Intervention militaire en Haïti : Alternative salvatrice ou récidive conspiratrice ?

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Dans « La malédiction des ressources naturelles et ses antidotes », Gilles Carbonnier (2013) révèle : « Les luttes pour la captation et la distribution de la rente accroissent l’instabilité politique et le risque de conflit armé ». Cette intervention militaire qui profile à l’horizon obscur va-t-elle à nouveau se solder en des bottes sadiques sur le coup d’Haïti ? Ou plutôt contribuera-t-elle à assurer la stabilité et déclencher un changement de trajectoire économique sans dommages collatéraux substantiels ni des effets délétères sur la sphère sociale et politique ? Scientifiques ou mystiques, personne ne détient des capacités prédictives sans biais pour discerner a priori des retombées négatives ou positives de cette expérience qui tend à se renouveler à la partie appauvrie de l’Hémisphère occidentale.

Néanmoins, il y a certitude d’une conclusion déplorable si l’on ne contourne pas les stratagèmes d’un « Business as Usual » qui s’aligne de manière récurrente avec les desideratas d’un Occident « opulent » hyper-capitaliste mais qui s’éloigne des besoins des peuples en souffrance. En dehors de mesures adéquates et de stimuli à une justice sociale transnationale pour propulser le codéveloppement, les yeux de lynx anticipent d’emblée une fin dramatique de ce feuilleton « répétitif » au détriment d’Haïti.

C’est uniquement en plébiscitant à la tête de la Cité des serviteurs publics compétents et honnêtes à même de réfléchir, négocier, débattre et rebattre les cartes avec les « partenaires » étrangers que les « outcomes » peuvent se révéler favorables pour toutes les parties. Puisse l’arène politique en Haïti se renouveler de sang neuf, d’esprits et de cœurs magnanimes en vue d’animer le jeu de la gouvernance autrement, avec science et conscience. Ainsi, avec ou sans aide étrangère, la majorité en sortira gagnante.

Mercredi 19 octobre 2022 ((rezonodwes.com))–

Les évènements sociopolitiques chaotiques de la dernière décennie laissent entrevoir une confirmation de la conjecture d’un tableau social et politique accablant qui précède en permanence les velléités des invasions et occupations étrangères. Inventer des subterfuges pour envahir des espaces géographiques attractifs – question de se donner bonne conscience auprès des nobles institutions et conventions internationales – a toujours été une stratégie séculaire des Léviathans de l’Occident « omniscient, omniprésent et omnipotent ».

Fort souvent, les représentants des multinationales sont les principaux artisans à foutre la merde au sein des pays du Sud riches en dotations naturelles pour ensuite prétendre intervenir en bons samaritains pour les sortir de la misère et de l’insécurité. Le jeu géopolitique « moderne », bourrée d’informations asymétriques, est caractérisé par des coups traîtres et des coups bas que facilitent des « players » de niveaux hétérogènes avec au Nord des experts et au Sud des incultes trônés pour le besoin de la cause de l’exploitation « barrière libre ».

L’absence de vision et d’un véritable leadership local apte à faire respecter les institutions est surtout à la base du chaos d’une palanquée de sociétés pourvues en ressources naturelles. D’une part le Rwanda – doté d’un représentant avisé capable d’approuver ou désapprouver des projets dans la souveraineté et de proposer des coopérations avantageuses pour son pays – a emprunté le chemin de l’émergence économique. D’autre part, la République Démocratique du Congo – riche en cobalt (matière première des appareils technologiques) mais pilotée dans la corruption – croupit dans une misère abjecte.  La plupart des « cons » de l’Afrique abêtissent leurs peuples en liquidant les matières premières aux patrons des technopoles du Nord. Injustice criante !

De nombreuses recherches portant sur le développement (par exemple, Acemoglu et Robinson, 2011 ; Jacquemot, 2010) insistent sur la causalité positive de la bonne gouvernance avec le développement soutenable. En effet, la création d’un cadre réglementaire propice à l’investissement et à la prospérité, la fourniture efficace des services publics, et une bonne coordination de l’aide étrangère sont des prérequis à des résultats soutenables et inclusifs.

Certes, depuis la rupture de la dictature pour épouser la démocratie que Paul Collier – distingué professeur de l’université d’Oxford – baptise à raison de « Demo-Crazy », Haïti se fait étrangler par une immixtion étrangère perfide. Cependant, ce n’est pas tant l’ingérence toxique étrangère qui tue les germes du développement du pays. L’indécence, l’incompétence et l’impotence des interlocuteurs nationaux pèsent plus lourd dans cette balance excentrée qui tutoie la catastrophe dans une fine proximité.

Qui finance commande a toujours été une prémisse faussée pour justifier la lâcheté de certains acteurs. L’histoire moderne regorge de contre-exemples de leaders politiques non-alignés avec les objectifs initiaux de certains projets qu’ils ont finis par recanaliser au profit de la postérité. Mandela de l’Afrique du Sud, et encore plus récent, Paul Kagame du Rwanda en sont des exemples notoires. Définitivement, comme un as d’atout, il existe des coefficients individuels susceptibles d’influencer amplement les résultats finaux. On ne joue pas avec les postes régaliens. Tel que le prône l’illustre historien Michel Sukar, il faut au pays des hommes et des femmes d’État cultivés et aux colonnes vertébrales idoines qui, à défaut de brandir un « NON » à certains projets de l’étranger, soient au moins en mesure de dire « OUI, MAIS ».

