13 janvier 2026
Haiti-Observateur Edito | Une solution vraiment haïtienne de la crise haïtienne passe loin des violeurs de la Constitution
Actualités Insécurité|Kidnapping Le Billet de la Rédaction Pages d'Histoire d'Haiti Société

Haiti-Observateur Edito | Une solution vraiment haïtienne de la crise haïtienne passe loin des violeurs de la Constitution

À voir tant de pays étrangers s’impliquer volontairement dans la recherche d’une solution à la crise multidimensionnelle à laquelle se trouve confronté Haïti, depuis trop longtemps, les naïfs pourraient se mettre en tête que ces États se soucient du bien-être des Haïtiens. Pourtant, rien n’est plus loin de la vérité. Pour se faire une juste idée de ce qui motive de tels acteurs, il faut se demander s’ils puisent leurs ressources et leurs solutions, à cette fin, dans la Constitution haïtienne. Mais il y a matière à s’inquiéter, car les parties haïtiennes engagées dans les négociations, en vue de la mise sur pied d’une administration intérimaire, se sentent bien dans leur peau avec les propositions anticonstitutionnelles offertes par les gouvernements étrangers.

En effet, la communauté internationale, regroupée au sein des diplomates occidentaux, eux-mêmes alignés derrière les États-Unis ayant pour instrument les Nations Unies, se croit autorisée à mettre en veilleuse la Constitution haïtienne. Aussi, après plus de trente-deux mois de démarches infructueuses, dans le cadre de pourparlers inter-haïtiens, pour mettre en place un gouvernement intérimaire de consensus, a-t-elle décidé, unilatéralement, d’y arriver en dehors de la Charte fondamentale d’Haïti. Si les choses aboutissent telles que planifiées par les Américains, les Canadiens, les pays de la CARICOM et d’autres États membres du CORE Group, Haïti sera doté d’un Exécutif multicéphale intérimaire né à la Jamaïque, où se joue le destin sociopolitique du peuple haïtien.

Sans doute, sous la dictée de Washington, les hommes d’État de la Caraïbe sont arrivés à une formule selon laquelle sera formé un conseil présidentiel de sept membres (ou de neuf), dont un d’entre eux fera figure de président, somme toute une présidence multicéphale. Il faut retenir que personne ne sait combien de membres comptera l’ultime système présidentiel intérimaire envisagé par la CARICOM. Puisque, auparavant composé de sept personnes, deux autres candidats sont ajoutés, dits observateurs, ont porté le nombre à neuf. Dans ce jeu d’ambitieux, de jaloux et de convoiteurs, où les leaders caraïbéens voulant, à tout prix, couronner leurs dernières démarches de succès, on ne peut prévoir de combien sera composé l’ultime conseil présidentiel.

Nous avons bien constaté que, en ce qui concerne Haïti, la CARICOM, autrefois complètement indépendante des États-Unis, dans ses politiques à l’égard d’autres pays de l’hémisphère, se trouve logée à la même enseigne que les États-Unis. Elle se jette tête baissée dans la stratégie anticonstitutionnelle imprimée à la communauté internationale par Washington. Au fait, les dirigeants de l’espace caraïbéen assument le rôle de substitut des États-Unis, par rapport à Haïti.

Dans un premier temps, après l’assassinat de Jouvenel Moïse, le CORE Group avait servi de substitut pour les Américains dans la nomination de son remplaçant illégalement et en dehors de la Constitution haïtienne. Dans un second temps, les dirigeants de la CARICOM ont accepté volontiers de violer la Constitution de 1987 d’Haïti pour le compte de l’administration Biden. Sans doute recevant en retour des avantages politiques et diplomatiques qu’ils ne peuvent refuser. Il y a gros à parier que la génération de leaders présentement en fonction, qui menaient la politique nationaliste honorable à ces pays, a vécu. Les intérêts politico-diplomatiques de ces pays ont bel et bien changé.

En tout cas, nous savons que la violation de la constitution haïtienne ne réserve aucun profit aux pays de la CARICOM, sinon aux Américains. Les autorités caribéennes se sont appliquées à suivre à la lettre le modèle américain de la violation de la Constitution d’Haïti. On l’a bien vu, d’abord, par le biais du CORE Group, quand le Département d’État avait élevé Ariel Henry à la double fonction de Premier ministre et de président de la République. Ce faisant, les États-Unis ont volontiers foulé aux pieds la Constitution haïtienne. Qui ose dire qu’ils n’ont pas ainsi repris, de facto, leur droit d’esclavagiste sur le peuple haïtien ? Quelle pire violation des droits de notre nation que ces acteurs internationaux peuvent-ils imposer encore ?

