4 avril 2026
Le Phénomène des accrocheurs esseulés du système éducatif haïtien
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Le Phénomène des accrocheurs esseulés du système éducatif haïtien

Par : Bellita BAYARD, Ph.D.

Avril 2024

1  IntroductionC:\Users\Bellita Bayard\Downloads\IMG-20240412-WA0165.jpg

L’éducation est un droit humain fondamental dont le but est de sortir les hommes et les femmes de la pauvreté, de réduire les inégalités et d’assurer un développement durable. Cependant, selon l’UNESCO (2012, 2015), 258 millions d’enfants et de jeunes à travers le monde ne sont toujours pas scolarisés, que ce soit pour des raisons sociales, économiques ou culturelles. Or,  l’éducation est l’un des outils les plus puissants pour affranchir de la pauvreté des enfants et  adultes exclus de leur société. Elle représente un tremplin vers d’autres droits humains fondamentaux. Elle est également l’investissement le plus durable au niveau des politiques publiques d’un pays. Le droit à une éducation de qualité est déjà solidement ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme et dans les instruments juridiques internationaux qui sont en majorité le fruit du travail de l’UNESCO et des Nations Unies.   

Il est un fait que depuis l’année 2000, le décrochage scolaire est considéré dans les pays industrialisés, particulièrement en France comme étant un phénomène social. Cependant, les politiques publiques mises en place par l’État de ces pays considèrent les décrocheurs comme étant des victimes d’une identité négative multiformes, en fonction du traitement que les responsables politiques et éducatifs donnent à  ces jeunes. Selon la perception sociale de ces pays, ces jeunes sont des déviants qui ont des déficits d’intégration et d’insertion. En Angleterre  les experts  les appellent «Not in Education, Employment, or Training » (NEET), en raison de leur vulnérabilité et leur sous-qualification professionnelle et scolaire (Melin, 2020). Au Canada, ces jeunes sont considérés comme étant des décrocheurs.  En Haïti, les experts en éducation  ou en sociologie de l’éducation parlent de déperdition, de décrochage et d’abandon scolaire. En fait, dans un langage scientifique toutes ces appellations signifient relativement la même chose.

Pour parler de décrocheurs, il faut placer les jeunes dans des conditions d’apprentissage en  quantité et qualité. Il faut les encadrer et leur donner des moyens pour apprendre. En Haïti, on parle à tort ou à raison des décrocheurs, c’est une appréhension relativement fausse à l’endroit des jeunes qui s’accrochent et qui ne trouvent aucun encadrement, malgré leur situation socio-économique. Par conséquent, ils sont obligés, malgré eux de tirer un trait sur ce que l’on appelle école.  C’est un gaspillage de capital humain en raison de la violence symbolique dont ils font l’objet à l’école et dans la société. C’est ce qui cause leur stigmatisation et leur inadaptation à l’école. En d’autres termes, ils échouent à cause de la perception sociale, éducative et scolaire.  Ce qui nous pousse  à nous interroger de la manière suivante : Existe-t-il des décrocheurs en Haïti? Ceux que l’on appelle des décrocheurs ne sont-ils pas des accrocheurs esseulés?

Définition concepts

Nous apportons un peu de lumière sur ce que nous appelons : décrochage scolaire, décrochage professionnel, accrocheur esseulé et raccrochage scolaire.

Décrochage scolaire :

Ce sont les jeunes qui ont quitté le système éducatif « sans diplôme ou uniquement avec le brevet et qui ne sont pas en formation » (Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance de France). On dit décrochage scolaire, abandon scolaire ou déperdition scolaire. Sur le plan socio-psychologique et didactique, le risque de décrochage scolaire de l’apprenant à une interdépendance avec celle de l’enseignant d’où le risque de décrochage professionnel.

Décrochage professionnel :

C’est un concept élaboré par des chercheurs de l’Amérique du Nord, particulièrement des États-Unis et du Canada pour parler des enseignants qui abandonnent prématurément ou non leurs carrières professionnelles. La littérature scientifique utilise : le décrochage professionnel, l’attrition, l’abandon de la carrière ou la désertion professionnelle (Sauvé, 2012), pour parler de la même réalité.  C’est « le départ prématuré de la profession qu’il soit volontaire ou non » Karsenti et al. (2013), en raison des difficultés rencontrées  par les enseignants dans l’exercice de leur profession, soit de façon temporaire ou permanente.  

Accrocheurs esseulés:

Selon le dictionnaire virtuel Larousse,  un accrocheur est une personne  très opiniâtre dans ce qu’il entreprend, c’est-à-dire, très tenace, combative, qui ne cède pas et ne s’arrête pas dans ses démarches et qui cherche à attirer l’attention. Donc, contrairement au décrocheur,  un accrocheur esseulé, c’est un enfant ou un jeune qui veut aller à l’école et qui est négligé et n’est ni encadré, ni pris en charge par le système éducatif de son pays. Il est tenu à l’eccart et marginalisé et exclu. Ce sont des enfants, soutenus ou non par leurs parents qui veulent rester à l’école, qui ont des capacités et dont l’Etat ignore volontairement ou non leur existence.  Le mot esseulé est pris dans un sens général pour parler des laissés pour compte, des isolés et abandonnés du système éducatif haïtien.

Raccrochage scolaire :

Le raccrochage scolaire c’est ce qui est  inséparable d’une épreuve, aux dimensions multiples, dont l’enjeu est la réhabilitation du jeune décrocheur qui fait face aux différentes injonctions subies. C’est la préscolarisation des jeunes décrocheurs (Melin, 2020).   Le désir de raccrochage du jeune s’affirme d’abord auprès de l’institution scolaire comme un projet biographique et se met en récit dans le cadre de l’entretien de recrutement.

1.1 Mise en contexte

Dans tous les pays du monde l’éducation est un droit  universel et inaliénable.  Elle est une priorité. Elle confère à tous-tes des capacités de réfléchir et d’agir en toute liberté. Elle permet à  ceux-là qui ont eu la chance d’aller à l’école de devenir des personnes relativement autonomes. En ce sens,  l’école doit être inclusive, elle doit être également un moyen de combattre la discrimination, sous quelle que forme qu’elle soit. C’est un constat, dans certains pays où l’on pratique la pleine éducation scolaire, dans lesquels les responsables éducatifs mettent tout à la disposition des élèves pour apprendre, s’ils laissent prématurément l’école, ils deviennent automatiquement des décrocheurs. Ces pays prennent en charge les enfants au niveau éducatif. L’éducation publique et  privée est contrôlée par le système en place. Les enfants ont la possibilité de bénéficier d’une éducation gratuite, jusqu’à un certain niveau. Le système les accompagne par des bourses et prêts, des aides aux devoirs pour ceux qui sont faibles, des repas à l’école pour tous, etc. Malgré cet accompagnement socio-scolaire, ces pays font face à des décrocheurs-ses à l’école. Cette situation devient très préoccupante pour les responsables des  systèmes éducatifs de ces pays. Là, ils peuvent parler de décrochages scolaires. Les enfants sont encadrés, leurs enseignants formés et embauchés en fonction de leur capacité professionnelle et  pédagogique. En raison de tout cela,  nous nous demandons s’il y a des décrocheurs en Haïti? L’école est délaissée par les dirigeants, il y a une sous-traitance ou séchage des heures de travail par les enseignants dans les écoles publiques, ce qui a impacté négativement le travail et la réussite des élèves. La faiblesse de l’État entraine une crise de gouvernance aigüe. Tels sont les points sur lesquels nous allons intervenir en vue de poser le problème des accrocheurs esseulés en Haïti.

