19 janvier 2026
Les Américains s’inquiètent pour leur démocratie
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Les Américains s’inquiètent pour leur démocratie

Près de la moitié des électeurs américains doutent du bon fonctionnement de la démocratie américaine, 45 % d’entre eux estimant que leur système politique ne représente pas bien les citoyens ordinaires. C’est ce que révèle un sondage du New York Times-Siena College.

Nick Corasaniti, Ruth Igielnik et Camille BakerThe New York Times

Les trois quarts des électeurs américains estiment que la démocratie est menacée, bien que leur perception de ce qui la met en péril varie considérablement en fonction de leur tendance politique.

Une majorité d’électeurs pensent que le pays est en proie à la corruption, 62 % étant d’avis que le gouvernement travaille principalement dans son propre intérêt et dans celui des élites, plutôt que dans l’intérêt général.

Des frustrations et une perte de confiance

L’érosion de la confiance dans le gouvernement américain, vieux de près de 250 ans, fait suite à quatre années de défis sans précédent : une émeute violente visant à renverser l’élection présidentielle de 2020, la condamnation pénale de l’ancien président Donald Trump et l’insistance de ce dernier sur le fait que le processus électoral est truqué.

PHOTO KENNY HOLSTON, ARCHIVES THE NEW YORK TIMESPartisans de l’ancien président Donald Trump prenant d’assaut le Capitole, à Washington, lors de la certification des résultats de l’élection présidentielle de 2020, le 6 janvier 2021

Face à une inflation galopante, à des guerres culturelles qui divisent la société américaine et à des crises géopolitiques, les électeurs expriment leur exaspération à l’égard de la politique et d’un gouvernement qui, selon eux, a échoué à les servir, y compris pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.

« Je dois me rendre dans une banque alimentaire, alors que mon mari et moi gagnons un salaire décent. Nous n’arrivons pas à joindre les deux bouts avec trois enfants », a affirmé Tyra Jackson-Taylor, 51 ans, assistante sociale de Norfolk, en Virginie. « C’est beaucoup, je dois travailler et lui, il fait des heures supplémentaires, juste pour essayer de joindre les deux bouts. »

Ces frustrations ont amené 58 % des électeurs à penser que les systèmes financier et politique du pays doivent être modifiés en profondeur, voire complètement repensés.

Malgré tout, les électeurs ont réaffirmé leur confiance par rapport au processus électoral. Près de 80 % des électeurs – dont une majorité de républicains, de démocrates et d’indépendants – estiment que les résultats de l’élection présidentielle de 2024 seront fiables. Cette confiance représente une amélioration par rapport à il y a deux ans, lorsqu’environ 70 % des électeurs déclaraient avoir confiance aux résultats des élections de mi-mandat.

À qui la faute ?

Les Américains considèrent que les médias grand public et les réseaux sociaux sont particulièrement néfastes pour la démocratie, bien que les républicains soient plus enclins que les démocrates à blâmer les organes de presse. Mais la polarisation politique affecte également la perception qu’ont les Américains de ce qui est à blâmer.

Les républicains considèrent que la vice-présidente Kamala Harris, le président Joe Biden et les démocrates en général nuisent à la démocratie. Ils citent également le vote par correspondance, les machines de vote électronique, l’immigration et même le département de la Justice.

PHOTO BRENDAN MCDERMID, REUTERSLe candidat républicain Donald Trump lors d’un rassemblement à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, jeudi

De leur côté, les démocrates voient une menace centrale pour la démocratie : Donald Trump.

« C’est un dictateur incarné », a lancé Jeffrey Braman, 51 ans, vétéran militaire de Lansing, au Michigan. Il s’est dit préoccupé par le fait que « plus de 70 millions d’Américains croient en lui », en référence au nombre de voix obtenues par M. Trump en 2020. « Plus de 70 millions. Cela signifie qu’ils veulent un roi. Quelqu’un qui va leur dicter leur conduite. »

Cependant, peu d’électeurs déclarent que les préoccupations vis-à-vis de la démocratie sont au cœur de leur vote. Seuls 7 % des électeurs sont d’avis que la démocratie était la question la plus importante concernant la présidentielle.

Néanmoins, les électeurs, et pas seulement les démocrates, ont aussi exprimé leur malaise face aux tendances autocratiques des dirigeants politiques. Seuls 21 % des électeurs probables sont d’accord pour dire qu’un président devrait être en mesure d’outrepasser la loi pour faire ce qu’il estime être le mieux, plutôt que de rester dans le cadre des règles et des lois existantes. Il y a deux ans, 30 % des électeurs étaient d’accord avec le concept d’un président agissant en dehors de la loi.

