par Marquise Ferjuste
Touchée par la lettre d’amour d’Alexandre Telfort Fils à Haïti, publiée par Rezo Nòdwès, une jeune haïtienne, se présentant comme Ayiti, livre sa réponse…
Mardi 15 novembre 2022 ((rezonodwes.com))–
Cher prétendant,
D’attendre, il n’a été que trop… même si par le silence on arrive aussi à en dire long. Je mentirais en disant que je n’ai pas frémi devant tant de jolies paroles, malgré le fait d’avoir été à maintes reprises bernée par des beaux-parleurs.
Oui, tout comme à l’un j’inspirais les plus belles poésies, à l’autre, c’étaient les plus belles chansons d’amour… que veux-tu? J’étais la Perle rare, celle des Antilles!
Mais quand finalement séduite, mes vieux charmeurs avaient pris possession de mon être dans la plus grande profondeur, pour se sentir importants et/ou puissants, je me retrouvais bien vite alors remplie d’un vide immense…
Telle une caisse de l’Etat à peine pillée !
Dans le temps, ils prenaient le temps de se protéger, par de légers détours, souvent dans l’obscurité, faisant preuve d’un minimum de discrétion…désormais, ce à quoi j’ai droit, c’est du « bwa kale » enflammé sur le peu de ce qui reste des places publiques, importe peu que ça soit en plein jour.
Tu l’as compris, et tu l’as dit: ma valeur réelle s’est effritée, hélas ! Mais tu sais, la honte doit définitivement changer de camp. Ce n’est pas à toi d’avoir honte de moi, encore moins à moi-même. Mes bourreaux malhonnêtes sont les seuls à devoir porter ce sentiment s’ils en avaient une once de capacité.
J’ai pris le temps, entre les larmes et une douleur lancinante, de me délecter de chaque douceur enveloppant chacune de tes phrases, comme la pauvre assoiffée d’amour que je suis devenue, à force d’avoir été l’objet de désamour, de violences et même d’indifférence… J’ai hésité non sans peur, à te répondre ne voulant pas le faire dans la confusion…
Tu as parlé de ma méfiance, certes avec justesse mais d’hostilité? Je n’en ai pas.Je suis toute innocence avec pour seule faute de trop faire confiance. Des caprices ? Jadis peut-être… du temps où je croyais avoir le choix, le choix d’être libre, libre surtout de toute souillure.
Insensible, moi? Pourquoi te focaliser sur ce qu’ils disent de moi…et non sur ce que tes propres sens te révèlent quand tu penses à moi? C’est pourtant moi ton Ayiti ! Telle que j’ai toujours été dans mon essence. Je suis la patrie éternelle.
Sans mentir, j’ai un peu fondu devant ces mots inattendus, ça fait tellement longtemps qu’on ne m’a pas parlé de famille… j’apprécierais tant que renaisse dans chaque cœur le désir d’être Ayisyen, cette réconnexion, en vue de la reconstruction de notre grande nation.
Ne te méprends pas… à tes avances je n’ai pas dit oui. En digne désappointée que je suis, ayant encore le goût de la trahison, si aigre que je peine à avaler ma salive, je me dois par prudence, ne serait-ce que pour la protection des quelques fruits restants de mes entrailles, de te poser quelques questions…si tu permets.
Rassure-toi je ne te demanderai pas à l’instar de la fourmi de Lafontaine ce que tu faisais au temps chaud lorsqu’entre nuit et jour je ne savais plus faire la différence. Je voudrais plutôt comme Don Diègue à Rodrigue de Corneille te demander: AS-TU DU CŒUR?
Du cœur c’est là que naît l’amour,
De l’amour c’est là que vient le courage,
Du courage c’est ce qui donne du caractère et c’est là aussi tout ce dont tu auras besoin pour affronter nos plus vieux ennemis, mais aussi les plus féroces!
Alors es-tu prêt? Prêt à m’arracher à ces traîtres odieux qui m’ont promis la lune pour ensuite éteindre une à une mes étoiles les plus étincelantes? A ces jaloux assoiffés de vengeance s’érigeant en donneurs de leçons du monde? À ces êtres machiavéliques essentiellement constitués de rancune vis-à-vis de mon passé glorieux?
Seras-tu à mes côtés? De mon côté? Envers et contre tous pour la Liberté du Monde? Quelle garantie puis-je espérer de cet amour que tu clames haut et fort? Dois-je une énième fois me résigner à me livrer en aveugle au destin qui m’entraîne ? J’ose espérer que non. Réponds-moi néanmoins…et si oui tu as du cœur, montre le moi, avant de me l’offrir, laisse-moi le toucher…ne serait-ce que le temps de mesurer ses battements.
Un cœur brisé ne s’offre pas…s’il est irréparable. Ne l’oublie surtout pas!
Marquise FERJUSTE
MWEN_SE_AYITI



