L’Edito du Rezo
Les illusions de Vertières : Ariel Henry et son patriotisme de façade.
Ariel Henry, habile à rédiger des discours pour dissimuler son cynisme, ose parler d’union et de victoire, tout en bafouant les normes légales et constitutionnelles. Vertières, délaissé par le régime Tèt kale cherchant à désacraliser l’histoire haïtienne, devient le symbole de l’indifférence envers les institutions démembrées et la migration forcée de citoyens.

« Nous avons fait la Bataille de Vertières le 18 novembre 1803, proclamé notre indépendance en 1804 », proclame Ariel Henry, le Premier ministre de facto, dans un discours qui sonne creux, délivré loin du site historique qu’est Vertières. Son absence samedi matin lors du dépôt de gerbe de fleurs au MUPANAH, combinée à ses paroles déconnectées de la réalité sociale dégradée qu’il lui-même a orchestrée par son cynisme, révèle un simulacre de patriotisme.
Ariel Henry, expert dans l’art des diatribes et de « fè kòmsi lap dirije yon bagay » pour ne pas sembler trop cynique, a omis délibérément de participer aux commémorations du 220ème à Vertières, préférant la Fête du Drapeau au Cap-Haitien, loin du site mémorable de l’Arcahaie. Son message pré-enregistré, quelque part sur la planète, soulignant la nécessité de retrouver l’union, sonne hypocrite au vu de son maintien au pouvoir en dehors de tout cadre légal et institutionnel.
Dans un contexte où l’OEA prend des mesures, Henry, soutenu par des forces néo-colonialistes, tente de ressusciter une version remodelée de l’armée indigène, disparue depuis 1915. « Aujourd’hui, nous sommes en train de reconstruire une force de défense nationale », prétend-il, attendant impatiemment le débarquement des forces étrangères pour redéfinir la politique (leur politique) en Haïti, définie autrement le 18 novembre 1803, tout en affirmant que l’armée a besoin de nouvelles missions adaptées à l’époque actuelle.
Vertières, ignoré par le régime Tèt kale, des « bandi legal » au pouvoir depuis mai 2011, devient le symbole d’une histoire méprisée. Malgré des institutions démembrées et une diaspora croissante, le régime persiste dans ses délires. Henry, dont le « mandat » devrait expirer dans moins de trois mois, plaide pour la restauration démocratique. Ses appels à « soigner Haïti et à restaurer la démocratie » cachent mal l’ombre d’une troisième tragédie électorale PHTK que personne ne souhaite voir se reproduire.
La table est desservie, mais le temps de départ est impératif pour espérer un renouveau pour Haïti. La nation mérite mieux que le simulacre de patriotisme et les discours creux qui la maintiennent dans les chaînes d’une servitude moderne.

