16 janvier 2026
Rapport annuel sur les conditions migratoires périlleuses des Haïtiens
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Rapport annuel sur les conditions migratoires périlleuses des Haïtiens

Rapport CHSM / 2024-1

Rapport d’enquête  sur le nombre d’haïtiens morts, expulsés ou incarcérés en essayant de rejoindre les pays de la Caraïbe et de l’Amérique. Ce rapport veut alerter l’opinion publique et  les autorités haïtiennes sur cette  situation désastreuse et catastrophique.

Fait à Paris, décembre 2024


Mise en contexte

Selon le dernier rapport des Nations-Unies, Haïti a atteint un niveau de violence extrême qu’il n’a jamais connu depuis deux ans (HCDH, 2024). Les derniers chiffres documentés par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme indiquent qu’au moins 3 661 personnes ont été tuées depuis janvier de cette année. Au moins 22 institutions publiques et 16 commissariats et sous-commissariats de police ont été attaqués, incendiés. Plus de 900 écoles ont été fermées depuis janvier et, dans la capitale Port-au-Prince, près de 40 % des établissements de santé sont hors service (UNICEF, OCHA, ECHO 2024). Ces violences extrêmes ont aggravé les conditions de vie de la population.

Dans ce contexte de violence, d’insécurité généralisée, et de misère extrême, l’Observatoire du Collectif Haïtien de Soutien aux Migrants, en s’appuyant sur des multiples données et sa veille informationnelle, observe une hausse de la migration haïtienne. En 2023, le HCR avait recensé 312 000 réfugiés et demandeurs d’asile haïtiens dans le monde.

Les départs massifs des Haïtiens vers l’étranger se font dans des conditions périlleuses et dangereuses dans l’espoir d’atteindre des pays de la Caraïbes et de l’Amérique. De janvier à décembre 2024, des milliers d’Haïtiens ont été interceptés par des gardes côtes ou des polices frontalières en tentant de rejoindre « illégalement » des pays de l’Amérique Latine, l’Amérique centrale, des Caraïbes et de l’Amérique du Nord. Ces voyages se sont effectués sur des bateaux de fortunes dangereux et inadaptés. Ils ont causé des naufrages mortels, des disparitions, des déportations, et l’incarcération des Haïtiens dans des conditions difficiles et inhumaines.

Des dizaines de milliers d’Haïtiens ont aussi traversé la forêt du Darién, appelée la jungle du Darien, pour rejoindre les Etats-Unis via l’Amérique centrale et le Mexique. Cette forêt est décrite comme étant l’une des forêts les plus pluvieuses et dangereuses de la planète. Elle est aussi une zone de non-droit, contrôlée par des trafiquants de drogue et de rebelles politiques. En effet, lors de ces traversées, les Haïtiens doivent faire face aux falaises, aux rivières, et aux raids des bandes armées.

Dans le cadre de ce rapport nous avons pour objectif de montrer, malgré les noyades, les agressions, les déportations et les risques d’incarcération, 230 974 Haïtiens ont voyagé de manière périlleuse en 2024 pour rejoindre d’autres pays de la Caraïbe et de l’Amérique. Nous voulons aussi alerter les autorités haïtiennes et recommander des mesures adéquates en vue de maitriser ces voyages mortels et de venir en aide aux Haïtiens rescapés, incarcérés, ou déportés.

Méthodologie :

Pour obtenir les multiples données à propos des conditions de migration des haïtiens durant ces 12 derniers mois, nous avons interrogé de multiples sources : note d’informations des gardes côtes, des articles journalistiques, et nous avons aussi mis en place une veille informationnelle. Pour s’assurer de la véracité de chaque donnée, notre service de veille informationnelle croise et recoupe, et compare les sources de chaque élément d’information.

En effet, en raison de cette méthodologie, de nombreux faits et chiffres n’ont pas été évoqués dans ce rapport, car nous n’avons pas pu les vérifier. De ce fait, ce rapport n’est pas exhaustif. Cependant, il nous donne une représentation des conditions migratoires des Haïtiens pour l’année 2024 et nous montre la gravité de la situation.

– Le 10 janvier 2024, L’équipage du U.S. Coast Guard Joseph Doyle et les garde-côtes américaines ont empêché un navire surchargé d’haïtiens d’entrer aux USA après avoir être aperçus par l’équipage du US Coast Joseph Doyle ;

-Selon les statistiques du Bureau des douanes et de la protection des frontières publiées au mois de février 2024, 23,000 haïtiens ont été interceptés et arrêtés par les autorités frontalières à la frontière Sud des Etats-Unis avec le Mexique au mois de janvier ;

-Le samedi 9 et le dimanche 10 mars, 71 Haïtiens ont été expulsés vers Haïti par les autorités jamaïcaines, ils ont été interceptés au large de la Jamaïque ;

-Le 6 avril 2024, à Inaugua au Sud des Bahamas, les garde-côtes ont arrêté un bateau qui transportait 257 migrants haïtiens, qui tentaient irrégulièrement aux Bahamas ;