1.1.1 Ecole délaissée par les dirigeants d’Haïti

En Haïti, vont à l’école, les enfants dont les parents ont de la capacité socio-économique adéquate. Au niveau du secteur public de l’éducation, les écoles publiques ne sont plus ce qu’elles étaient dans les années 1940, 50, 60 et 70. En Haïti l’éducation était toujours contingentée. Il n’y a pas de place dans les écoles publiques pour les enfants, alors que les écoles privées poussent comme des champignons. L’école se dégrade de jour en  jour. Les écoles publiques sont délaissées par les responsables au profit des écoles privées qui sont présentes à plus de 80% dans le pays. Ce qui parait paradoxal, c’est qu’au MENFP les responsables du système éducatif sont pour la plupart des propriétaires directs d’écoles privées. D’où une sorte de concurrence déloyale au détriment de l’école publique.  Ils sont sans état d’âme pour bâillonner le système éducatif haïtien au profit du secteur privé de l’éducation. L’Etat, à travers le MENFP a perdu tout le contrôle du système. Les écoles publiques sont devenues des gageures dans lesquelles tout fonctionne, sauf une éducation formelle de qualité. Contrairement aux pays industrialisés ou autres qui prennent l’éducation de leurs enfants à cœur, ceux d’Haïti ne sont pas encadrés, pour la majorité. L’Etat, par le truchement du MENFP n’a même pas la capacité de contrôler la démographie scolaire en Haïti. Le taux de natalité est élevé et la capacité d’accueil au niveau du système éducatif n’est pas contrôlée. Les écoles publiques font face à une demande scolaire très élevée pour une capacité d’absorption très basse. Donc, la demande éducative est supérieure à l’offre. Il n’y a pas trop de volonté de la part de l’Etat de trouver l’équilibre à ce niveau. L’éducation en Haïti n’est pas un droit fondamental pour tous. Car, il y a un très grand nombre d’enfants et d’adolescents qui n’ont pas fréquenté l’école à cause de cette situation.   Le fait qu’aujourd’hui, un nombre élevé d’enfants n’aille pas à l’école   au niveau des deux derniers cycles (2e cycle fondamental et secondaire) de l’éducation et comparativement aux pays qui ont pris en charge les enfants de  leur système éducatif, pouvons-nous parler de décrochage scolaire, de déperdition scolaire, d’abandon scolaire  ou de la problématique des accrocheurs esseulés?

1.1.2 Sous-traitance ou séchage des heures de travail des enseignants dans les écoles publiques 

De la même manière qu’un apprenant peut sécher un cours pour des raisons personnelles, les enseignants haïtiens sèchent leurs heures de travail dans les écoles publiques. Les syndicats des enseignants observent la grève pour n’importe quelle raison : soit pour revendiquer ce qui leur est dû, c’est tout à fait normal, soit pour faire plaisir aux politiciens qui veulent s’attaquer aux gouvernements passés ou actuel. Quand l’école est en grève forcée, ça a des répercussions sur la politique et affaiblit le gouvernement en place. C’est un problème de plus en plus complexe pour les dirigeants de n’importe quel gouvernement. La grève des enseignants peut parfois les aider à joindre l’utile à l’agréable. Par exemple quand la pression du MENFP est forte, sur les professeurs absenteistes, ils font la grève et  ils en profitent pour dispenser des cours ailleurs. Une circulaire du Ministre Agénor Cadet datée du mois de décembre 2017 informant les responsables des établissements scolaire publics, en particulier les enseignants de l’interdiction  des pratiques de sous-traitance des cours dans les écoles fondamentales publiques et les lycées à partir de janvier 2018, leur faisait monter aux créneaux contre le MENFP. Par ailleurs,  la sous-traitance se pratique, lorsque l’enseignant est contraint de donner ses cours à l’école et qu’il a d’autres engagements ailleurs pour les mêmes heures.  Ils profitent pour payer un autre enseignant ou un particulier, à un prix dérisoire,  qu’il soit compétent ou non,  en vue de le remplacer à l’école publique. En raison de tout cela,  la pression du Ministre était telle que dans la circulaire il eut à annoncer que : « Seuls les enseignants titulaires sont habilités à dispenser leurs cours dans les écoles nationales et/ou dans les lycées. En cas d’absences répétées sans justification, ils seront remplacés automatiquement, suivant les procédures établies.» La charge de cette circulaire était incombée aux responsables d’établissements scolaires, avec l’appui des inspecteurs,  afin de  veiller à l’application de cette mesure, sous peine de sanctions aux contrevenants. Même après la circulaire du ministre, le problème reste entier, puisque dans une déclaration faite le 12 mai 2017, avec la commission Éducation de la Chambre des députés, il eut à dire qu’il a dénombré dix mille absentéistes sur  les 24 000 professeurs du  système éducatif haïtien. Ces gens-là perçoivent leur salaire, mais font la politique de la «chaire vide» dans les salles de classe. Celle-ci est tributaire de beaucoup d’échecs scolaires dans le système. Or, Tardieu (2020) mentionne ceci : « L’échec, quant à lui peut prendre plusieurs formes : l’abandon des études pour cause financières, l’échec aux examens et abandon successif, ou encore une formation au rabais de moindre qualité que celle que recevront les 5%, ce qui entrainerait l’inaccessibilité aux formations supérieures ». L’absentéisme des enseignants est sans doute l’une des formes de l’échec scolaire dont parle l’expert en éducation. 

 L’absentéisme et la sous-traitance des cours par les enseignants sont une activité récurrente dans le système, particulièrement dans le secteur public de l’éducation. Certaines fois, la politique prend le dessus sur les mesures adoptées par le MENFP. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces mesures éducatives ne font pas long feu. Car, derrière chaque enseignant et responsable d’école, il y a  des sénateurs, députés, délégués, ministres et d’autres politiciens qui peuvent bloquer ces mesures. Voilà pourquoi, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle peut se retrouver seul, sur les bras, avec des milliers de personnes nommées qui n’ont ni titre, ni qualité, ni la conscience professionnelle pour enseigner, rien que pour satisfaire les hommes politiques de ce pays. Ces  enseignants ne sont pas  conscients de leur responsabilité. Les enfants sont pris en otage pédagogique le plus souvent par des activistes politiques. Il faut ajouter à tout cela que les activités scolaires journalières sont livrées à la merci de l’humeur des gangs de rues qui se font passer pour des révolutionnaires et profitent pour vandaliser et piller tout sur leur passage. Pendant qu’en dessous de la table, ils reçoivent des armes et munitions, des pots-de-vin en vue de semer la pagaille dans le pays, particulièrement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Tout ceci,  au profit des politiciens, d’une  frange de la bourgeoisie haïtienne et de leurs patrons, les pays composant la communauté  dite internationale, au détriment du développement social et économique de leur propre pays. 

1.1.3 Impacts de la sous-traitance et du séchage des heures des enseignants sur les élèves

L’école étant le lieu d’apprentissage et d’épanouissement des apprenants, par conséquent, elle doit respecter les objectifs pour lesquels elle est dévolue. Lorsque les apprenants laissent leurs maisons pour aller à l’école et qu’ils peuvent passer plusieurs heures sans travailler, cela peut agir automatiquement sur leur psychique. La nature, dit-on a horreur du vide. Cet adage est aussi applicable pour les humains. Selon un article publié dans le Nouvelliste par Zetrenne R. et suivant les déclarations de  Nesmy Manigat, en 2021, environ 200 établissements scolaires de la zone métropolitaine de Port-au-Prince sont affectés par la violence en Haïti. Cette situation trouve sa source  à la fois sur le plan  académique, pédagogique, infrastructurel, ainsi qu’à  la précarité des conditions de ceux qui travaillent dans les écoles. L’absentéisme des enseignants est l’une des causes de la violence scolaire en Haïti. C’est une situation qui perdure depuis les années 1980. Sous le gouvernement de Jean-Claude Duvalier, les élèves des écoles publiques n’ayant pas trouvé d’enseignants en salle de classe aux heures de cours, quelques-uns d’entr’eux  restaient dans les salles à jouer aux « Morts aux pions (Morpions)» –  Et pour les  apprenants les plus soucieux, doués et intelligents, ils cherchent des feuilles de papier d’emballage et travaillent ensemble quelques exercices de physique et ou de mathématiques, ou encore, ils se rendent sur les places publiques en vue d’aller étudier d’autres  notes de cours. Voilà des jeunes qui veulent acquérir des connaissances et  qui sont livrés à eux-mêmes. Donc, leur situation ressemblait à des accrocheurs esseulés, puisqu’ils sont à l’école, ils veulent apprendre et ne trouvent souventes fois personne pour les aider. Par ailleurs, les élèves qui fréquentaient les lycées à cette époque s’organisaient pour avoir quelques uniformes de certains collèges où les enseignants les plus chevronnés de l’époque travaillaient à des heures bien spécifiques. Ils se transforment automatiquement en élèves de cet établissement pour pouvoir suivre les cours de leur choix, afin de ne pas se faire  remarquer par le propriétaire ou les responsables du collège. A cette époque, la technologie de l’information et de la communication n’était pas en vogue en Haïti. Encore moins les téléphones intelligents, les tablettes, les réseaux sociaux étaient loin du  quotidien de ces accrocheurs esseulés. Non seulement ce n’était pas très répandu, mais aussi, la situation socio-économique des élèves ne s’y prêtait pas.  A cette époque-là, le niveau de l’insécurité et  de violence était  tres faible en Haiti.  Les élèves de l’époque avaient, non seulement un peu de vergogne et de respect pour la société et les plus âgés,  mais aussi, la pression de la dictature ne les permettait pas des dérives. 

