20 janvier 2026
CPT : Corruption – Pillage – Trahison
Actualités Société

CPT : Corruption – Pillage – Trahison

Ce 7 octobre, la chaise présidentielle musicale loupée par l’un des vilains du trio magique qui concoctait un braquage de banque, a été passée d’Edgard Leblanc à Lesly Voltaire en tant que coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition. Des arrivistes politiques et propagandistes des ondes sont montés au créneau pour leurrer la société dans une illusion d’une nouvelle dynamique politique. Foutaise ! « Bonnet blanc, blanc bonnet », car rien n’a changé, rien ne change, et rien ne changera en absence de mesures drastiques contre les dérives. Ces neuf têtes inutiles entêtées à sucer les ressources publiques dans une sinécure onéreuse continueront leurs jeux de coquins et de vilains, comme à l’accoutumée. Avec la présence des trois conseillers impliqués dans le scandale de tentative de braquage de la BNC, la corruption, le pillage et la trahison siègent confortablement au sein de ce CPT, en toute impunité. Mauvais présage ! 

Dans cette caverne d’Alibaba, les trois corrompus épinglés dans le rapport de l’ULCC ont été vite recyclés par leurs pairs jusqu’à détenir le pouvoir de signer une résolution de concert avec leurs homologues conseillers présidentiels. Paradoxe ! Tandis que le rapport de l’ULCC requiert que des poursuites judiciaires soient engagées contre Louis Gérald Gilles, Emmanuel Vertilaire et Smith Augustin, ces trois conseillers aux « dwèt long » impliqués dans une tentative de braquage contre la BNC ont été tirés à quatre épingles. Ils brillaient de mille feux dans l’installation de Lesly Voltaire pour trinquer avec lui, avec d’autres homologues conseillers, des ambassadeurs et des ministres dont celui de la Justice. Pourtant, en vertu de la morale sociale, ces membres décriés de ce CPT budgétivore ne sont pas en odeur de sainteté avec la justice. 

Le bon sens est atterré de constater que de potentiels prisonniers occupent plutôt des statuts de président. Ce pays qui savait jadis bannir les comportements déviants perd l’excellence de son âme. À travers cette opportunité solennelle de lever leur vin en l’honneur du nouvel entrant, la société confirme que ces trois conseillers sur la sellette demeurent des amis fidèles, sinon des hommes de confiance de Lesly Voltaire. Celui-ci, comme un proxy-président de la République qui montrait son arrivisme présidentiel à la 79e Assemblée générale de l’ONU, détient aujourd’hui le feu vert d’engager Haïti sur le plan local et international. Qu’est-ce qui justifie que Smith Augustin ne puisse être installé comme coordonnateur du CPT alors qu’il peut toujours assurer la fonction sinécure de conseiller présidentiel ? La logique a reçu des coups de massue au tympan.  

Pacte diabolique 

Ce ne sont que par des stratagèmes de satisfaire des intérêts personnels qu’un groupe respectueux choisirait de pactiser avec des criminels ou des corrompus révélés. D’ailleurs, ceux que l’on pourrait croire de crédit moral adéquat exercent de la prudence pour ne pas s’associer avec des vilains. Avant toute initiative, les esprits avisés mesurent constamment le risque de perte d’image qu’ils encourent. En prenant cette option de boire et de s’asseoir ensemble, voire d’apposer leurs signatures sur un même document que les ravisseurs confirmés par l’ULCC – qui est une prime à la corruption – les autres membres du CPT se disent certainement que le jeu en vaut la chandelle. S’ils peuvent s’assembler, c’est sans doute parce qu’ils se ressemblent. L’avenir dira le reste.

Qu’il s’agisse de la politique, de la diplomatie ou d’autres champs, l’absence de moralité et d’intégrité va toujours hypothéquer la confiance entre les parties impliquées. Le « politiquement correct » est juste un sophisme ou un paralogisme pour étayer des incohérences et des absurdités. Ce sont l’intégrité, l’efficience et la vérité qui garantissent la pérennité de toute relation, de toute entreprise. Des gens qui ne sont pas dignes de confiance vont toujours créer des frictions et semer des discordes dans les relations et les coopérations ; entraînant ainsi des échecs de coordination. 

Cette résolution bancale du 7 octobre, qui est sans conteste un pacte diabolique avec des corrompus, serait aussi un prétexte de désaccord entre Leblanc et les autres conseillers. La véritable pomme de discorde étant la rotation présidentielle qui n’aurait pas plu à l’ancien coordonnateur qui dégustait les privilèges de président. Dans ses zigzags dilatoires de négocier une certaine amnistie avec les « trois mousquetaires » en contrepartie de faveur ou ne pas signer dans d’autres circonstances, Edgard Leblanc jouait surtout à l’intelligent. À la fin, il a fini par montrer sa rébellion au sein de ce CPT, réduit vraisemblablement à un monstre octocéphale. Cette résistance, jusques-à quand ?

Le président sortant a alerté sur des crises politiques à venir en raison de la souillure de l’image du CPT par la présence des trois conseillers pilleurs. Tout porte à croire qu’il a raison. Juste une question de temps, les conseillers vicieux vont réitérer leurs actes pervers. Ils feront des menaces et des marchandages auprès des ministères et des organismes autonomes et déconcentrés en contrepartie de promotions et de nominations de faveur. En effet si Edgard Leblanc est cohérent dans son discours à la nation, il devra remettre sa démission sans délai pour ensuite entreprendre des démarches pour mettre à l’écart les conseillers corrompus. Comme Moïse, le vrai libérateur, il doit se dépouiller de ses privilèges indus et se ranger du côté de la population pour mener un combat dans la dignité. C’est seulement à ce moment que la société percevra chez lui un virage vers une prise de conscience citoyenne. Attendons voir.  

