13 février 2026
Une opportunité est offerte à Haïti pour diversifier ses partenaires commerciaux, réduire les importations et sa dépendance
Actualités Société

Une opportunité est offerte à Haïti pour diversifier ses partenaires commerciaux, réduire les importations et sa dépendance

L’article suivant présente les opinions de : Enomy GERMAIN, Economiste. Il figurera dans la publication prochaine de l’ouvrage du Dr Joël Lorquet intitulé « Le canal de la rivière Massacre, une opportunité pour renforcer la production nationale et entamer le développement endogène ».

Ce livre comportera trois parties :

1-Une analyse de la situation actuelle par l’auteur,

2-La publication des différentes opinions recueillies de la part des spécialistes de la question et

3-Les résultats d’un travail scientifique réalisé à partir d’une enquête autour de la position des Haïtiens sur la construction de ce canal.

Cet ouvrage de plus de 350 pages servira de guide et de repères aux chercheurs et investisseurs intéressés à faire de la production nationale une réalité en Haïti.

Bonne lecture :

Une opportunité est offerte à Haïti pour diversifier ses partenaires commerciaux, réduire les importations et sa dépendance

par rapport à la République dominicaine

Les opinions de :

Enomy GERMAIN

Economiste

Le conflit provoqué par la construction du canal attenant à la rivière Massacre et qui a conduit à la fermeture de la frontière par les autorités de la République dominicaine offre les avantages suivants à Haïti :

Premièrement, c’est une opportunité offerte à Haïti pour diversifier ses partenaires commerciaux. Haïti ne peut pas avoir deux principaux partenaires commerciaux. Il y a les États-Unis d’Amérique qui généralement sont ouverts à Haïti mais, nous avons la République dominicaine qui est très menaçante à chaque instant. Ce n’est pas possible que notre pays soit aussi dépendant de la République dominicaine.

Presque 80% des produits consommés sur le territoire haïtien proviennent de la République dominicaine. C’est un pays qui a cultivé malheureusement un sentiment anti-haïtien. Connaissant cette réalité, il faut rapidement réaliser qu’il y a une possibilité de diversifier nos partenaires commerciaux. Donc, le pays pourrait réaliser un potentiel dans la diversification de ses partenaires commerciaux.

Un deuxième élément : la réalité que nous vivons actuellement constitue un appel à la substitution aux importations d’Haïti.

Il n’est pas possible que 60 % des produits alimentaires consommés sur le marché local soient en provenance du reste du monde en particulier des États-Unis et de la République dominicaine. Aujourd’hui, il est important pour que le pays puisse aller dans le sens de la substitution aux importations.

En 2014, le Centre de Facilitation des Investissements (CFI) avait publié une étude qui a indiqué qu’il y a un ensemble de produits alimentaires et agroalimentaires qui sont importés par Haïti de la République dominicaine en particulier. Le pays a toute la capacité pour substituer à ces denrées en les produisant au niveau national, ce que malheureusement, on n’a pas pu arriver à faire. C’est le moment de lancer un appel à la prise en main de la production nationale.

Troisièmement, c’est une opportunité qui est offerte à Haïti de réduire sa dépendance par rapport à la République dominicaine. Il faut réduire cette dépendance. Ce n’est pas possible pour que les autorités dominicaines puissent penser qu’à n’importe quel moment ils peuvent prendre des décisions qui font mal à notre population parce que tout simplement Haïti dépend de ce pays voisin pour un ensemble d’articles de consommation notamment les produits alimentaires y compris les produits de consommation intermédiaires dans le textile. Ce n’est pas possible que ce soit ainsi.

Ces trois éléments sont fondamentaux pour que les Haïtiens puissent sérieusement réfléchir là-dessus si tout simplement nous nous engageons dans une logique d’État stratège. Ces trois éléments ne peuvent pas s’accomplir si Haïti n’embrasse pas une logique d’État stratège. Il faut justement que nous ayons un État stratège qui puisse prendre des décisions et qui puisse permettre au pays de survivre même si le pays serait sous la menace d’un ensemble de pays notamment la République dominicaine qui encore une fois nourrit un sentiment anti-haïtien sans aucune raison fondée.

Ces trois éléments sont fondamentaux quand nous observons justement ce qu’Haïti aurait pu faire.

Nous n’allons pas parler d’autosuffisance parce que ce concept signifie que nous importons tout ce dont nous avons besoin pour consommer. En tant qu’économiste adepte du courant keynésianisme classique en particulier, nous n’allons pas affirmer que le pays peut être autosuffisant comme ça mais Haïti peux arriver à satisfaire l’essentiel des produits de consommation dont elle a besoin pour fonctionner notamment ceux dont il a les potentialités. Cependant, Haïti peut continuer à importer du reste du monde. C’est pour cette raison que les économies de marchés sont ouvertes. Parce que l’échange enrichi tout le monde. Si mon pays n’est pas compétitif dans la production de certains articles comme les épingles par exemple, il n’est pas obligé de fabriquer des épingles. Il peut les importer à partir de n’importe quel pays dans le monde pourvu que ce soit plus compétitif. Toutefois, il y a un ensemble de produits stratégiques que nous devons protéger en Haïti notamment les produits alimentaires.

Par ailleurs, selon les dernières statistiques de l’Administration Générale des Douanes (AGD), 3.99 % seulement des recettes douanières sont collectées au niveau de la frontière haitiano-dominicaine.

Comment peut-on interpréter cette information ? Nous sommes dans une situation où nous importons énormément de la République dominicaine. Il n’est pas normal que seulement 3.99 % des recettes douanières soient collectées au niveau de la frontière. Cela signifie tout simplement que la pratique de la contrebande y est dominante.

Haïti perd mensuellement environ 500 millions de dollars à cause de la contrebande sur la frontière. Donc, Haïti devrait profiter de cette occasion pour adopter des dispositions en vue de mettre de l’ordre dans les différents points de la frontière. De toute façon, la frontière va rouvrir parce que ce n’est pas à l’avantage des Dominicains ; finalement ils vont devoir entamer des négociations ou des intermédiations. Haïti doit mettre en place des stratégies pour moderniser et structurer la frontière pour qu’à sa réouverture, elle pourra se trouver dans une situation plus favorable en vue de limiter la contrebande et collecter davantage de recettes au niveau de la douane.

Interview réalisée avec l’auteur

le 5 octobre 2023

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