De nos jours, la démocratie rentre en ligne de compte et l’école est devenue de plus en plus politisée. Nous pouvons dire à l’instar de Nesmy Manigat que : « L’école ne fonctionne pas. Là où elle fonctionne, elle fonctionne mal. Il n’y a pas d’apprentissage réel même s’il y aurait eu un semblant d’enseignement ».   Les dirigeants des établissements scolaires et les enseignants, pour la plupart, n’ont pas été choisis sur la base de la compétence,  mais de la militance.  Donc, ils n’ont ni compétence, ni conscience professionnelle pour accomplir ce travail sacerdotal. Il y a également la prolifération des syndicats d’enseignants qui ne respectent aucune norme établie par l’État. Ceux-ci ne valorisent pas à sa juste valeur leur profession d’enseignant. Constatant, les failles à ce niveau, le secteur privé de l’éducation saute sur ces opportunités. Les écoles privées pullulent comme des champignons à travers le pays : les unes plus ou moins structurées que les autres, sans quasiment aucun contrôle de l’État (MENFP). Elles ont embauché les mêmes enseignants du secteur public pour dispenser les cours.  Ceux-ci partagent les mêmes horaires de cours entre le public et le privé. Ce qui transforme les enseignants en absentéistes dans les écoles publiques. De là a commencé une certaine animosité entre les  élèves des écoles publiques qui n’ont pas bénéficié de  la présence des enseignants en salle de la classe et les élèves des écoles privées qui suivent régulièrement leurs cours. Pour se faire entendre par les responsables de l’éducation, les élèves du public gagnent les rues et attaquent les élèves des  écoles privées. C’est une sorte de violence liée à un mépris des nantis du système éducatifs à leurs revendications. Mêmes les écoles publiques, parfois, elles ne sont pas épargnées. Par exemple les lycées les plus structurés et disciplinés de la capitale subissent également les méfaits de la violence scolaire. Les enseignants absentéistes ont relativement respecté leurs horaires de travail dans ces écoles publiques, parce que les directeurs-trices de ces écoles publiques y mettent certains règlements et balises contre les enseignants absentéistes. C’est une façon pour nous de dire, de manière comparative,  là où l’incompétence et le manque de conscience professionnelle règnent, c’est l’anarchie totale.

1.1.4 Crise de gouvernance aigüe

Depuis plus de 30 ans, le système éducatif haïtien est devenu la chasse gardée des politiciens et du secteur privé de l’éducation haïtienne et de la communauté internationale. Le système, par le biais du MENFP n’est pas libre de ses mouvements. Il ne peut fonctionner, avoir ses propres compréhensions et démarches pour une éducation de qualité, selon les besoins du pays. Quand le système n’est pas absorbé et contrôlé par la France dans son ensemble (par exemple, les ouvrages utilisés, l’appellation des classes, la nomination des ministres etc.) il est, de nos jours, accaparé  par le Canada et les Etats-Unis qui contrôlent tout indirectement. Pour comprendre leur démarche d’accaparement, ils sont parties prenantes dans les nominations des Ministres de l’éducation afin de tout décider en fonction de leurs intérêts. Chaque Ministre nommé, a un patron à l’échelle internationale auquel il doit obéir aveuglement. Le financement du système à l’échelle internationale dépend des relations inégales existantes entre les parties. Le financement offert,  comporte toujours  des ordres à exécuter sur le plan éducatif. Par exemple le MENFP ne dit plus classe de 3e. 2e. Rhéto ou première, etc., il parle de : NS1, NS2, NS3, etc. pour pouvoir  faire plaisir au contrôleur du système. C’est une manière également de dire à la France, vous n’êtes plus notre modèle sur le plan éducatif. Le système a un autre mentor maintenant. Or, les changements effectués sur le plan pédagogique dans le système n’ont presque rien à voir avec ce dont le pays a besoin pour démarrer dans le domaine de la croissance et du développement. Nous observons une sorte de  politique de lucioles dans le système (« Tout koukouy klere pou je w »). C’est l’individualisme à outrance. Chacun des responsables éducatifs essaie de tirer le drap de son côté, et, en fonction de leur mission commandée dans le système, alors que les jeunes sont livrés à eux-mêmes. Les négociations internationales se font à sens unique. Ceux qui négocient pour le pays sont relativement des soumis et qui, souventefois ne maitrisent même pas leurs dossiers. Ils se penchent toujours du côté du bailleur de fonds le plus offrant, même au détriment de notre liberté en tant que peuple. Le blanc a parlé ! Donc l’aide en éducation en Haïti est une aide liée. Nous pouvons même constater cela à travers les manuels scolaires qui sont majoritairement greffés sur deux de l’occident. Gourgues (2016), tout en proposant des pistes pour la décolonisation du savoir et de l’éducation en Haïti, dont voici un extrait de ses propos : «le rôle de ces manuels dans la fabrication et la perpétuation de repères mentaux qui favorisent, chez les apprenants, la prégnance d’une épistémologie euro-centrée et, conséquemment, l’acceptation d’un rapport de domination essentiellement néocolonial». Or, un peuple qui n’est pas éduqué suivant les politiques éducatives relatives à son développement, ses us, coutumes est appelé à végéter sans connaȋtre vraiment la route du développement réel. 

Aucune loi sur le plan éducatif n’est respectée. Par exemple, la loi sur le financement de l’éducation portant la création et l’organisation du Fonds National d’éducation (FNE) en 2017. Cette entité fonctionne dans l’informel total, c’est la vache à lait du gouvernement qui l’avait créé, même après son départ. En 2011, un prélèvement sur les appels téléphoniques et  les transferts d’argent en direction ou en provenance d’Haïti vers l’étranger a été imposée dans le système en vue de financer  le Programme de scolarisation universelle, gratuite et obligatoire (PSUGO). Aucune explication n’est donnée par le FNE, le récepteur et collecteur de ces sommes, en vue de faire la réédition de compte sur ces montants faramineux dépensés futilement au nom du système éducatif haïtien. Ce se traduit par cet adage ayisyen : «Chodyè monte dife sou non timoun e li desann sou non granmoun. »  Tout se passe comme un pourriel sur le net et comme une lettre à la poste. Autant de ministres, autant de documents dits stratégiques pour la réforme du système (Bayard, 2023). Ceux-ci sont des canneaux qui servent à stimuler les bailleurs de fond à aider et  à alimenter la corruption, puisque ces documents n’ont jamais été mis en application. Donc il n’y a aucune gestion des fonds alloués dans le système ou disons mieux, il n’y a aucune transparence dans la gestion des fonds. Les résultats sont probants à ce niveau. L’offre éducative est pauvre, puisqu’elle n’a pas été renforcée dans sa structure à offrir une éducation de qualité et pour tous. D’où l’une des raisons d’avoir des jeunes qui s’accrochent à leur volonté de continuer à apprendre, mais qui sont repoussés structurellement par le système.

2. Quelques aspects du décrochage scolaire selon certains auteurs

Pour parodier Jean de La Bruyère dans : « les caractères » écrit en 1696, étant donné que nous sommes venus un peu tard dans le monde scientifique, voyons, en résumé ce qui a été déjà dit, en glanant au niveau des écrits en ce qui concerne le décrochage scolaire dans certains pays du monde. 