-Le 7 avril 2024, deux bateaux qui transportaient 60 Haïtiens ont été interceptés par les gardes côtes des Iles Turques et Caicos ;

-Le 19 avril 2024, les autorités migratoires américaines ont expulsé 52 migrants haïtiens vers Haïti, dont 12 femmes et 40 hommes ;

-Le 14 mai 2024 les garde-côtes guadeloupéens, ont intercepté 30 haïtiens, dont 5 enfants, à bord d’un voilier au large de la commune de Bouillante en Guadeloupe ;

-Le 24 juin 2024, un bateau qui transportait 97 haïtiens à destination de la Floride, a été intercepté par les autorités dominicaines à Cayo Muerto, province de Monte Cristi et expulsés vers Haïti ;

-Le mercredi 26 juin 2024, 118 haïtiens ont été interceptés à bord d’un voilier par les garde- côtes américains au large des Keys de Floride et expulsés vers Haiti ;

-Le vendredi 19 juillet, 40 haïtiens ont été tués lors d’un incendie dans un bateau de fortune en direction des îles Turques-et-Caïques ;

Le 28 juillet 2024, 35 haïtiens ont été interceptés par la police jamaïcaine à Manchioneal, dans la région de Portland, dont 5 femmes, 1 enfant, et 29 hommes. Ils ont été expulsés vers Haïti le 29 juillet.

-Le samedi 17 aout 2024, 182 migrants haïtiens, ont été interceptés en mer au large des îles Turques-et-Caïques. Le mercredi 21 aout, ils ont été rapatriés en Haïti.

-Le 27 septembre 2024, 45 migrants haïtiens ont été interceptés dans les eaux bahamiennes, dont 32 hommes et 13 femmes ;

-Entre le 15 septembre et le 1er octobre 2024, 44 migrants Haïtiens ont été intercepté sur l’Ile de Monito à Porto Rico. Ils ont été abandonnés par des passeurs ;

-Le dimanche 6 octobre la police jamaïcaine a arrêté 35 migrants haïtiens, dont 20 hommes, huit femmes et sept enfants après être arrivés sur la plage de Kensington, dans le district de Portland en Jamaïque ;

-Le 23 octobre, 17 Haïtiens — 13 hommes et quatre femmes — ont été expulsés vers Haïti après un an détention dans les prisons jamaïcaines à cause d’y avoir entré illégalement ;

Analyse et recommandations :

On observe que la montée des voyages dangereux vers l’étranger, corrèle avec la montée de la violence des gangs en Haïti pour l’année 2024. Les Haïtiens voyagent davantage sur des bateaux de fortune pour tenter de rejoindre la Jamaïque, les iles Turcs and Caicos, les Bahamas, la Floride (USA), la Guadeloupe, et le Porto-Rico.

A défaut des bateaux, on constate que la marche à pied constitue aussi une stratégie permettant aux Haïtiens de franchir les frontières des Etats-Unis. Néanmoins, ces deux stratégies sont très dangereuses pour les Haïtiens, ils sont exposés au racket, au vol, et au viol des passeurs, et au naufrage des bateaux utilisés pour ces voyages. Car, aucun de ses bateaux ne sont aptes à la navigation en pleine mer. Ils mesurent environ une dizaine de mètre grossièrement assemblés avec des clous. Ils sont très vulnérables aux vagues et peuvent chavirer à tout moment sous le poids des plusieurs dizaines d’Haïtiens qui y sont entassés lors des voyages.

Les données décrites ci-dessus montrent que lors des voyages, les Haïtiens sont parfois interceptés, et parfois emprisonnés. Certains arrivent à s’y échapper, mais vivant en situation irrégulière et de précarité. Cette situation les expose à la violation et/ou la privation des multiples droits, particulièrement les droits sociaux. Au regard de tous ces éléments, nous faisons les recommandations suivantes :

  1. Nous recommandons le financement par l’Etat haïtien, des permanences juridiques animées par des associations haïtiennes (Jamaïque, USA, Guadeloupe, Bahamas, Turques ans Caicos, Porto-Rico, France) ayant pour objectif d’accompagner les haïtiens interceptés ou détenus pour voyages irréguliers et aussi ceux qui sont « sans-papiers » dans leurs démarches de régularisation ;
  2. La mise en place par l’Etat haïtien d’un numéro d’urgence fonctionnel aux consulats et ambassades d’Haiti, permettant à chaque Haïtien de joindre les autorités diplomatiques haïtiennes en cas de détresse ou de danger ;
  3. L’Etat haïtien, les organisations de la société civile et de la diaspora haïtienne doivent faire des plaidoyers en vue d’obtenir un moratoire sur les expulsions et rapatriements forcés des Haïtiens vers Haïti. Car, la violence armée des gangs et les violations actuelles des droits de l’homme, ne garantissent pas les conditions d’un retour sûr, sécuritaire et digne dans le pays.

Collectif Haïtien de Soutien aux Migrant.e.s

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