Jeudi 15 décembre 2022 ((rezonodwes.com))–
A l’occasion de la sortie de son dernier livre, un roman , sous le titre « Acaau: Que ta mort ne tue pas ta vie » , l’écrivain Michel Soukar , dans une interview accordée à Radio Télé Métropole, a dénoncé ce qu’il appelle le « piège » de la communauté internationale dans ce qui se passe en Haïti actuellement en particulier sur la question de l’intervention militaire étrangère.
Pour l’auteur du livre « Le sang du citoyen « , ce qui ce passe en Haïti n’est pas du banditisme mais du terrorisme. Et il y a longtemps que cela aurait terminé s’il s’agissait d’une guérilla de gauche.
Selon l’historien qui intervenait à l’émission « Le Point « animée par le journaliste Wendell Theodore, l’international joue un double jeu qu’il a comparé à un piège : cette communauté internationale a installé un « mollusque » comme Premier Ministre à vie à la tête du pays afin de lui ouvrir ses entrailles et en même temps elle soutient et « lâche » des « terroristes » dans les rues aux trousses des haïtiens jusqu’à ce que n’en pouvant plus, le peuple haïtien appelle ladite communauté internationale à venir lui porter secours et combattre les « terroristes ».
Dans cette même interview , réagissant aux récentes déclarations de l’ambassadeur du Canada auprès de l’ONU, M. Bob Rae, suite à sa visite en Haïti, et relativement à cette classe politique et cette société civile qui ne se rendraient pas compte de la gravité de la situation en Haïti et par rapport à l’incapacité des responsables haïtiens de mettre en œuvre un Plan de Sécurité pour faire face à cette situation , M. Michel Soukar se demande si ces représentants de la communauté internationale n’étaient pas déjà au courant de la situation, étant donné que ce sont eux qui ont installé des incompétents à la tête du pays, et ce depuis plusieurs décennies, soutient -il.
Un voyage en Haïti n’était pas nécessaire pour savoir que ce pays a été toujours dirigé, grâce à la communauté internationale, par des incompétents et des corrompus depuis de longues années, affirme l’auteur de Haïti: vingt ans d’histoire immédiate (1994-2014).
Donc cette communauté internationale à sa part de responsabilité dans la tragédie haïtienne décrite par l’Ambassadeur du Canada aux Nations Unies, estime l’historien Michel Succar.
Par rapport aux déclarations de l’ambassadeur du Canada en Haïti, M. Sébastien Carrière relativement aux sanctions prises par le Canada contre certaines personnalités haïtiennes, en particulier le gel des avoirs, Michel Soukar a noté que l’Ambassadeur Carrière a déclaré que les montants saisis par le Canada ne seront pas retournés au peuple haïtien, mais seront utilisés pour fournir une aide humanitaire à la population haïtienne.
A ce sujet M. Soukar se demande si les avoirs ainsi saisis par le gouvernement Canadien n’appartiennent pas au peuple haïtien ! Et de quel droit un ambassadeur du Canada en Haïti peut décider qu’il fera de la charité au peuple haïtien avec l’argent appartenant en fait au peuple haïtien ?
Il qualifie cette façon de voir les choses par l’Ambassadeur Carrière de « Kidnapping « et estime que cet argent doit revenir à l’État haïtien le jour où ce pays sera dirigé par des gens honnêtes qui ne sont pas corrompus et qui sont compétents afin de subvenir aux besoins de la population.
Il ne revient pas au Canada de décider ce qu’il doit advenir de l’argent de ce peuple qui a été détourné, ajoute t-il.
Et lorsque le journaliste Wendell Théodore lui demande si ce ne sont pas les haïtiens qui en sont responsables en sollicitant l’aide et le support de l’international, M. Soukar note que le Canada est également responsable, car en 2003 ce pays a grandement contribué à mettre Haïti sous tutelle. Un diplomate canadien de haut rang avait même déclaré que désormais Haïti est un pays sans souveraineté. Nous décidons pour lui, disait-il.
Et il n’y avait la présence d’aucun haïtien à ce moment là. Il y avait que des européens et des nord-américains dans la salle , souligne t-il.
Donc ils sont tout aussi coupables, tranche l’historien. La culpabilité doit être partagée, soutient-il.
Il est trop facile de débarquer en Haïti et de dire qu’il y a des haïtiens qui sont incompétents, malhonnêtes et corrompus et qu’il faut les sanctionner. C’est très bien, note l’écrivain Michel Soukar. Il est trop facile après de venir déclarer , c’est à nous ( communauté internationale) de décider ce que deviendront les avoirs saisis des dirigeants corrompus et comment faire la charité au peuple haïtien avec son propre argent qui a été détourné : L’argent de l’État, les fonds de PetroCaribe.
Michel Succar estime que le Canada n’a aucun droit d’agir ainsi et qu’il s’agit d’une attitude arrogante qu’il faut dénoncer.
Wendell Théodore lui demande alors s’il ferait cette même déclaration s’il s’agissait des américains et non des Canadiens.