2.1 Facteurs du décrochage scolaire en France 

Parlant des facteurs du décrochage scolaire, certains chercheurs tels que : (Baudelot et Establet, 1992; Caille, 1999 ; Coudrin, 2006 ; Afsa, 2013), font mention des facteurs individuels et contextuels. Le premier facteur qui domine les études est le genre. Les chercheurs affirment que le genre est déterminant dans le décrochage scolaire. Par exemple, selon RERS, 2017, il y a  10,1 % des hommes en France, de 18 à 24 ans qui ont laissé l’école de manière très précoce  contre 7,5 % des femmes (RERS, 2017). Ils ont attribué cette situation à la réussite scolaire des filles qui sont très bien préparées au respect et à l’intériorisation des normes de l’école. Toutes les études réalisées en France, stipulent qu’au niveau scolaire égal, les garçons ont plus de risque d’être décrochés à l’école  que les filles. Le milieu social est le 2e. facteur du décrochage. Par exemple, à compétences égales, les chercheurs ont déclaré que le risque de décrochage est plausible pour un enfant qui revient du milieu défavorisé que celui du milieu élitiste. Les enfants nés pauvres sont trois fois plus risqués de laisser l’école sans avoir aucun diplôme, (Ratcliffe et McKernan 2010). Ils ont remis en question le niveau d’étude des parents, particulièrement la mère qui est déterminant dans l’évolution scolaire de l’enfant. La structure familiale joue également un rôle important dans l’avancement de l’enfant à l’école. Par exemple, les enfants élevés dans des familles monoparentales ont beaucoup plus de risque de décrocher que les enfants issus des familles où il y a le père et la mère, (Hauser et al. 2004, Janosz, 2000 ; Caille, 1999 ; Bénabou et al. 2004 ; Afsa, 2013). L’origine migratoire est aussi l’un des facteurs du décrochage scolaire.  En France, les chiffres suivants présentent la situation des décrocheurs durant certaines années. Par exemple, en 1995, il y avait 200 000 décrocheurs, en 2011, 136 000, en 2012, 254.000 et en 2016 ils ont dénombré 110 000. Nous avons constaté une hausse considérable en 2012 et une baisse acceptable en 2016. Ceci vient du fait que les responsables éducatifs de ce pays ont mis sur pied des programmes de réhabilitation des décrocheurs, qu’ils appellent eux-mêmes des raccrocheurs. C’est ainsi qu’ils ont réussi à faire retourner à l’école 14 000 en 2013 et 26 000 en 2014-2015. Ils ont pour objectif, depuis 2017 de ramener à l’école 26 000 décrocheurs chaque année, à partir de 2020 (CNESCO, 2017). En Haïti nous somme encore au stade d’abandon scolaire et quelques fois des cas de l’école buissonnière mais pas celui du décrochage. 

2.2 Facteurs du décrochage scolaire aux USA et certains pays d’Afrique 

Dans certains pays tels que les USA, le Maghreb,  l’Afrique subsaharienne,  les études ont démontré que les statuts socio-économique des immigrants jouent considérablement sur leur comportement à l’école que les familles non immigrées, (Rumberger, 1995; Cameron et Heckman, 2001; Hauser et al. 2004, Lofstrom, 2007). Le profil psychosocial de l’enfant est très important dans le phénomène de décrochage. Par exemple, les enfants qui ont des troubles de comportement agressif, délinquants, dépressif etc., ont beaucoup plus de risques de décrocher. Le marché du travail peut également inciter les jeunes à laisser précocement l’école, afin de chercher des opportunités pour les emplois peu qualifiés, (McNeal, 2011). L’environnement scolaire n’est aussi pas innocent dans le décrochage des jeunes. Par exemple, plus un établissement comprend des élèves défavorisés, plus le risque du décrochage augmente. Lorsque les conditions de travail sont difficiles pour les ressources humaines de l’école, ces dernières deviennent vulnérables et les besoins en éducation des jeunes sont en décalage. Ce qui met en question les relations enseignants et élèves. (Lee et Burkam, 2003 ; Rumberger et Palardy, 2005). Le mode d’organisation scolaire peut, lui aussi encourager le décrochage. Ceci vient du fait que le système privilégie la compétition entre les élèves au nom de l’excellence, (Verdier 2000). D’autres facteurs tels que les consignes et les règles de comportement, le traitement des jeunes par rapport à d’autres à l’école, les interactions maitre-élèves au niveau des résultats scolaires, la dévalorisation des jeunes par les parents, l’absentéisme etc. sont autant de facteurs qui incitent les jeunes à décrocher. 

2.3 Points de vue des organisations internationales sur le décrochage scolaire

Des organisations internationales telles qu’UNESCO, (2008) et (OCDE) 2009, en comparant les systèmes éducatifs des pays, disent que ceux-ci sont inefficaces par leur comportement socialement discriminant et exclusif. Il est de la responsabilité de ces systèmes de promouvoir le développement de la personne, ainsi que leur droit à l’éducation. Dans le cas contraire, les enfants sont marginalisés, ce qui atteint très profondément leur identité et leur dignité. C’est pourquoi Ki-Zerbo, (2003) avance que : « L’éducation fait partie des droits imprescriptibles qui doivent être absolument reconnus ; elle est une exigence de la dignité humaine ». L’inégalité sociale marche de pair avec l’exclusion, la marginalisation des enfants. Room (1995) parle de l’exclusion sociale comme  le « déni ou la non-concrétisation des droits civils, politiques et sociaux du citoyen». Elle est  synonyme de l’exploitation, d’aliénation, de violence, de l’insécurité sous toutes ses formes d’incompatibilité et de négation. Les changements sociaux et éducatifs doivent être inclusifs, capable de tisser des liens sociaux, de construire des identités qui recueillent les sentiments d’appartenance et de solidarité dans des milieux très divers. Selon UNESCO, (2008) :

 «si une personne est exclue du tissu social, sans liens avec les autres membres de la société, écartée du contexte social, économique et politique, marginalisée à cause de sa culture méprisée, si son identité est violée, alors elle n’a pas accès à l’éducation. Et si ses droits sont violés et le droit à l’éducation n’est pas effectif, ce type de violation génère automatiquement une exclusion » UNESCO, (2008). 

L’exclusion du tissu social est due également à  l’impossibilité d’accès des jeunes  à l’école, de la situation économique, de la pauvreté, etc. C’est une situation de manquement au droit fondamental de la personne par les systèmes éducatifs. Les responsables éducatifs font fi de leur fonction de service public, en laissant grandir les inégalités  à l’intérieur des écoles. Eduquer, c’est : « apprendre à douter, à se mettre en question et à saisir opportunément les occasions afin de pouvoir défricher des pistes nouvelles » (Haddad, 2011). Voilà pourquoi   tous les enfants ont un droit égal à l’éducation. Selon l’UNESCO (2012),  pour rendre un système éducatif effectif, « il faut développer deux axes parallèles. Le premier consiste à rendre les écoles accessibles à tous et le second à supprimer les obstacles économiques, sociaux et culturels ». Une nouvelle approche de l’éducation faisant référence aux droits de l’Homme a vu les enfants, les jeunes comme des acteurs de développement. Il faut voir tous les enfants comme des êtres libres ayant droit au respect au niveau de sa capacité, son potentiel etc. L’UNESCO mentionne que :

 «L’éducation constitue une condition indispensable à la formation de l’identité et à la promotion de la liberté individuelle, et elle joue un rôle essentiel pour aider les enfants à accéder à leurs droits et à exprimer toute leur richesse. Le droit à l’identité met en jeu et protège la dignité humaine » l’UNESCO (2012). 

L’éducation est une construction perpétuelle de la personne, de son savoir, de ses aptitudes pour sa pleine participation à la vie. Cependant, elle doit être de qualité. Celle-ci doit être également mesurée à l’aune de la capacité d’accueil des enfants et leur apprentissage aux droits de l’homme. Voilà pourquoi Dalbera (2012) mentionne que :  

«La qualité de l’éducation se mesure par l’adéquation avec les droits fondamentaux de l’enfant à tous les stades de son évolution et de son insertion sociale, et accompagne ainsi jusqu’au bout la personne dans le développement de son processus d’identification qui lui permettra d’accéder à tous ses droits, libertés et responsabilités » (Dalbera, 2012).

Enfin, lorsque l’exclusion sociale est admise dans une société telle qu’Haïti, elle n’accorde pas à ses citoyens les droits humains nécessaires. Si le droit à l’éducation est violé dans la  société haïtienne, cela produit de l’effet domino, c’est-à-dire, tous les autres droits sont aussi  violés. Quand un système éducatif prive les droits des groupes, des communautés de construire leur vie, de tisser les liens sociaux, de vivre leur développement, ces dérives peuvent entrainer la pauvreté sous toutes ses formes,  la misère, l’insécurité et  la violence etc. 

2.4 Enseignants victimes du décrochage scolaire 

Le décrochage n’est pas seulement le lot des apprenants, il devient un phénomène sociologique. Des études effectuées dans les pays développés, particulièrement aux États-Unis et  au Canada, dans lesquelles les chercheurs ont constaté que les enseignants sont aussi victimes du décrochage. Le constat est fait au Canada depuis les années 1980, le secteur éducatif n’est pas trop attractif. Des auteurs tels que (Béliveau, Liu, et Murphy, 2002 ; Hargreaves, 1992 ; Harvey et Spinney, 2000 ; King et Peart, 1992 ; Tardif et Lessard, 2000) etc. avaient pris pour cause la question mentale et émotionnelle  des gens qui exercent cette profession. Les exigences faites  sur le plan de compétences disciplinaires, les responsabilités et les rôles professionnels que doivent assumer les enseignants sont autant de raisons  pour lesquelles ils décrochent, (Tardif, 2012). Il leur est imposé une sorte d’hétérogénéité exponentielle des apprenants. Par exemple, les tâches administratives, le revenu familial, la langue, la religion, la culture, etc. sont autant de facteurs démotivants pour les enseignants. Ce qui les incite à avoir un départ prématuré, une attrition ou une déperdition professionnelle,  (Karsenti, Collin et Dumouchel, 2013). 

