13 janvier 2026
AU RENDEZ-VOUS DU POÈTE
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AU RENDEZ-VOUS DU POÈTE

Des mains moites, le cœur aux tempes

me font subsidiairement la cour

paroles amoureuses jetées

dans la pénombre

mon sang chaud dégouline et prend peur

maquillage et mascara se dissolvent

et mon visage d’acteur réduit

à une peau de chagrin

silence passager

leur voix endolorie

à peine sortie de leur bouche endormie

me demande mon nom

j’hésite mais ma mémoire

orpheline d’un côté et de l’autre

le soupir résigné, nostalgique

mais traversé par des corps en transe

n’est plus ce qu’il était

devient racine pulpeuse

jardin prodige

pour oiseaux au souffle coupé

la nuit tombe et fait battre nos cœurs

libres de refuser

sans avoir à s’expliquer

un regard inquiétant, asservi

tout au fond de la cathédrale

une parole insignifiante

à première vue

convertie aussitôt en images

avale à petites gorgées

rires et soupirs miens

mon ange gardien ne me suit plus

car couronné de la magie

de l’instant présent

choisit plutôt de ne plus exister

comme avant, mais socialement

se montrer à l’évidence au ras des grottes

pour plaire au roi et au prince

valider a posteriori

vieilles croyances populaires

des statues et leurs débris

à la hanche basse

revenues de l’Éden

ou s’en allant peut-être

s’agenouillent pour prier

le feu qui pétille dans leur regard

accélère notre souffle

spectacle de cirque et de marionnettes

aux abords du tombeau de marbre

une mise en garde

inappropriée aux besoins

une citation apocryphe

nous frappons quant à nous à la porte

à l’intérieur, tristes époux

défendant leur amour-propre

justifiant après coup leur échec

des voix qui sonnent faux

des belles-mères à bout de souffle

tenant de leurs deux mains

le flambeau nuptial

puis injures et menaces

des chants phalliques

pour attiser leurs sottises

mettre au bout du compte en scène

la comédie vieillissante

le regard oblique

les vents tous les vents

tels des creux éloignés

amateurs de spéculations

lucratives et avantageuses

glorifient cités et tragédies

puis se cachent sans se cacher

bien pudiquement

mais jasmins trahis par leur parfum

rien que pour se dérober

croyait-on comprendre

à leur vocation première

telle est, telle était, semble-t-il

la destination de celles et de ceux

fermant leur âme au mystère

obligés à obéir à l’utile au beau et au vrai

pendant un temps donné

en dépit de la raison enracinée

or au cœur même des lieux de l’Homme

le silence fraîchement arraché

à la mamelle de la vérité

inquiète et fascine

la vie s’ouvre encore une fois

comme un métier à célébrer

un adolescent parle

avec la passion vivante

de ces pierres rencontrées

sur son chemin

de ses conquêtes idylliques

ou croquignolesques

de ses projets en chantier

qu’il n’achèverait sans doute jamais

une jeune femme au regard

espiègle et sombre

entortillée dans des accusations

gratuites ou imméritées

délirantes et calomnieuses

préfabriquées ou hors de propos

mesquines et de toutes sortes

prétend malgré tout

venger la morale puritaine

en formulant des plaintes

contre des prévenus fantômes

un vieil homme

jadis à l’école des coquins

long collier de porc

suspendu à son cou

raconte et raconte

des histoires à fendre l’âme

hégémonie et injustice

humanisme bafoué

impérialisme débridé

modernité déviergée

valeurs morales asservies

d’autres, échappés un soir

à la faveur d’une nuit sans lune

mouvementée et mensongère

au désespoir insondable et sans bornes

en quête cette fois d’un refuge

inviolable et intemporel

mais sans le dire

une croix rouge suspendue

à leur collier fait de graines

oblongues de palma-christi

implorent et attendent

d’autres enfin remuent

bien calmement le fond de leur vase

plein de richesses

pour amadouer les juges

comme à l’accoutumée

sans s’arracher avant toute chose

à leur passé récent

plus burlesque que glorieux

épée sans cesse suspendue sur la tête

de celles et de ceux sollicitant

leur bienveillance

arracheurs de dents

à la violence farouche

la renommée de leur appétit

les précède sans doute

car aux antipodes de leur vie sur terre

de la routine séculaire

un nouveau métier

celui d’éboueurs de fosses d’aisances

migrations incessantes donc

d’une fosse à l’autre

l’un et l’autre s’agenouillant après quoi

en signe de repentance

mais trop tard

puis vient le tour du poète

celui-ci au milieu de tous

emprunte sans hésiter

le chemin conduisant à l’Éden

le paradis des rêveurs et des promeneurs

pour avoir connu la tourmente ailleurs

sur Terre

(Montréal,

9-10 janvier 2025)Edgard Gousse
Professeur et écrivain, citoyen engagé
Profesor y escritor

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