Plusieurs semaines après les intempéries auxquelles Port-de-Paix a dû faire face, une commune déjà asphyxiée et exacerbée par l’abandon de l’État central, l’incompétence des autorités locales et la trahison de sa prétendue élite économique et intellectuelle, on constate encore que les rues restent impraticables. Le centre-ville est recouvert d’alluvions et de déchets provenant des montagnes, des canaux obstrués et des bassins versants.
Cette situation lamentable a une explication rationnelle : elle est le résultat d’une politique d’isolement du département par l’État central, ainsi que de l’incapacité et de l’insouciance des autorités de la ville qui ne se soucient, dans leur grande majorité, que de leurs intérêts personnels. Ils se livrent à la politique alimentaire et se préoccupent peu de la souffrance de la population. C’est pourquoi, malgré les risques d’inondations et de glissements de terrain, aucune action significative n’est entreprise pour améliorer la situation.
Pendant que la ville étouffe sous les déchets et plonge dans une crise environnementale sans précédent, les citoyens sont abandonnés à leur sort. Le maire, après une longue absence, fait son grand retour dans un contexte politique fragile. Un retour qui pourrait être perçu comme une tentative de maintenir son pouvoir ou interprété comme une garantie à ses partisans qu’il est toujours bien enraciné dans la cité capoise, prêt à être reconduit malgré un règne marqué par la corruption, l’amateurisme politique, l’incapacité administrative, la gangstérisation, l’insalubrité, entre autres. La population en a assez de sa politique cruelle et de sa personne.
Face à ce retour politique, l’organisation politique FÒS NOU et la « société civile » se sont ralliées pour envoyer un message fort au Premier ministre A.D. Fils-Aimé et aux conseillers présidentiels. Cette démonstration de force est un avertissement contre toute tentative visant à reconduire Alusma comme agent intérimaire après plus de huit ans de désordre administratif, politique et sécuritaire.
Cependant, certains observateurs estiment que cette manifestation ne se résume pas au refus de la reconduction d’Alusma. Pour le clan de Mertilus, protagoniste du régime PHTK, version Ariel Henry, dans le Nord-Ouest, cette manifestation, qui dissimule son véritable objectif, est en réalité une manœuvre politique visant à contraindre l’exécutif à renoncer à la nomination de l’ancien député bombardopolitain. Non pas parce qu’il ne possède pas les qualités nécessaires pour répondre aux besoins de l’arrondissement de Port-de-Paix, mais simplement parce qu’il est originaire du Bas Nord-Ouest.
Ainsi, les partisans d’Ariel Henry abordent le débat sous un angle discriminatoire et demandent à leurs adversaires politiques, nombreux parmi eux regroupés dans la société civile, de se taire : (kite moun eklere, moun ki konn moun Pòtoprens ak moun ki kont wont la mennen nou).
Les forces opposées répliquent en rejetant cette accusation jugée fallacieuse. Elles voient dans l’action des partisans de Rock EXCÉUS une manœuvre politicienne visant à manipuler l’opinion publique, à donner l’impression que les protestataires sont en train de diviser le département en blocs géographiques et de faire du Bas Nord-Ouest un critère d’illégitimité et d’inéligibilité pour une telle fonction politique.
Tout cela dans le but de discréditer le camp adverse afin de faire passer leurs intérêts et ceux de leur clan avant ceux de la population, estiment ceux qui agissent en sens contraire. Face à cette situation, les contestataires se voient contraints de clarifier leur opposition à la nomination de M. Rock.
Ainsi, ils nous expliquent, dans un premier temps, que leur position découle du fait que le nommé Rock ne connaît rien des besoins essentiels de la ville. Par conséquent, il ne parviendra jamais à produire les résultats attendus par la population. Dans un second temps, ils dénoncent le caractère abusif de la nomination tout en réclamant un délégué de consensus, à l’instar du CPT.
Néanmoins, malgré le fait que certaines des revendications des forces politiques et de la société civile en question reflètent certaines des exigences de la population, certaines personnes, tout en appuyant les mobilisations contre Alusma et Angelot, s’interrogent sur la création de cette société civile au moment du partage du gâteau et l’inaction de ces secteurs pendant les crises passées.
Où était passée cette société civile pendant que le peuple agonisait dans la misère, que la ville croupissait dans le noir, que les lycéens étaient privés de cours ? Pourquoi ces secteurs, qui viennent de constituer cette société civile, n’ont-ils jamais organisé de manifestation ou encore publié une note pour exiger de l’État central et de la direction départementale de l’Agriculture qu’ils accompagnent les paysans au bord des trois rivières, qui ne cessent de perdre leurs habitations, leurs terres agricoles, leur bétail, leurs jardins, entre autres ?
Pourquoi, lors de la manifestation, les protagonistes n’ont-ils formulé aucune exigence à l’égard de la direction départementale de l’Agriculture, qui reste passive face à la vulnérabilité de la population et des infrastructures scolaires et économiques face aux menaces naturelles provenant des bassins versants, faute de mesures préventives malgré des risques bien visibles ?
Quel impact social cette prétendue société civile, remplie de personnes poursuivant des fonctions étatiques, crée-t-elle ? Cette ville où chaque rue semble mener à un logement de porc (bon pak kochon Ayisyen an), où la justice n’est plus un droit mais une marchandise, peut-elle se vanter aujourd’hui d’une société civile ?
À quoi sert réellement cette société civile qui reste silencieuse pendant que les hôpitaux publics et les écoles nationales disparaissent ? À vous de répondre !
Enfin, en ce qui concerne l’argument avancé par les protestataires pour justifier leur opposition au choix de M. Rock, si vraiment elle résulte du fait qu’il n’a aucune connaissance des problèmes centraux du département, pourquoi certains des acteurs protestataires proposent-ils de trouver un consensus autour de l’ancien député, ce même Rock ?
Que sous-entend le mot consensus dans la logique de ces acteurs, dans ce cas ? Un moyen de trouver leur part du butin ?!
On peut donc déduire qu’il s’agit d’une lutte acharnée pour le pouvoir qui se déroule sans réel intérêt pour le peuple. Cette confrontation se joue en haut, entre ceux qui cherchent à conserver le pouvoir et ceux qui cherchent à y accéder, pendant que la population crève en bas.
Le pire, plutôt que de s’unir sur des valeurs vitales pour faire face à la spirale infernale dans laquelle le département s’enfonce, certains s’adonnent au jeu de la gérontocratie afin de barrer la route à des jeunes compétents et honnêtes, pendant que d’autres profiteurs se livrent, eux, au petit jeu mesquin du « ôte-toi que je m’y mette ».
Quel sera alors le destin d’une ville où la majorité des décideurs restent insensibles aux appels de la conscience, de la raison et du patriotisme, se préoccupant uniquement de leurs propres intérêts démesurés ?
Que Atoum-RÂ et les Ancêtres bénissent le Nord-Ouest !
Klender VIXAMAR (Afriken-Ayisyen Bosal VIXAMAR).