L’historien répond : Absolument ! Les canadiens sont des employés des américains. Ottawa est une succursale de Washington et tout le monde le sait, affirme Michel Soukar.
L’auteur de La dernière nuit de Cincinnatus Leconte estime que ce qui se passe en Haïti n’est pas du banditisme, mais du terrorisme dans un pays sous tutelle des Nations Unies.
En d’autres termes , Haïti est un pays sous tutelle des Nations Unies qui vit le terrorisme, la débâcle financière, l’incompétence, la corruption. La communauté internationale est aussi responsable que les dirigeants qu’elle a installés , tolérés et soutenus, affirme t-il.
M. Soukar estime que l’Ambassadeur Canadien a de la chance , car s’il n’y avait pas un « mollusque « installé comme Premier Ministre à vie à la tête du pays, M. Carrière n’aurait jamais pris le risque de faire ces déclarations, car il se serait retrouvé , 24 heures après, comme bonhomme de neige dans son pays de neige, fulmine t-il.
Michel Soukar , l’auteur de » L’âge du tigre: journal d’un révolutionnaire » croit également que la récente position adoptée par le Royaume Uni faisant écho aux sanctions décidées par le Conseil de Sécurité des Nations n’est pas étonnante car il s’agit la aussi, d’une succursale américaine.
La communauté internationale a toujours manipulé des élections en Haïti. Cela a eu pour résultat le Président Préval, le Président Martelly et le Président Jovenel Moïse. Maintenant il y a ce mollusque ((Ariel Henry) qui est là. Et il est temps d’arrêter cette comédie qui tend à faire croire que ce sont uniquement des haïtiens qui sont coupables et qu’ils doivent se démerder pour tirer leur pays de cette situation, fait-il remarquer.
Sur la question de l’intervention militaire étrangères, Michel Soukar estime que la dite intervention lui semble inévitable, qu’on le souhaite ou qu’on ne le souhaite pas. Mais les haïtiens devront apprendre à s’organiser pour défendre les intérêts d’Haïti avec ou sans intervention, car aucune grande puissance n’intervient dans un pays si elle n’a pas des intérêts. Il revient aussi aux haïtiens de comprendre qu’ils n’ont pas d’amis et d’identité leurs intérêts et de prendre toutes les dispos pour les défendre, affirme l’auteur.
Si nous ne sommes pas capables de faire cela, nous ne sommes pas dignes d’être un peuple. Si nous voulons reconquérir notre indépendance et notre dignité, nous devons pouvoir faire cela, indique t-il.
M. Soukar souhaite qu’à l’avenir qu’il n’y aura aucun dirigeant tolérant qu’un diplomate en Haïti puisse venir faire la leçon aux haïtiens. Parce que cela doit cesser, affirme t-il.
Enfin par rapport à la présence du bateau/Hôpital des américains à Jérémie et aux habitants de cette région qui auraient réclamé de préférence la présence de militaires, l’auteur de « Radiographie de la « bourgeoisie haïtienne »: suivie de, Un nouveau rôle pour les « élites haïtiennes » au 21e siècle explique cette attitude par le désespoir des gens faisant face à l’incapacité de la Police Nationale d’Haïti avec des éléments qui ,au lieu de garantir la sécurité, contribuent à faire régner la peur et l’insécurité.
Il estime que ceux qui viennent faire la leçon aux haïtiens ont dressé un piège. Ce piège consiste à installer un mollusque ( Ariel Henry) à la tête du pays et en même temps ils ont leurs terroristes qui prennent le peuple haïtien en étau jusqu’à ce que n’en prouvant plus, le peuple puisse appeler la communauté internationale à venir à son secours. Le bourreau vient sauver la victime,
Donc c’est un acte calculé, planifié, demande le journaliste Wendell Théodore ?
Oui, c’est planifié . Et comme je le répète souvent, s’il s’agissait d’une guérilla de gauche , il y a longtemps que cela aurait pris fin. C’est parce qu’ils ont leurs intérêt dans ce qui se fait en Haïti qui fait que cela continue.
Bien sûr , il y a des marchands de morts , des vendeurs d’armes et de munitions qui font de l’argent, fait-il remarquer.
L’historien et romancier , Michel Soukar, demande comment faire croire à des gens sensés qu’une cargaison d’armes puisse sortir des États-Unis, passer par la République dominicaine et atterrir dans les ports haïtiens sans que les services secrets américains et dominicains ne soient pas au courant ?
Il affirme que cette question fait penser à la naïveté du Président Jovenel Moïse qui ,à un moment donné s’était donné pour tâche de dresser pour les américains la liste des trafiquants de drogue en Haïti.
On pourra dire tout ce qu’on veut, mais le résultat est là sous nos yeux : la communauté internationale a mis en place un Agent double ou triple comme Premier Ministre à vie à la tête du pays pour lui ouvrir les ventres d’Haïti et en même temps elle a « lâché » des « terroristes « dans les rues dans le but d’amener les haïtiens à appeler au secours , et demander à la communauté internationale d’intervenir afin de le délivrer, conclut Michel Soukar .
Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance de cette intéressante interview de l’historien et romancier Michel Soukar.

