Impunité remise en question: Les doutes concernant la clôture du dossier de détournement de passeport impliquant Claude Joseph et Edmonde Bocchit.
Flashback
Le Premier ministre de facto Ariel Henry a révoqué en mai 2023 l’ambassadeur d’Haiti aux États-Unis, Bocchit Edmond, à la suite d’une enquête conjointe menée par les gouvernements américain et haïtien. Cette enquête a révélé l’existence d’un système de pots-de-vin impliquant la délivrance illégale de passeports pour les Haïtiens vivant à l’étranger, en échange de pots-de-vin exorbitants.
Le rapport de 40 pages émis par le ministère des Affaires étrangères d’Haïti, sous la roulette de Claude Joseph, lui-même n’étant pas en odeur de sainteté, a révélé que l’unité de production de passeports de l’ambassade fonctionnait davantage comme une entreprise individuelle, où la position, le népotisme et surtout le pouvoir de l’argent étaient étroitement liés au favoritisme, au chantage et essentiellement à des schémas de corruption exploités à différents niveaux de l’ambassade.
Le scandale a été initialement découvert lorsque l’ancien supérieur de Edmond, Claude Joseph, dénoncé de corruption grave sous le régime Tèt Kale #2, était en charge du ministère des Affaires étrangères. En juin 2021, les douanes américaines ont saisi plusieurs colis contenant un total de 400 demandes de passeports de ressortissants haïtiens vivant au Chili, ainsi qu’une somme de 50 000 dollars en espèces. Les colis FedEx étaient adressés à la résidence personnelle de Gélorme Juste, cousin de Joseph, qui occupait à l’époque le poste de chef de la section consulaire de l’ambassade haïtienne à Washington.
Edmond a nié catégoriquement les allégations des gouvernements américain et haïtien, affirmant ne pas avoir le moindre lien avec cette affaire. Cependant, le ministère des Affaires étrangères d’Haïti a conclu que l’ambassade avait été impliquée dans des pratiques corrompues depuis un certain temps, remontant même à l’époque où Michel Joseph Martelly était président avec le soutien de l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton.
Malgré les dénégations de Edmond, l’ancien ambassadeur Raymond Alcide Joseph a souligné que la corruption était profondément enracinée dans l’ambassade et le ministère des Affaires étrangères. Le licenciement de Edmond met fin à une carrière diplomatique qui avait débuté en 1990 et qui avait inclus des postes importants tels que ministre du tourisme et des industries créatives, représentant d’Haïti auprès de la Communauté caribéenne (CARICOM) et ministre des Affaires étrangères.
Le remplaçant de Edmond, Louis Harold Joseph, deviendra chargé d’affaires à l’ambassade haïtienne à Washington. Bien que ce dernier scandale puisse ne pas avoir d’impact majeur sur les relations entre les États-Unis et Haïti, les défis auxquels Haïti est confronté, tels que la violence des gangs et l’instabilité gouvernementale, demeurent des préoccupations majeures.
En fin de compte, si un système judiciaire indépendant existait en Haïti, Edmond pourrait être traduit en justice pour ses actes criminels. De plus, en tant qu’ancien ambassadeur, il ne bénéficie plus de l’immunité diplomatique. Les relations entre les deux pays demeurent en grande partie sous la supervision de Washington, et l’avenir de Haïti dépend en grande partie de l’effort pour lutter contre la corruption et rétablir la stabilité.

