Des mains moites, le cœur aux tempes
me font subsidiairement la cour
paroles amoureuses jetées
dans la pénombre
mon sang chaud dégouline et prend peur
maquillage et mascara se dissolvent
et mon visage d’acteur réduit
à une peau de chagrin
silence passager
leur voix endolorie
à peine sortie de leur bouche endormie
me demande mon nom
j’hésite mais ma mémoire
orpheline d’un côté et de l’autre
le soupir résigné, nostalgique
mais traversé par des corps en transe
n’est plus ce qu’il était
devient racine pulpeuse
jardin prodige
pour oiseaux au souffle coupé
la nuit tombe et fait battre nos cœurs
libres de refuser
sans avoir à s’expliquer
un regard inquiétant, asservi
tout au fond de la cathédrale
une parole insignifiante
à première vue
convertie aussitôt en images
avale à petites gorgées
rires et soupirs miens
mon ange gardien ne me suit plus
car couronné de la magie
de l’instant présent
choisit plutôt de ne plus exister
comme avant, mais socialement
se montrer à l’évidence au ras des grottes
pour plaire au roi et au prince
valider a posteriori
vieilles croyances populaires
des statues et leurs débris
à la hanche basse
revenues de l’Éden
ou s’en allant peut-être
s’agenouillent pour prier
le feu qui pétille dans leur regard
accélère notre souffle
spectacle de cirque et de marionnettes
aux abords du tombeau de marbre
une mise en garde
inappropriée aux besoins
une citation apocryphe
nous frappons quant à nous à la porte
à l’intérieur, tristes époux
défendant leur amour-propre
justifiant après coup leur échec
des voix qui sonnent faux
des belles-mères à bout de souffle
tenant de leurs deux mains
le flambeau nuptial
puis injures et menaces
des chants phalliques
pour attiser leurs sottises
mettre au bout du compte en scène
la comédie vieillissante
le regard oblique
les vents tous les vents
tels des creux éloignés
amateurs de spéculations
lucratives et avantageuses
glorifient cités et tragédies
puis se cachent sans se cacher
bien pudiquement
mais jasmins trahis par leur parfum
rien que pour se dérober
croyait-on comprendre
à leur vocation première
telle est, telle était, semble-t-il
la destination de celles et de ceux
fermant leur âme au mystère
obligés à obéir à l’utile au beau et au vrai
pendant un temps donné
en dépit de la raison enracinée
or au cœur même des lieux de l’Homme
le silence fraîchement arraché
à la mamelle de la vérité
inquiète et fascine
la vie s’ouvre encore une fois
comme un métier à célébrer
un adolescent parle
avec la passion vivante
de ces pierres rencontrées
sur son chemin
de ses conquêtes idylliques
ou croquignolesques
de ses projets en chantier
qu’il n’achèverait sans doute jamais
une jeune femme au regard
espiègle et sombre
entortillée dans des accusations
gratuites ou imméritées
délirantes et calomnieuses
préfabriquées ou hors de propos
mesquines et de toutes sortes
prétend malgré tout
venger la morale puritaine
en formulant des plaintes
contre des prévenus fantômes
un vieil homme
jadis à l’école des coquins
long collier de porc
suspendu à son cou
raconte et raconte
des histoires à fendre l’âme
hégémonie et injustice
humanisme bafoué
impérialisme débridé
modernité déviergée
valeurs morales asservies
d’autres, échappés un soir
à la faveur d’une nuit sans lune
mouvementée et mensongère
au désespoir insondable et sans bornes
en quête cette fois d’un refuge
inviolable et intemporel
mais sans le dire
une croix rouge suspendue
à leur collier fait de graines
oblongues de palma-christi
implorent et attendent
d’autres enfin remuent
bien calmement le fond de leur vase
plein de richesses
pour amadouer les juges
comme à l’accoutumée
sans s’arracher avant toute chose
à leur passé récent
plus burlesque que glorieux
épée sans cesse suspendue sur la tête
de celles et de ceux sollicitant
leur bienveillance
arracheurs de dents
à la violence farouche
la renommée de leur appétit
les précède sans doute
car aux antipodes de leur vie sur terre
de la routine séculaire
un nouveau métier
celui d’éboueurs de fosses d’aisances
migrations incessantes donc
d’une fosse à l’autre
l’un et l’autre s’agenouillant après quoi
en signe de repentance
mais trop tard
puis vient le tour du poète
celui-ci au milieu de tous
emprunte sans hésiter
le chemin conduisant à l’Éden
le paradis des rêveurs et des promeneurs
pour avoir connu la tourmente ailleurs
sur Terre
(Montréal,
9-10 janvier 2025)Edgard Gousse
Professeur et écrivain, citoyen engagé
Profesor y escritor


