’Haïti

Stephenson, Patrick P. Liberté d’expression et sécurité nationale : Le cas de CONATEL et Mega FM. 23 novembre 2024. https://prezeau.blogspot.com/2024/11/liberte-dexpression-et-securite.html.

Stephenson, Patrick P. https://prezeau.blogspot.com/2024/11/le-pari-risque-de-mega-fm-journalisme.html

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