Vu les origines des États caraïbéens, ayant de profondes affinités avec la première République noire du monde, à Haïti-Observateur, on est comme déboussolé par cette décision des pays de la CARICOM se faisant complices des Américains, dans leur complot contre la Charte fondamentale de notre pays. Nous constatons que les leaders de la Caraïbe foncent en plein dans le modèle américain de la violation de la Constitution haïtienne, ignorant superbement, comme les États-Unis, les oppositions affichées dans la presse haïtienne, dans les milieux politiques, toutes tendances confondues, en sus des réseaux sociaux, ou encore dans les manifestations de rues.

Quand bien même le modèle présidentiel collégial aurait été suggéré par des Haïtiens voulant se donner une chance de partager le gâteau du chef de l’Exécutif, le fait qu’il viole la Constitution haïtienne devrait porter les dirigeants caraïbéens à repousser une telle proposition. Puisque, autant qu’on sache, la Charte fondamentale du 29 mars 1987 reste encore en vigueur. De surcroît, la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire du pays, prévue comme fournisseuse du président intérimaire, en cas de vacances présidentielle, est prête à remplir son rôle constitutionnel. D’ailleurs, dans l’éventualité de la validation du système présidentiel multicéphale, n’est-ce pas par-devant ce Tribunal dont les membres sont jugés incompétents pour servir le pays comme président monocéphale (constitutionnel), déclarés incompétents, que les membres du Conseil présidentiel de sept, ou de neuf têtes de la CARICOM, prêteront serment ?

On a observé ces derniers peiner pour former le Conseil présidentiel, se présentant sous plusieurs formes, d’abord sept membres, plus tard, neuf, à la suite de revirements successifs autour des désagréments mesquins et personnels. Bien que la liste, dite définitive, de cette structure, ait été, finalement, acheminée au CARICOM, personne ne peut prévoir quand elle sera vraiment définitive. Il reste encore, à coup sûr, à s’attendre à d’autres conflits potentiels entre les secteurs et les candidats en en compétition. En ce sens, les « Éminentes Personnalités » de la Caraïbe et leurs gouvernements respectifs confirment leur complicité avec la communauté internationale, au détriment d’Haïti.

En effet, dans le cadre des négociations inter-haïtiennes, dont ces derniers ont été confiés le pilotage, au cours de ces derniers mois, leurs équipes ont systématiquement affiché les prises de position avancées par le Département d’État, et dont faisaient l’écho l’ONU et l’Organisation des États américains (OEA). Mais c’est à travers le Conseil présidentiel intérimaire que la CARICOM démontre, avec servilité, sa conviction totale d’imitateurs des Américains, dans la violation de la Constitution haïtienne.

Nous devons nous demander pourquoi ces pays, les États-Unis en tête, qui ont la velléité de courir à la rescousse socio-politique, humanitaire et sécuritaire d’Haïti, par le biais de la reconstruction de notre État, croient devoir nous proposer un Exécutif monocéphale ou un présidentialisme multicéphale, alors que tous – les États-Unis encore en premier − ont opté pour un système présidentiel à une tête, ou parlementaire. Pays s’étant auto-proclamé indépendant, à l’occasion de la victoire de l’Armée indigène sur les troupes napoléoniennes, le 18 novembre 1803, la première République noire du monde a adopté le système présidentiel monocéphale, qui se confirme en tout temps, depuis lors.

Après avoir, dans un premier temps, encaissé de la communauté internationale une première violation de la Constitution de notre pays, sous forme de nomination d’un chef exécutif bicéphale, soi-disant intérimaire, en la personne d’Ariel Henry, puis d’une présidence multicéphale, de larges secteurs du pays se révoltent contre cette nouvelle forfaiture, qu’ils veulent être la dernière.

La Cour de cassation est là, attendant, une fois encore, l’occasion de remplir sa mission. Le prochain président intérimaire doit y sortir. Il faut, à tout prix, frustrer cette tentation de filles et de fils d’Haïti, qui veulent arriver au Palais national par la petite porte.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.