Par les mêmes pratiques de mégalomanie dans la disette, au frais de la princesse en détresse, cette structure présidentielle multi-têtes conçue dans un large consensus pour résorber la conjoncture politique se révèle indigne. Au lieu de servir les intérêts de la collectivité, le CPT s’offre des avantages personnels et de multiples privilèges dont secondes résidences, véhicules de service, perdiem exorbitant, frais de fonctionnement, d’intelligence, de carburant, de téléphone, etc. Entretemps, la réouverture des classes est faite seulement en théorie car en plus de l’insécurité, les familles vivent dans une précarité sévère. Les frais scolaires, le transport, la nourriture, les parents ne peuvent pas joindre les deux bouts. D’ailleurs ils sont nombreux à laisser leurs résidences pour s’installer dans une infamie sur des places publiques.    

Par la même gourmandise boulimique qui caractérisaient les anciens régimes, ces conseillers présidentiels ravisseurs comptent exercer leurs pouvoirs pour s’enrichir davantage en des pillages et des réceptions de pots de vin. Très tôt, trois d’entre eux ont terni l’image et le prestige de la présidence tout en trahissant des références éthiques qui fondent les principes démocratiques. Dans cet « otage » à la chambre 408 à l’Hôtel Oasis le 25 mai 2024, l’honneur présidentiel a encaissé un sacré coup. Logiquement, le CPT devrait compter aujourd’hui six membres, avec l’espoir de le réduire davantage si d’autres conseillers sont pris aussi en flagrant délit de corruption. Cependant, entre copains et vilains, cela se passe autrement ; une collusion souterraine a été conspirée, au mépris des valeurs, au détriment de la collectivité. Haïti est mal barrée.

Corruption CPT-BNC, le rapport est sans équivoque

Le feuilleton CPT-BNC révèle que Louis Gérald Gilles, Emmanuel Vertilaire et Smith Augustin sont des voyous qui ont exercé sur Raoul Pierre-Louis des abus de pouvoir à des fins personnelles. Parallèlement, il faut aussi reconnaître que le président de la BNC – quoique dénonciateur des dérives des conseillers présidents à propos des 100 millions de gourdes sollicités déloyalement de la BNC pour le maintenir en poste – leur a aussi facilité des avantages immérités. Les principales formes de corruption incluant pot-de-vin, détournement de fonds, népotisme et favoritisme ont été vécus avec ces conseillers présidents. Leblanc et consort les regardaient dans le blanc des yeux. Qu’en est-il des institutions de vigie et des yeux de lynx ? Il nous faut arrêter cette machine exterminatrice.

Tandis que la corruption a des effets destructeurs et pervers sur la société, des membres du CPT dont la mission consiste à assurer la bonne marche des institutions y sont trempés jusqu’aux coudres. La corruption mine la confiance des citoyens dans les institutions, freine le développement économique, exacerbe les inégalités et peut conduire à des instabilités sociales et politiques. Par exemple le manque d’infrastructures sociales au pays – routes, écoles, hôpitaux, parcs sportifs – résulte d’une pratique acharnée de corruption des familles présidentielles et de leurs alliés. En rendant le trésor public exsangue au profit de certains groupuscules qui ont extorqué les fonds publics, la corruption inhibe la stabilité et l’essor économique du pays. 

Imaginez les méfaits socioéconomiques de la dilapidation des fonds du Petrocaribe et de la CIRH, estimés à plusieurs milliards de dollars. S’il y avait une bonne allocation de ces ressources en provenance des partenariats internationaux, Haïti aurait pu construire plusieurs hôpitaux et campus universitaires de standard international, dans chaque département du pays. Pour nous en convaincre, le coût du campus universitaire de Limonade a été estimé à 30 millions de dollars. Sur cette base, 10 campus du genre coûteraient seulement 300 millions de dollars alors que ce sont des milliards de dollars qui ont été galvaudés au cours de la dernière décennie. Ces coopérations bilatérales et multilatérales théoriquement conçues pour contribuer au bien-être de la collectivité ont enrichi des contrebandiers économiques et des racketeurs politiques. Les sanctions et confiscations de l’ONU en disent long.

Au niveau international, notamment à travers les conventions, des efforts consistants tels que des lois anticorruptions, des initiatives de transparence et d’autres accords internationaux visent à réduire le phénomène de la corruption et à promouvoir l’intégrité et l’éthique dans la gestion publique et privée. Alors que le crédit de chaque victoire contre la corruption est attribuable à tous ceux qui luttent contre la corruption, les institutions internationales laissent faire les gouvernants corrompus en Haïti avec une facilité déconcertante. Il est temps de vaincre cette manie qui se manifeste trop souvent en Haïti dans de nombreux secteurs tels que le gouvernement, les organisations internationales et le secteur des affaires. 

Par cette tentative déloyale et perfide de s’enrichir illicitement qui constitue en même temps une trahison envers l’État, envers la justice et les couches les plus défavorisées, les conseillers épinglés dans le scandale face à la BNC doivent quitter incessamment la tête de l’État. Entre autres, le rapport de l’ULCC a sans ambages justifié du favoritisme à travers des postes et des avantages accordés à des proches et amis d’un des conseillers présidentiels sans nécessairement se baser sur le mérite ou les compétences. 

Cette tentative d’extorsion clairement orchestrée par trois conseillers présidentiels pour obtenir, à travers des intimidations, de l’argent et des services indus, est condamnable. Elle doit donc être dûment punie. Puissent la CARICOM et les ambassades de connivence dans la tragicomédie qui se déroule en Haïti se rendre à l’évidence que ce dernier anaconda est impossible à avaler. 

Tant vaut la justice, tant vaut la société.  

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.