Une nouvelle tentative de fraude électorale ?

Les électeurs sont très préoccupés par la manière dont M. Trump traitera les résultats de l’élection s’il perd. Six électeurs sur dix ne sont pas convaincus qu’il acceptera les résultats. Et près de la moitié des électeurs – dont 12 % de républicains – craignent que ses alliés et lui ne tentent de renverser l’élection par des moyens illégaux.

« Trump est tellement radical », a déclaré Katherine Muth, 74 ans, du comté d’Elk, en Pennsylvanie.

La plupart des électeurs, toutes tendances politiques confondues, sont convaincus que Mme Harris acceptera les résultats de l’élection, et peu d’entre eux craignent qu’elle tente de les renverser en cas de défaite.

Certains discours trouvent écho, d’autres non

Si les électeurs s’inquiètent largement d’une nouvelle tentative de fraude électorale de la part de M. Trump, ils semblent également avoir été influencés par ses mensonges répétés sur la fraude aux élections américaines.

Bien que la fraude soit extrêmement rare et que le candidat républicain ait souvent fait des affirmations non fondées, il y a plus d’électeurs préoccupés par le fait que des personnes votent illégalement que par le fait que des électeurs admissibles se voient empêchés de voter. Il s’agit d’un revirement par rapport à il y a deux ans, lorsque les électeurs étaient légèrement plus nombreux à s’inquiéter de la suppression d’électeurs que de la fraude.

PHOTO HEATHER AINSWORTH, ARCHIVES THE NEW YORK TIMESFloyd McIlwain remplit un bulletin de vote par correspondance pour l’élection générale de 2024 aux services électoraux du comté de Bradford, à Towanda, en Pennsylvanie, le 22 octobre.

Le sondage montre aussi que les électeurs ne croient pas nécessairement certaines des déclarations les plus provocatrices de Donald Trump. Interrogés sur ses récentes menaces de recourir à la Garde nationale pour gérer les Américains qu’il a qualifiés d’« ennemis de l’intérieur », un peu moins de la moitié des électeurs – dont un quart de républicains – ont dit avoir pris les commentaires du candidat républicain au sérieux.

Les alliés de M. Trump insistent souvent sur le fait que les électeurs ne devraient pas prendre l’ancien président au pied de la lettre lorsqu’il fait ce type de déclarations ; les résultats suggèrent que les électeurs ont compris le message.

Les électeurs croient cependant à certains des discours de campagne les plus cohérents de M. Trump. Les trois quarts des électeurs ont affirmé prendre au sérieux le fait que le républicain expulserait des millions d’immigrés vivant aux États-Unis sans statut légal, et près de 60 % ont déclaré prendre au sérieux le fait que l’ancien président s’appuierait sur le département de la Justice pour poursuivre ses opposants politiques.

Une nation polarisée

Le langage de Donald Trump, qui qualifie certains de ses compatriotes d’« ennemis de l’intérieur », n’a trouvé que peu d’écho auprès de sa base électorale. Seuls 11 % de ses partisans ont qualifié d’ennemis les électeurs qui ont choisi Kamala Harris. La grande majorité a plutôt déclaré qu’il s’agissait simplement de concitoyens américains avec lesquels ils n’étaient pas d’accord.

PHOTO MATT YORK, ASSOCIATED PRESSLa candidate démocrate Kamala Harris lors d’un rassemblement à Phoenix, en Arizona, jeudi

En fait, les partisans de Mme Harris sont légèrement plus enclins à décrire les électeurs qui préfèrent M. Trump comme l’ennemi ; 16 % d’entre eux l’ont dit.

Pourtant, près de 60 % des électeurs disent que le candidat républicain a aggravé les divisions partisanes dans le pays ; 37 % disent la même chose de la candidate démocrate.

Un noyau dur – environ un tiers des électeurs – estime que les problèmes du pays sont si graves qu’il est au bord de l’échec. Une majorité de républicains – et 16 % de démocrates – ont une attitude fataliste quant à l’avenir de la nation.

« L’élite de Washington contrôle tout, et la volonté du peuple a été ignorée », a affirmé Randal Parr, 72 ans, agriculteur à la retraite à Lebanon, en Indiana. « Et il ne s’agit pas seulement des démocrates ou des républicains, mais de l’élite de Washington. »

À propos du sondage : il a été réalisé du 20 au 23 octobre, auprès de 2516 électeurs appelés à travers les États-Unis.

Ce texte a d’abord été publié dans le New York Times.Lisez l’article sur le site du New York Times (en anglais ; abonnement requis)

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