, par Hancy PIERRE professeur Travail social et Migration à l’Université d’Etat d’Haïti et at the University of Findlay, Ohio, USA.
Dans les élections américaines de 2024, la carte des immigrants est le principal défi des candidats « alliés » par la cause anti-migratoire. Kamala Harris, pour se donner bonne conscience et se rattraper de son effacement dans la gestion du dossier de la migration comme vice-présidente revendique un durcissement dans ses positions par rapport à la migration. L’identité du parti démocrate tend à se déplacer en dépit de la plaidoirie pour le droit à l’avortement et la réduction des armes aussi bien que la taxation des grands capitalistes et la mobilité des classes moyennes. Outre les swings voters , l’anti-immigration devient une question nationaliste. On sait que Kamala joue la carte de populiste et de patriote, dans quelle mesure ces valeurs sont-elles assimilées au nationalisme américain ? Trump se revendique un défenseur de l’Amérique profonde avec une attention aux classes moyennes blanches déclassées et appauvries des Etats désindustrialisés surtout érigés dans le Midwest réputés pour la plupart de swing states.
Pour revenir à la question des immigrants, paradoxalement le vote des immigrants est convoité de part et d’autre. Tout d’abord, on assiste à un déclin progressif des votes des latinos aux démocrates. Car les immigrants ne constituent pas une masse homogène. Le niveau de revenu et d’éducation est déterminant dans les choix électoraux. Ceux ou celles ayant de meilleurs revenus et atteint au moins le baccalauréat tendent à s’associer aux républicains. De plus en plus les immigrants investissent les Etats du Midwest qui sont des swings states et on se demande pourquoi des attaques à l’encontre des immigrants haïtiens de l’Ohio comme trame de fond de la campagne électorale des républicains ? La convoitise des votes des immigrants aurait devenu une rhétorique dépassée quand on se rappelle les efforts d’Al Gore à promouvoir un vaste mouvement de naturalisation des immigrants pour gagner leur vote. Georges Bush a eu aussi le parti pris en faveur du projet de régularisation de 12,000.000 millions d’immigrants sans papier.
De nos jours, c’est le revirement de politiques de promotion de la migration dans les deux camps politiques. Ce qui tient lieu d’une vue convergente a propos de choix de politiques anti-migratoires ou de mesures de politiques policières en matière de migration. En effet, le clash s’est déjà fait en 1976 en instituant le principe de quota aux pays du monde occidental émetteurs de migrants sous la présidence démocrate de Jimmy Carter. Par la suite, Bill Clinton a entériné l’une des lois migratoires les plus discriminantes, soit le Personal Reponsability and Work Opportunity Reconciliation Act de 1996.Les administrations de Barack Obama ont opéré d’importantes déportations d’immigrants latino-américains et caribéens. L’administration de Joe Biden et Kamala Harris a assuré la continuité des politiques anti-migratoires en apportant un vernis humanitaire dans la promulgation du TPS et de l’Humanitarian Parole.
Pour le moment, les sondages révèlent serrés les scores des deux candidats de l’Amérique. Aucun pronostic n’a encore sa place car tout se joue sur les effets spéciaux des prestations électorales sur les électeurs indécis qui sont encore autour de 18%. Il est un fait que Kamala devrait se défoncer pour se faire connaitre et se montrer perspicace pour avoir été effacée au second plan dans le rôle de vice-présidente ; telle est la nature de ce poste sauf dans les cas d’Al Gore et de Dick Cheney alors pro-actifs sur de dossiers spécifiques et d’intérêt général.
C’est le suspens à bout de souffle dans les deux camps d’autant plus que la faiblesse du système électoral américain serait sur la sellette depuis les élections de 2000, 2004, 2016 et 2020.

