10 janvier 2026
Colombie : Le cimetière d’Acandí, lieu de repos final pour de nombreux migrants, dont des Haïtiens, emportés par la jungle du Darién
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Colombie : Le cimetière d’Acandí, lieu de repos final pour de nombreux migrants, dont des Haïtiens, emportés par la jungle du Darién

Le cimetière d’Acandí, le lieu de repos des migrants incluant des haïtiens qui meurent dans le Darién

Des migrants venant d’ailleurs, reposent désormais dans le cimetière d’Acandí, un petit village du département de Chocó, en Colombie. Le cimetière, autrefois paisible, porte désormais les stigmates d’une triste réalité : l’arrivée croissante de corps de migrants décédés lors de leur périlleuse traversée du Tapón del Darién.

Le Flaco, surnommé ainsi en raison de sa silhouette, est l’homme chargé de l’entretien du cimetière. À plus de 60 ans, un œil aveugle à cause de la cataracte et pesant plus de 110 kilogrammes, il n’a pas de travail trop exigeant. Il raconte que ces derniers temps, son travail consiste de plus en plus à creuser des tombes pour les migrants décédés, et que l’odeur de la mort est revenue au cimetière.

Acandí est le dernier arrêt pour les migrants vénézuéliens et haïtiens avant d’entamer leur périple à travers la jungle du Tapón del Darién. Après avoir vécu dans la misère sur les plages de Necoclí pendant des semaines, voire des mois, ils rassemblent l’argent nécessaire pour traverser le Golfe d’Urabá, mais leur voyage est loin d’être terminé.

Les migrants font face à de nombreux dangers, de la traversée de rivières en chaînes humaines pour éviter d’être emportés par les courants, à la lutte contre les moustiques porteurs de malaria, de la fièvre jaune et de la dengue, en passant par les araignées et les serpents venimeux. Nombre d’entre eux meurent dans cette jungle hostile, victimes de noyades, de chutes, de meurtres par d’autres migrants ou par les coyotes du clan du Golfe, ou encore d’infections liées à des blessures ou de morsures d’animaux venimeux.

La plupart des migrants décédés restent dans la jungle, seuls leurs os étant découverts par d’autres voyageurs des semaines plus tard. Mais certains meurent dès le début du périple, et leurs proches ou amis les amènent jusqu’au cimetière d’Acandí.

Le Flaco se souvient du dernier cas en date, celui d’un migrant nommé Yefferson Jesús Fumero Martínez, décédé dès le début de son voyage. Il n’y avait pas de tombes disponibles ce jour-là, alors il a utilisé une urne vide. Pour l’identifier, il a inscrit « Veneco » sur la tombe, au cas où un jour sa famille voudrait le retrouver.

Certains migrants, arrivés au bout de leurs ressources, finissent par vivre à Acandí, mais la communauté locale, elle-même en difficulté économique, les rejette souvent. Confrontés au désespoir de vivre dans une région où la température ne descend jamais en dessous de 34 degrés Celsius, où la pluie inonde les rues non pavées et où la communauté ne peut pas les aider faute de moyens, certains migrants décident de mettre fin à leurs jours.

C’est ainsi que ‘el Flaco’, le fossoyeur du cimetière, se retrouve à transporter des défunts sur sa moto. Pour lui, c’est devenu une routine, mais cela ne cesse d’étonner les habitants du cimetière.

Il se souvient d’un Vénézuélien qu’il a enterré après qu’il se soit pendu au quai du village. ‘El Flaco’ raconte que ce n’était pas le premier cas de ce genre, et que de tels suicides sont de plus en plus fréquents.

La tragédie des migrants qui traversent le Darién en quête du rêve américain est marquée par la mort, la désillusion et la désespérance. Le cimetière d’Acandí, autrefois paisible, témoigne désormais de ces vies brisées par la quête de liberté et d’une vie meilleure, mais qui ont trouvé un inattendu repos dans cette terre éloignée de leur pays d’origine.

source: El Tiempo

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