Selon les études menées par certains auteurs en ce domaine, le décrochage professionnel des enseignants dépend également de leurs caractéristiques sociodémographiques et professionnelles. Citons en exemple, aux USA, les caractéristiques telles que : le sexe, l’origine ethnoculturelle, le nombre d’années d’expérience et le domaine de formation. Les femmes, particulièrement les plus jeunes qui ont commencé tôt dans la profession décrochent plus facilement que celles qui sont mariées  et qui  ont de jeunes enfants. Les enseignants qui ont tendance à abandonner sont ceux qui : 1) ne sont pas qualifiés, 2) sont spécialisés en mathématiques ou en sciences ou 3) sont seulement titulaires d’un certificat d’enseignement.

En raison de ce qui précède et  à l’image des enseignants décrocheurs d’un pays comme le Canada,  nous pouvons considérer l’absentéisme et la sous-traitance des cours par les professeurs haïtiens comme étant une sorte de décrochage professionnel –  mais de manière négative, puisqu’ils veulent le beurre et l’argent du beurre au détriment du système éducatif haitien. Car, l’État les paie pour un travail qu’ils ne fournissent pas. Ils ont contribué, aux côtés d’un État pompier à mépriser la volonté des jeunes qui veulent s’accrocher à leur apprentissage.

 Entre le décrochage, l’abandon et la déperdition scolaire, il y a des nuances entre les trois concepts. Nous sommes encore au stade d’abandon scolaire en Haïti. Pour parler de l’abandon scolaire, UNESCO (2020)  mentionne  qu’ « Environ 10% des élèves haïtiens abandonnent avant la 6e année d’enseignement fondamental et 40% avant la fin de la 9e et dernière année, selon les estimations de l’analyse sectorielle nationale réalisée en 2019. »   Un cas de plus qui nous aide à persister et signer en disant : Existe-t-il vraiment des décrocheurs en Haïti? Ceux que l’on appelle des décrocheurs ne sont-ils pas des accrocheurs esseulés? 

3 Théories sur le décrochage scolaire

Avant de répondre à ces interrogations susmentionnées, laissons-nous jeter un petit coup d’œil sur les principes théoriques en ce domaine.

3.1 Théories culturalistes de l’activité

Notre première réflexion sur le plan théorique c’est la compréhension du décrochage scolaire selon les théories culturalistes de l’activité, bénéfices et perspectives. Cette théorie a vu le jour en France. Pour contrecarrer le décrochage scolaire, les gouvernements des pays industrialisés  font des politiques éducatives  leur  cheval de bataille et proposent la lutte contre le décrochage scolaire comme étant l’un des indicateurs clés de leur efficacité, (Thibert, et Blaya 2013).  Toutes les théories scientifiques du même genre présentent ce phénomène comme étant un état et un processus complexe qui va au-delà du  strict cadre de la difficulté scolaire. Ce phénomène a un partage de responsabilité entre l’élève, sa famille, son environnement social et scolaire. (Millet et Thin 2005).  Pour résoudre ce problème, les écoles de ces pays apportent deux types de réponses. Dans un premier temps,  ils cherchent à accompagner l’élève dans un effort d’adaptation des cursus et modalités, par exemple, ils prennent en charge les élèves ayant des troubles de l’apprentissage, de l’identification de contenus d’enseignement ou des démarches d’enseignement etc., afin d’aider les apprenants qui ont des difficultés d’apprentissage. Dans un deuxième temps, ils  développent de partenariats éducatifs, notamment avec les parents ou les structures de prise en charge des élèves en dehors de l’école (Gilles et Tièche, 2013). D’entrée de jeu, cette théorie fait appel à  trois hypothèses spécifiques, afin de lutter contre le décrochage scolaire. Il s’agit de : l’hypothèse d’un développement par le sens et l’efficience, l’hypothèse d’un développement par des motifs concurrents, l’hypothèse d’un développement dans un « système d’activité », (Flavier et Méard, 2014).

  1. Hypothèse d’un développement par le sens et l’efficience

L’approche développementale de la clinique de l’activité, (Clot, 1999 ; 2008) considère en premier la dimension psychologique du développement au travail. Cette théorie retrace les circonstances dans lesquelles l’apprenant développe son activité de décrochage.  Si la dimension culturelle et sociale prime sur les autres dimensions, le processus du décrochage de l’apprenant va être également compris au travers de l’activité des autres élèves et des enseignants. Selon (Vygotski  1934/1997), l’apprenant est toujours conscient de son action qui est « représentation cognitive du résultat à atteindre » (Flavier et Méard, 2016, cité dans Clot, 1999, p. 169). L’action du décrochage de l’apprenant a souvent un but sous-tendu  qui le pousse à agir. Voilà pourquoi  Leontiev perçoit la  structure de l’activité humaine selon trois composantes : le but de l’action, le motif et l’opération. C’est que les auteurs appellent l’approche du décrochage par la CHAT, c’est-à-dire, c’est la dimension psychologique du décrocheur qui est primée. Il faut chercher à bien  comprendre   « les traces et les circonstances du développement de l’activité des élèves en situation de décrochage, soit elle est culturelle et ou sociale » (Flavier et Méard, 2016, cité dans Clot, 1999 ; 2008). Donc, dans le cas d’un enfant en bas âge qui laisse l’école en Haïti, nous ne pouvons, en aucun cas parler de décrochage scolaire, puisque jusqu’à un certain âge ou un âge très avancé, l’enfant et l’adolescent  ne sont pas libre personnellement de leurs mouvements en Haïti.  

  1. Hhypothèse d’un développement par des motifs concurrents

Cette hypothèse  met l’accent sur les tensions pouvant exister dans la classe, soit par un désaccord ou une incompréhension de l’apprenant autour de l’objet du cours. L’apprenant reste tout simplement bloqué, sans reconnaȋtre l’effort de mis en contexte  de  l’enseignant afin de rendre  plus attractifs les apprentissages scolaires. Des fois, le décrochage vient du fait que  les motifs suggérés par l’enseignant et les interactions dissimulées de l’apprenant. Donc,  l’activité de  l’apprenant se trouve également bloquée entre les prescriptions de  l’enseignant, relatives au suivi et à l’engagement dans la leçon pour l’ensemble de la classe  et celle impliquant le décrocheur  de ne pas s’engager dans le cours. En d’autres termes, le décrochage scolaire se fait suivant trois phénomènes : « la non-reconnaissance par l’élève de la légitimité des motifs d’agir suggérés par l’enseignant, la prédominance de motifs d’agir antinomiques avec l’acte d’apprentissage (pour ne pas échouer) et la prédominance des motifs d’agir suggérés par le collectif d’élèves. L’approche clinique de l’activité ouvre la voie d’une analyse complémentaire du décrochage scolaire  en éclairant les soubassements collectifs et communautaires de ces interactions pour les acteurs respectifs. » (Flavier et Méard, 2014). Pour illustrer, en Haïti nous pouvons parler des apprenants qui ne sont pas motivés par leur apprentissage.

  1. Hypothèse d’un développement de l’acteur dans un « système d’activité »

Le travail  de l’enseignant n’est pas sans contrainte. Il y a toujours des impondérables. Citons en  exemple, les conditions de travail, l’empilement des prescriptions, la complexité et simultanéité des problèmes à résoudre, le délitement des collectifs de travail, la diversité des élèves, etc. Malgré les efforts d’anticipation des enseignants, le moment de la classe est celui des imprévus. Les enseignants également peuvent abandonner, décrocher. Les raisons de leur abandon sont les défis journaliers et imprévisibles. C’est ce que les auteurs tels que : Karsenti et Collin, (2009) ; Mukamurera et Bouthiette, (2008) appellent le décrochage professionnel.   Celui-ci est constaté notamment  chez les nouveaux enseignants qui ont un pressentiment d’échec dans leur métier suivant  les règles de l’art (Giust-Desprairies, 1996 ; Roger, 2007).

