Le président sénégalais Macky Sall a annoncé samedi le report indéfini de l’élection présidentielle prévue pour le 25 février, quelques heures seulement avant le début officiel de la campagne.
Cette décision fait suite à un différend entre l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle concernant le rejet de candidats, provoquant des réactions critiques de la part des leaders de l’opposition. Le secrétaire général du gouvernement, Abdou Latif Coulibaly, a même démissionné peu de temps après.
Dans une allocution à la nation, Sall a déclaré avoir signé un décret abrogeant une mesure antérieure fixant la date, en raison de l’enquête des législateurs sur deux juges du Conseil constitutionnel dont l’intégrité dans le processus électoral a été remise en question.
« Je vais entamer un dialogue national ouvert pour réunir les conditions d’une élection libre, transparente et inclusive », a ajouté Sall, sans préciser une nouvelle date.
Selon le code électoral du pays, au moins 80 jours doivent s’écouler entre la publication du décret et l’élection, ce qui signifie que la date la plus précoce possible serait fin avril.
C’est la première fois qu’une élection présidentielle sénégalaise est reportée. En novembre 2023, un décret signé par Sall avait fixé la date du 25 février, avec 20 candidats en lice, mais deux figures majeures de l’opposition avaient été exclues.
Sall a réitéré samedi qu’il ne serait pas candidat et a affirmé qu’il remettrait le pouvoir au gagnant du vote début avril.
Thierno Alassane Sall, chef d’un parti d’opposition, a qualifié le geste du président de « haute trahison contre la République ».
« Ceci n’est pas un simple report, mais une annulation pure et simple », a déclaré El Malick Ndiaye, ancien porte-parole d’un parti d’opposition dissous, sur Facebook.
Après avoir annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, Sall a désigné le Premier ministre Amadou Ba de son parti comme son successeur potentiel. Ba risque une possible défaite aux élections, et son parti est divisé sur sa candidature.
Le Conseil constitutionnel a exclu des dizaines de candidats, dont la figure emblématique anti-système Ousmane Sonko, emprisonné depuis juillet 2023, et Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade.
Les partisans de Wade à l’Assemblée nationale ont appelé à une enquête parlementaire sur l’impartialité de deux juges de la Cour constitutionnelle, et la motion a été adoptée par l’Assemblée le 31 janvier, certains membres du parti de Sall la soutenant.
Wade a été interdit de se présenter car on allègue qu’il détient également la citoyenneté française, une décision qu’il a qualifiée de « scandaleuse ».
Pendant ce temps, Rose Wardini, l’une des deux seules femmes sur la liste approuvée de candidats, a été arrêtée vendredi pour avoir prétendument dissimulé sa citoyenneté française, selon des sources judiciaires.

