Sous un ciel qui s’effrite en cendres,
elle pleure, la jeune femme de Solino,
devant sa maison devenue braises,
devant ses rêves déchirés,
par des mains maculées de sang et d’or sale.
Ne pleure pas, Ti Mago
Le vent transporte des cris étouffés,
fragments de vies brisées,
tandis que les rues se tordent
sous les pas lourds des bourreaux,
les vautours cachés sous des masques d’homme,
serviteurs de politiciens verreux,
marionnettes des puissants étrangers.
Mais écoute, ô sœur de Solino,
le feu ne consume pas tout.
Dans tes larmes, il y a des graines
qui savent encore fleurir.
Dans ta douleur, il y a des racines
plus profondes que l’injustice.
Ne pleure pas, Ti Mago
Car le cœur du peuple haitien est une montagne,
et les montagnes ne plient pas.
Chaque goutte de sueur, chaque cri, chaque poing levé
est une promesse de l’aube.
Le souffle de Dessalines est là,
dans les ruelles où le sang coule.
L’ombre de Catherine Flon s’étend,
dans le silence des maisons réduites en cendres.
Ils te disent : N’abandonne pas.
Les flammes dansent, oui,
mais elles ne danseront pas toujours.
La vérité germera parmi les décombres,
les chants renaîtront dans les quartiers muets.
Et toi, femme de Solino,
ta voix, ton histoire,
seront des pierres pour bâtir demain.
Solino brûle, Fort National se consume,
mais l’âme se lève.
Et ce pays, ce roc insoumis,
trouvera la lumière
par ses enfants qui refusent
de s’éteindre.
Ne pleure pas, Ti Mago