Le décrochage scolaire peut être dérivé du comportement de l’enseignant, soit par empêchement (ce que nous appelons en Haïti la grève impénitente et la sous-traitance des cours) ou renoncement. Celui-ci n’arrive pas facilement, sauf si l’exode et l’immigration vers d’autres pays rentrent en ligne de compte. Ce qui a des répercussions positives ou négatives sur l’apprenant. L’analyse clinique tient compte également de deux types de décrochages qui sont consubstantiels,  celui de l’élève  entant qu’apprenant  et celui  de l’enseignant en tant que professionnel, chacun, suivant leurs motifs,  (Moussay et Flavier, 2014). 

3.2 Théorie sur le profil des décrocheurs

            Le profil des décrocheurs en France est,  selon (Janosz et al. 2000), de trois types de facteurs, il s’agit de : la participation ou implication scolaire, les résultats scolaires et l’engagement scolaire. De ces typologies de facteurs, il identifie quatre catégories de décrocheurs : 

  1. Les décrocheurs discrets, ce sont des apprenants sérieux dont les résultats scolaires sont en dessous de la moyenne;
  1. Les décrocheurs désengagés, ils ont très peu d’engouement pour l’école, très faibles niveaux de compétences, par contre, ils ont des résultats satisfaisants, même s’ils rejettent l’école en tant qu’institution;
  1. Les décrocheurs sous-performant, ce sont des apprenants qui ne s’opposent pas à l’école et qui ne manifestent pas leur opposition à l’institution scolaire;
  1. Les décrocheurs inadaptés, ces apprenants ont à la fois des problèmes de comportement et d’apprentissage;
  1. A ces 4 premiers types, en ce qui concerne la situation du décrochage scolaire en Haïti, nous ajouterions les décrocheurs involontaires ou des accrocheurs esseulés pour parler des apprenants qui veulent aller et rester à l’école, mais qui ne sont pas encadrés par le système éducatif haïtien.

4 Défis méthodologiques

Dans une telle réflexion sur la perception du décrochage des jeunes en Haïti devrait faire l’objet d’une démarche quantitative. Nous ne sommes pas  en mesure  d’approcher  et d’examiner les faits à travers le prisme de la Psycho-sociographique. En d’autres termes, de manière quantitative, nous ne pouvons pas présenter des  tableaux récapitulatifs des  dernières années des résultats du baccalauréat 2e. partie (Philo, NS4). Il nous manque des informations sur le plan quantitatif. Même sur le plan qualitatif, nous ne pouvons pas  analyser le mouvement des jeunes pendant cette période. Cette  analyse pourrait mettre en exergue les variations observées à partir des résultats du baccalauréat dans le temps et dans l’espace, selon les milieux socioéconomiques et culturels. Nous sommes bloqués par la rareté des documents statistiques du MENFP. Dans ce cas,  nous faisons appel à sociologie en vue  de l’interprétation qualitative de notre réflexion et  de manière objective. 

En effet, la sociographie  dépasse largement le cadre de l’analyse statistique. Elle permet d’étudier les phénomènes sociaux dans une perspective globale. A travers ce que nous avons dit plus haut, nous pouvons avoir une idée de la situation des dits  décrocheurs dans le système éducatif, ce que nous appelons des accrocheurs esseulés,  particulièrement au cours de la fin des études secondaires. Tandis que la Psycho-sociographique se rapporte à la démographie, la psychologie et la sociologie qui étudie avec une attention particulière les causes et les implications sociétales, des dynamiques et les mouvements  de la population scolaire. « Les caractéristiques psychographiques sont des critères de segmentation de la population qui ont trait aux opinions, aux styles de vie, aux attitudes, croyances et personnalités. » (Bathelot, 2015)  Dans le cas qui nous préoccupe, il nous est difficile de retracer les dits décrocheurs ou accrocheurs esseulés afin de savoir les raisons de leur décision. Cependant, dans le domaine de l’éducation, nous pouvons analyser et faire le lien avec la situation socio-politique, économique et systémique de l’époque afin de nous faire une idée des raisons de leur choix de laisser l’école sans avoir achevé officiellement leurs études classiques et decroché un diplôme d’etudes secondaires.

5 Resultats et analyse de la situation

Généralement,  le « décrochage scolaire » devient un problème public et institutionnel. En Haïti, le décrochage scolaire est le dernier des soucis des dirigeants du système éducatif Haïtien. Evidement, il faut être conscient d’un problème pour le résoudre. Pour parler de réinsertion  des jeunes qui  décrochent, il faut être bien imbu qu’il y a un malaise en ce sens.  Outre que certains articles libres écrits par de personnes avisées,  les recherches sur ces questions sont  quasiment négligeables en Haïti.  Pendant que le problème du décrochage scolaire des jeunes des pays susmentionnés interpelle les responsables en éducation, en Haïti les autorités éducatives n’en font relativement pas cas, voire jusqu’à trouver des solutions. Or, ce problème vient du fait que les parents sont au chômage de toutes sortes (saisonnier, déguisé, permanent etc.). Par conséquent, ils ne sont pas en mesure de soutenir leurs enfants jusqu’à la fin de leurs études secondaire. L’échec scolaire est aussi l’une des causes dudit décrochage en Haïti. Cependant, il intéresse très peu les dirigeants du système. Ils ne font que constater le nombre d’échecs scolaires chaque année  à tous les niveaux, mais celui-ci n’est pas leur  véritable préoccupation en tant qu’institution responsable des politiques publiques en ce domaine. Ces jeunes décrocheurs sont dispersés dans la nature, soit ils émigrent vers d’autres pays, soit ils laissent leurs patelins vers les grandes villes d’Haïti, particulièrement, Port-au-Prince, afin d’y trouver un mieux-être, soit ils viennent grossir la bande des chômeurs,  des délinquants et alimentent également l’insécurité.

Par contre, CNESCO,  dans un document écrit en  2017, résume les facteurs de décrochage scolaire en ces termes :

  1. pour l’individu, c’est le milieu socio-économique défavorisé et l’absence ou faible niveau de diplôme des parents, particulièrement de la mère.
  1. En ce  qui concerne l’école, ce sont les difficultés d’apprentissage précoces qui se résument en : une forte distance aux savoirs scolaires, le découragement, le désengagement scolaire et les contraintes au niveau de l’orientation scolaire. Les difficultés d’apprentissage sont vues aussi à travers le prisme du contexte scolaire défavorable, notamment le climat scolaire défavorable, la non-mixité sociale des apprenants, les pratiques pédagogiques peu valorisantes et peu différenciées et les filières de formation professionnelle peu valorisantes.
  1. Pour le territoire, il y a un cumul de difficultés économiques et sociales, les offres locales de formation  sont très peu diversifiées et le marché du travail très peu attractif avec des emplois très peu qualifiés.

5.1 Système inégalitaire et exclusif

Le décrochage scolaire est aussi les résultats d’un système éducatif inégalitaire et exclusif que ce soit sur le plan  social et économique, (Frandji et Rochex, 2009). Même si les jeunes ont la volonté de rester, de s’accrocher à l’école, le système éducatif haïtien procède à un filtrage intellectuel qui éjecte ces jeunes hors de l’école, malgré leur volonté manifeste de s’accrocher à leur rêve en tant qu’écolier. Voilà pourquoi, nous les considérons comme des accrocheurs esseulés et orphelins. Ils n’ont aucun encadrement administratif et social pouvant les aider à faire face à leurs problèmes.  Car, tout comme les pays industrialisés qui prévoient des programmes d’intégration pour des jeunes tels que des aides au devoir, des bourses d’études, des cantines scolaires, etc. Ces pays les insèrent en les dirigent vers des professions, afin de s’assurer de leur insertion dans la société. C’est tout à fait le contraire en Haïti. L’Etat, par le truchement du MENFP ne sait même pas ou sont passés ce jeunes décrocheurs volontaires ou non. L’atmosphère dans laquelle fonctionne le système éducatif haïtien est plus compétitive, au lieu de donner une éducation de qualité à tous-tes et pour tous-tes.   Or, selon des études faites par l’OCDE en 2007, les décrocheurs risquent de plus en plus de se trouver au chômage, d’avoir des emplois précaires et peu rémunérateurs, de peser sur les dépenses de l’État en matière de prestations sociales (Belfield, 2008). Le problème du décrochage scolaire peut peser lourd sur les avantages coûts/bénéfices en ce qui concerne les dépenses de l’Etat  et sur le « bien-être » des individus sur le plan éducatif,  (Européen Youth Forum, 2008 ; Psacharopoulos, 2007). En Haïti, le décrochage commence par des absences répétées des jeunes, soit pour des raisons socio-économiques, de sécurités et même des attitudes répulsives des enseignants et dirigeants des écoles. Ceux-ci ne prennent pas le temps pour comprendre le problème des jeunes. Ils les bousculent, frappent et les injurent, au lieu de les aider à changer de comportement. Il n’y a pas un système médicosocial dans les écoles pouvant aider les jeunes à surmonter leurs problèmes psycho-sanitaires. En ce sens, même s’ils ont  la volonté de rester sur les bancs de l’école, ils décrochent pour toutes ces raisons evoquées. Certains chercheurs parlent du « décrochage cognitif », en référence aux cas d’élèves qui se présentent formellement à l’école tous les jours,  mais qui ne sont pas mobilisés, motivés, ou sont en très grande difficulté scolaire (Bonnéry, 2004). Certains chercheurs tels que (Frandji et Rochex, 2009), mentionnent que les enfants qui décrochent sont en majorité des enfants des catégories sociales fragilisées, confrontés à la pression sélective de l’école, et en l’occurrence des pratiques pédagogiques socialement sélectives.

