Vraiment un singulier petit pays que cet Haïti Thomas…
Partout, on encourage les gens à dénoncer des actes de corruption et a pointer du doigt les corrompus. Partout, quand on se fait attraper, avec les doigts dans le pot de confiture, on baisse la tête, tout honteux et on file la queue basse, en laissant poste et privilèges.
En Haïti, c’est une toute autre affaire. Tout se fait au vu et au su de tous et rien n’arrive aux fraudeurs, sauf la promotion et de meilleurs coups.
Mais ceux qui osent briser le silence et déroger à la loi de l’omerta, sont livrés à la vindicte étatique et clanique. S’ils ne perdent pas leur vie, on les vire de leur poste ou les empêche de briguer pour d’autres.
Port-aux-Crimes est définitivement le royaume d’Aladin.
Qui se rappelle la saga du candidat à la députation de Ferrier, Gérald Jean et de la conseillère électorale Yolette Mengual?
Gérald Jean a affirmé avoir versé un pot-de-vin de plusieurs milliers de dollars américain à la Conseillère électorale Yolette Mengual, afin d’obtenir une décision favorable du Bureau du Contentieux Électoral National (BCEN).
Quel suivi a été fait de cette dénonciation par les autorités? Gérald Jean a été interdit de se présenter à la prochaine élection, mais Yolette Mengual a continué à travailler pour l’État haïtien, occupant différents postes dans le gouvernement et l’administration publique.
Elle a même bénéficié d’un éloge du président de la République, Jovenel Moise, qui l’a gratifié du titre de »compétence rare dont on ne saurait se passer ». Eh oui!
Cette fois-ci c’est un infortuné directeur de la Banque Nationale de Crédit (appartenant à l’État haïtien) qui a osé jouer avec le feu et qui s’est brulé jusqu’aux poignets.
L’affaire Raoul Pierre Louis, directeur de la Banque Nationale de Crédit (BNC), est encore plus choquante.
Raoul Pierre Louis s’est fait virer comme un malpropre du Conseil d’Administration de la BNC. Son péché capital a été de rendre public des pressions exercées contre lui par trois conseillers présidentiels autour du reconduction à ce prestigieux poste.
Selon sa déposition, Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles lui ont réclamé le versement de 100 millions de gourdes pour qu’il puisse continuer a s’assoir dans le fauteuil ‘bourré » de la BNC.
RRI. Il a été révoqué, et remplacé immédiatement par le premier ministre Garry Conille.
Ainsi, en Haïti, dénoncer les corrompus n’entraîne pas la justice, mais bien souvent la punition de celui qui a eu le courage de parler. Dans ce pays, la corruption semble avoir des racines si profondes que même ceux qui la combattent se retrouvent souvent à payer le prix fort.
Elensky Fragelus

