Par Hancy PIERRE, Spécialiste en Relations internationales
La Convention du Parti démocrate américain, qui s’est tenue du 19 au 23 août 2024 à Chicago, a ravivé l’esprit patriotique chez les démocrates. Ainsi, ces derniers ont misé sur l’expérience en désignant l’ex-procureure Kamala Harris comme candidate à la présidence des États-Unis sous la bannière du parti. Après un long périple de balbutiements et de réticences à l’égard de la candidature de Joe Biden, les démocrates se sont resserrés les rangs. Le désistement de ce dernier pour la présidence avait apporté une bouffée d’oxygène au parti.
Si la Convention démocrate est un lieu déterminant pour le choix officiel du candidat ou de la candidate à la présidence, les dés avaient déjà été jetés depuis la désignation de Kamala Harris le 30 juillet. Sa cote était en hausse depuis lors. En effet, tout était déjà favorable pour Kamala, bien que de bons résultats aux primaires ne garantissent pas forcément l’investiture lors de la Convention.
La vieille démocratie américaine a inauguré sa première Convention en 1831 avec le Parti anti-maçonnique, une troisième formation. Le Parti démocrate a rapidement suivi en 1832 à Baltimore, tandis que le Parti républicain a dû attendre 1856. La Convention vise à contrebalancer le monopole des membres de l’establishment en faisant prévaloir l’opinion des militants du parti. Cet événement se tient généralement dans une ville à forte portée symbolique ou dans une « swing-city » (ville-pivot) (Valet et autres, 2004 : 30).
Aujourd’hui, la Convention s’affirme comme un espace de spectacle, car tout est déjà défini à l’avance. C’est un grand défilé des figures influentes du parti et un moment d’affirmation pour celui-ci.
Les grands discours visent à attirer les électeurs. Les démocrates courtisent les États pivots et les travailleurs des classes moyennes. Toutefois, des points fixes demeurent, tels que la défense stratégique des États-Unis face à la Chine, la Russie, l’Iran et leurs alliés, ainsi que le soutien à Israël, tout en condamnant les attaques du Hamas et en promouvant un cessez-le-feu et la protection des civils à Gaza.
C’est un menu habituel pour le parti des bleus, qui ravive le credo américain « United States, the greatest of countries », ce qui renvoie au patriotisme. Kamala Harris se présente comme patriote, progressiste et populiste. Voilà une posture qui inverse la position traditionnelle des républicains. On a assisté à une modération des démocrates dans leur culte du parti, associée à une rationalité discursive, face aux raccourcis des républicains souvent empreints de populisme. Ce raccourci a souvent su orienter la grande majorité des électeurs, comme des automates modelés par la presse, notamment la télévision, et aujourd’hui par les réseaux sociaux.
Ce que les électeurs veulent entendre comme discours politique résonne avec la stratégie discursive de Kamala Harris : la baisse du coût de la vie, le financement pour l’acquisition de son premier logement. Parmi les autres sujets, la question de l’avortement, les taxes sur les plus riches, le soutien au mariage homosexuel, la promotion de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, ainsi que la lutte contre la criminalité et pour le désarmement.
Le mythe de l’Amérique profonde, cher aux républicains, est désormais approprié par les démocrates. Cette collusion brouille les cartes partisanes. La sécurité frontalière et le contrôle des immigrants dans le cadre d’un État policier sont les notes dominantes. Le parti de l’âne est à cheval entre une posture traditionnelle pro-immigrants de l’ère de John Fitzgerald Kennedy et l’anti-immigration partagée par l’actuel candidat Donald Trump. La promotion de programmes humanitaires en matière de migration est la composante populiste qui se manifeste actuellement.
Les élections présidentielles sont avant tout un moment de réaffirmation de l’identité américaine.