5.2 Système éducatif haïtien et facteurs de décrochage 

Sur le plan social cognitif, de l’orientation scolaire, professionnelle, du counseling (Lent, 2008) et l’aspect cognitif général de Bandura (1986), il existe trois facteurs  qui provoquent le décrochage scolaire, ce sont : les déterminants cognitifs, les déterminants comportementaux, les déterminants environnementaux. Ces trois facteurs interagissent entre eux. Le premier facteur est lié aux pratiques pédagogiques. Le second est celui du  climat socio-éducatif dans les salles de classe, la relation enseignant-élève,  et le climat de l’école sont des facteurs pouvant causer  le phénomène du décrochage scolaire.  Et, enfin, le traitement de l’apprenant en salle de classe, son sentiment d’être seul dans son coin, son adaptation scolaire, ainsi que  le  mode de  gestion de classe  (Zein, 2014). Nous  pourrions ajouter au climat socioéducatif, les relations sur le plan éducatif, de sécurité, de justice et d’appartenance, les problèmes de violence, indiscipline, accessibilité aux drogues, etc., sont autant de facteurs qui démotivent les jeunes à rester à l’école et qui influencent les faibles rendements scolaires.   Le 2e. est lié à la précarité des familles, qui constituent les premières causes du décrochage scolaire en Haïti. Relatons leurs conditions socio-économiques telles que : la promiscuité, des logements de fortune, l’insécurité, les conditions de vie sur le plan sanitaire, l’illettrisme et l’analphabétisme des parents etc.  Les adolescents qui n’entretiennent pas de bonnes relations avec leurs parents ont davantage tendance à obtenir un faible rendement scolaire.  Le 3e facteur  peut contribuer à renforcer ou rendre faible la  capacité de l’élève à faire des efforts en classe. Par exemple, les facteurs  tels que le genre, la culture, l’handicap, le manque d’apprentissage etc. peuvent contraindre l’élève à décrocher (Zein, 2019).

En fait, même si le jeune a la volonté de rester à l’école, plusieurs facteurs peuvent provoquer le décrochage scolaire.  Nous pouvons citer, comme (Blaya, 2010), des « facteurs externes » (sociaux, économiques, psychologiques, etc.), les problèmes personnels et familiaux,  des « facteurs internes » (scolaires). Nous pouvons ajouter également dans le cas d’Haïti des facteurs politiques, (insécurité). Par exemple, le cas des jeunes dont les écoles se trouvent dans les quartiers gangstérisés et qui n’ont pas pu se rendre à l’école pendant plusieurs mois. Donc,  dans ce cas, le décrochage se voit : « comme le produit d’un processus plus ou moins lent, constitué d’une succession de ruptures personnelles, familiales, institutionnelles qui se renforcent l’une, l’autre.» (Frandji, 2004). 

5.3 Climat socio-scolaire et pédagogique

Des auteurs tels que, (Wehlage, Rutter, Smith, Lesko de Fernandez, 1989), pour prévenir le décrochage scolaire, ont créé un modèle dénommé modèle de Wehlage. Ce modèle met le cap sur les facteurs scolaires modifiables tels que le climat scolaire et la pédagogie utilisée par les enseignants et mêmes les écoles reconnues pour leurs performances. L’un des aspects sur lequel Wehlage insiste, c’est l’hétérogénéité de la population des décrocheurs. Il fait état de ceux qui n’ont pas de problème d’apprentissage, de comportement, d’engagement etc., mais qui interrompent leurs études. C’est le cas des accrocheurs esseulés qui décrochent en Haïti, malgré leur volonté manifeste d’y accrocher. Pour ce genre de situation spéciale,  Finn (1989), met l’accent sur l’approche développementale, en identifiant deux trajectoires des décrocheurs. Il s’agit de : « frustration-estime de soi », et « participation-identification ». L’origine de l’apprenant, la distance sociale et sa famille et le milieu scolaire peuvent être des causes majeures du décrochage. Une petite anecdote pour illustrer notre position : nous étions dans une institution publique en train de travailler. Un jour, un jeune homme y rentre et nous fait part de son désir d’aller à l’école en vue d’achever ses études classiques, ses parents n’ont pas la possibilité pour l’aider. Gentiment, il s’est présenté avec ses documents classiques et  nous demande de l’aider. L’un des responsables du bureau lui répond en ces termes : Isit la nou pa kapab bay tout moun ki vin mande. Fòk nou mèyè al travay tou! Si ou vle nou ede w, al bale lakou a kounye ya. Le jeune homme stupéfait,  éclate en sanglot en disant : « Mwen vle al lekol epi se desepsyon m ap jwenn kòm ankourajeman ». Il s’en allait bredouille et très déçu du comportement du responsable.  Combien de jeunes écoliers haïtiens qui sont dans une situation similaire? Personne ne sait, même le ministère de l’éducation nationale, encore moins, le ministère des affaires sociales. Quelle décision ont-ils adopté en vue de remédier à la situation sans faire du  réseautage?

5.4 Aspects individuels et institutionnels du décrochage scolaire

Il faut  pouvoir distinguer un décrocheur d’un apprenant qui pratique l’école buissonnière. Le premier est un jeune qui est libre de ses mouvements et qui atteint une certaine maturité scolaire. Ce type d’apprenant, même si ses parents ont un pouvoir de contrôle sur son attitude ou comportement, il a aussi une sorte de liberté pour décider de ce qu’il veut faire, en fonction de ses problèmes, frustrations sociales et économiques et selon ses ambitions personnelles dans la vie. Tandis qu’un enfant qui est au préscolaire jusqu’au fondamental, sur lequel ses parents ont le plein pouvoir de décision, ne peut, en aucun cas,  décider tout seul d’abandonner l’école. Il peut tout au moins commettre des impairs en pratiquant l’école buissonnière par  phobie scolaire ou peur d’apprendre (Mazereau et al., 2013). En quoi leurs absences se résument-ils ?  Les raisons sont diverses et les causes très complexes : Par exemple, il sait qu’il ne peut pas  arriver à l’école avec ses leçons non sues,  l’incompréhension d’un cours, les retards répétés, manque matériels scolaires, non-paiement d’écolage, les pressions qu’exercent les enseignants, les fessées, les humiliations, la volonté de s’amuser en dehors de l’école, la faim, le manque de supervision des parents,  etc. Ce sont là, les raisons les plus connues pour un apprenant ou un adolescent qui pratique l’école buissonnière. En effet, l’école buissonnière est une école  de la nature que certains écoliers préfèrent à l’école officielle obligatoire. Faire l’école buissonnière, c’est  manquer la classe, s’absenter en allant se promener, muser, vagabonder, etc. A l’insu de ses parents, l’apprenant peut sécher les cours tout en restant hors de l’école et de sa maison. Un élève qui la  pratique, est un absentéiste volontaire et provisoire, tandis que le « décrochage scolaire désigne l’abandon total de la scolarité avant l’obtention d’un premier diplôme. Il peut s’agir d’un certificat de fin d’études fondamentales ou secondaires (NS4 ou Philo), d’un diplôme d’enseignement professionnel (DFP) ou d’une qualification (certificat de formation à un métier semi-spécialisé ou certificat de formation préalable au travail) » https://www.bienenseigner.com/decrochage-scolaire/. En Haïti, un jeune qui décroche, l’acte est le plus souvent indépendant de sa volonté et peut être très long dans le temps, s’il n’est pas repéré et pris en charge.   Rumberger (2011), au contraire, parle  des antécédents du décrochage des jeunes suivant deux catégories : individuelles et institutionnelles. La première  est celle qui présente les attitudes et les comportements de l’apprenant, alors que la seconde met l’accent sur les  différentes structures et dynamiques retrouvées dans les milieux socio-familial et culturel dans lesquels évoluent les apprenants. C’est ce que l’auteur appelle le contexte sociogéographique. Par exemple,  les taux de diplomation divergent  suivant la typologie des écoles (pauvres, élitistes, etc.), les conditions socio-économiques (riches, pauvres et moyens). Ceci peut entraȋner des problèmes sociaux relatifs à la criminalité, les grossesses précoces, la délinquance juvénile, le banditisme, la gangstérisation etc. et la marginalisation géographique (urbaine, rurale, quartiers défavorisés etc.).

5.5 Causes psycho-sociales du décrochage scolaire

Parlant du parcours de vie des décrocheurs sur le plan social, Rumberger a décelé que le stress  peut rendre les décrocheurs vulnérables. Il mentionne la problématique d’adaptation des jeunes décrocheurs à un moment spécial et précis de leur vie tels que : l’historique développemental, c’est-à-dire des expériences et des difficultés vécues pendant l’enfance (Guillaume, 2005)  et les facteurs familiaux tels que la pauvreté, la situation géographique, le lieu et la communauté dans lesquels évoluent les décrocheurs,  institutionnels, l’école fréquentée par  et historiques, son passé socio-familial, le climat politique etc., peuvent influence négativement le parcours scolaire des décrocheurs. Il faut dire à l’instar de (Blair et Raver, 2012), que le  stress psychosocial affecte les processus d’apprentissage et les cognitions. Les problèmes d’infrastructures en Haïti ne jouent pas également en faveur des accrocheurs esseulés du système éducatif haïtien. Nous avons parlé à quelques-uns d’entr’eux qui nous livrent leurs impressions quant à des kilomètres de routes et de sentiers battus à parcourir pour atteindre l’école. Des tas de rivières à traverser, lorsqu’elles sont en crue, ils s’exposent à toutes les difficultés, à l’aller et au retour à la maison. Il ne faut pas oublier de mentionner les journées auxquelles ils arrivent en classes sans rien prendre comme nourriture. Le plus souvent, ils ne savent même pas s’ils vont trouver quelque chose à manger à leur retour à la maison.  Certains auteurs arrivent jusqu’à parler des moments  charnières pouvant pousser les jeunes à décrocher, notamment, la naissance d’un enfant ou une hospitalisation, la mort d’un être cher qui pourrait être celui qui était responsable du paiement de l’écolage etc. Les études montrent que l’exposition à des situations de stress sévères augmente de plus de trois fois le risque de décrochage pour les adolescents en fin d’enseignement secondaire (Dupéré et al. 2017). 

5.6 Accrocheurs esseulés et la discipline

La discipline, elle aussi, est politisée dans les écoles en Haïti. Les directions des écoles publiques ont vraiment du mal à contrôler les enfants et les enseignants également. L’école haïtienne devient un foyer politique partisan. Chaque groupe, ou membre de la direction ont des ramifications politiques, ce qui rend difficiles les sanctions et les réprimandes disciplinaires. Une phobie s’installe chez le responsable de l’école pour ne pas être victime, malgré ses droits que lui procure son titre. Dans certaines écoles publiques, les directeurs sont minimises dans leur intervention, que ce soit au niveau des élèves irrévérencieux ou des enseignants sans consciences professionnelle, particulièrement ceux qui sous-traitent leurs heures de cours. La pression est de tailles entre les apprenants, les enseignants et la direction de l’école. Un tel climat ne fait que multiplier les cas de décrochages involontaires et peut alimenter  la violence entre les jeunes des écoles publiques et d’autres écoles du pays.  A l’instar de Gaspari 2000, nous disons que : « La violence est un phénomène multiforme dont on ne s’arrête souvent que sur les aspects physiques les plus spectaculaires. Elle peut être verbale, physique, psychologique ou passive : les retards, les absences, le manque de travail, refus de participation. » La démission des parents de leur responsabilité de contrôle sur leurs enfants, leur états de pauvreté et de misère abjecte ont également des effets néfastes sur  fonctionnement et la réussite des jeunes à l’école.

Si dans les écoles des pays industrialisés l’élève décroche parce qu’il y a trop de choses à apprendre et aucune relation socio-éducative entre lui et son enseignant, en Haïti, les décrocheurs font les voiles à cause des enseignants absentéistes et de la pauvrete familiale. Ils sont en quête du savoir et de la connaissance pour lesquels ils s’accrochent et l’école les décourage à y être accroché. Ils sont exclus à l’intérieur même de leur communauté, par manque de prise en charge sur le plan éducatif. Ce qui faisant dire par Rayou (2000) que : « le décrochage est un moyen de réfuter le verdict scolaire comme étant ce qu’on vaut ».

6 Conclusion

De tout ce qui précède, il importe de dire, que ce soit l’abandon, la déperdition ou le décrochage scolaire, il faut les analyser avec beaucoup de précaution. Un jeune qui est dans une situation d’abandon, est un absentéiste, la déperdition a un sens plus large et sur le plan de la quantité, tenant compte du système éducatif et le décrocheur est celui qui était très bien encadré sur le plan socio-éducatif et qui, malgré tout, se trouve dans cette situation pour des raisons autres qu’éducatives sociales, économiques…Les pays dans lesquels le décrochage inquiète les responsables politiques et éducatifs, ce sont des pays qui anticipent pour  tenir  compte de tous les besoins de l’apprenant : physiques, psychologiques, sanitaires, didactiques, technologiques, sécurité publique, sécurité sociale, économiques, pour ne citer que ces besoins. De quels abandon, déperdition  ou décrochage dont les gens parlent en Haïti, pendant qu’aucun de ces besoins susmentionnés de l’apprenant ne sont pas préalablement satisfaits?  Haïti est le seul pays dans lequel les jeunes veulent aller à l’école, avoir un métier et n’ont trouvé personne pour les accompagner. L’Etat haïtien ne sait même pas combien de jeunes qui sont en âge d’aller à l’école, ni combien qui atteindront la 9e. année fondamentale et le NS4 ou Philo dans quelques années afin de les encadrer même au niveau des besoins professionnels et  scolaires. Alors, ceux qui sont dans cet état ne sont-ils pas des accrocheurs esseulés, puisqu’ils n’ont personne pour les aider, malgré leur volonté d’aller à l’école ou d’apprendre un métier? Les accrocheurs esseulés, ce sont des jeunes haïtiens qui promettent et qui sont déçus de voir que leurs talents ne sont pas valorisés. Ils ont enduré une scolarité dans la précarité, dans une sorte de solitude socio-economique et culturelle,  en perdant leur estime de soi. Leur manque d’encadrement, décourage leur persévérance scolaire. Lorsque nous avons un système éducatif dans lequel la prévention des dérives structurelles en matière d’éducation est absente, les jeunes quittent l’école sans diplôme et  indépendamment de leur volonté. Nous sommes en face d’un système dans lequel les parents sont considérés uniquement comme des clients et parfois ce sont les parents qui font le travail d’instructeurs ou d’enseignants à plus de 60% à la maison. Que pouvons-nous dire de ceux dont les parents ne savent ni lire, ni écrire? Il est un fait normal que les jeunes tombent dans des activités d’accrocheurs esseulés et parfois même, de  délinquance, malgré leur engouement pour l’école. Le système éducatif n’a pas à prévenir, ni parler du décrochage, si au départ, il n’encadre pas ceux qui sont à  l’école et ceux qui veulent y rester, en dépit des conditions défavorables à leurs besoins en éducation. Les décisions  qui sont prises contre les enseignants absentéistes en sous-traitant leurs cours dans les  écoles publiques ne sont que des feux de pailles qui ne durent que quelques instants, sans suites continues et constantes. En d’autres termes, outre quelques dérives de certains écoliers qui pratiquent l’école buissonnière et l’absentéisme,  pour des raisons citées plus haut,  il n’existe pas de décrocheurs à proprement parler dans le système éducatif haïtien. Ils sont pour la majorité des accrocheurs esseulés.  Sans le vouloir et implicitement,  notre conclusion fait encore l’objet d’un problème d’absence de coordination, de suivi et de gouvernance dans le système.

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