En effet, c’est par l’élection de présidents, sénateurs, députés et magistrats intègres ; la nomination de dirigeants compétents ; et le recrutement de professionnels qualifiés qu’un pays lance le signal manifeste qu’il emprunte le sentier de l’émergence économique. Haïti doit décidément entrer dans cette dynamique de la modernité pour qu’elle soit véritablement « Open for Business ».

Stratégie du « caméléon »

Dans « L’échec de l’aide à Haïti », Ricardo Seteinfus qui officiait à titre de diplomate de l’OEA expose les machinations politiques qui se sont succédé à l’issue des joutes électorales bancales de 2011 qui ont injustement placé l’imposteur Michel Martelly à la présidence du pays. La politique haïtienne a toujours été perçue comme un cercle vicieux où le dealer peut aisément se métamorphoser en leader. Par contre, l’ineptie électorale de 2011 a été le comble d’une absurdité paroxysmique qui se calligraphie comme le début de la grande dépression politique qui a suivi le choc sismique de 2010. L’auteur Brésilien anticonformiste aux pratiques opaques des organisations internationales au service de l’Occident condescendant a baptisé de stratégie du « caméléon » l’immixtion impérialiste des étrangers dans les scrutins présidentiels post-séisme.

Pour avoir été lui aussi dans le secret des diables du Core-Group, le plénipotentiaire dissident Daniel Foote a fâcheusement mis le globe au parfum en embaumant la toile d’une courageuse missive tombée comme un missile dans la cour puante des pharaons et démons qui obstruent la respiration à plein poumon des structures politiques et sociales de la république historique. Dans une sainte colère, Foote a frappé le poing sur la table pour vertement critiquer la connivence des malveillants de l’occident « opulent » avec le cartel politique PHTK qui a saboté la stabilité et le développement du pays.

L’immixtion scandaleuse de l’international perfide dans les affaires internes des pays « affaiblis » serait guidée par des incitations personnelles d’un Occident malhonnête qui se suffoque de manière baroque sur l’or, le pétrole, l’iridium et le californium des pays du Sud. L’Occident doit en finir avec ce jeu pervers. En contrepartie de retours illicites au profit de leurs familles et leurs clans de vilains, les dirigeants voyous du Tiers-Monde ne perçoivent aucun problème à livrer dans la clandestinité les mines nationales à des familles pour les exploiter à outrance. C’est l’opacité qui caractérise de telles exactions prédatrices entre flibustiers étrangers et traîtres fils du pouvoir.

Comme le méchant fait toujours une œuvre qui le trahit, quelques fuites idiosyncratiques suffiraient à ouvrir les yeux des entités de vigie sur le désastre de la liquidation des dotations naturelles et des patrimoines historiques de la république. Au cours du règne PHTK, le Sénat haïtien aurait révélé dans une claire obscurité un deal minier – à plus de 10 digits – cosigné sous le tapis entre la famille Martelly et la famille Clinton omniprésente depuis leur lune de miel dans la politique d’Haïti. En foulant formellement le sol haïtien de leurs bottes grotesques, les étrangers vont-ils continuer à nous saboter ou vont-ils cette fois-ci nous épauler ?

En effet, les expériences dramatiques d’ici et d’ailleurs ont prouvé que la convoitise internationale suivie de bottes militaires étrangères a charrié viols, pillages et de graves crimes contre l’humanité qui ont demeuré majoritairement irréparés des décennies et des siècles après. Similaire à un classique dilemme en Théorie des jeux où le jeu serait vicié à la base, on a l’impression que l’on ne peut faire avec ni sans ces partenariats bilatéraux et multilatéraux qui cachent leurs véritables motifs.

Question de rationalité, la dialectique validerait la vision que chaque nation s’attèle à défendre ses propres intérêts en tirant son épingle du jeu diplomatique et géostratégique. C’est de bonne guerre. Cependant, un minimum de moralité devait convier tout partenaire à ne pas verser dans des méthodes égocentristes qui néantisent son concurrent qu’il ne devait percevoir comme un ennemi. Gratitude oblige. Par ses réalisations ingénieuses, sa contribution dans l’éducation en Amérique, son implication dans la libération d’autres peuples et son attachement aux valeurs universelles dont elle est une pionnière, Haïti mérite mieux que ce que la France, le Canada et les États-Unis lui réservent.

Repenser les partenariats

Pour le bonheur de tous et de chacun, les négociations inter-nations auraient pu se concrétiser dans une approche « Win-Win Game ». Pas besoin d’imposer des crapules à la tête d’un pays, créer des troubles politiques, alimenter des guerres inutiles, faire couler du sang innocent, saboter ou bombarder. Il y a toujours moyen d’aboutir à une optimisation de bien-être intégral sous contrainte d’un coût social minimal. C’est par cette démarche d’une quête de bonheur universel que les esprits équilibrés et les cœurs humains devraient savourer les délices de la vie.

Brandir un NON avec véhémence contre une intervention militaire étrangère hasardeuse n’est pas un simple cri enveloppé dans une factice sauvegarde de souveraineté nationale. Il s’agit pour les esprits avisés d’une ferme opposition contre la moquerie, l’escroquerie et la barbarie dont font souvent l’objet les peuples appauvris que la perfidie internationale s’attèle à anéantir. Cette ère de mondialisation requiert évidemment des coopérations et des encadrements de la communauté internationale. Cela passe par des acteurs internes et externes dotés de science et de conscience.

Il manquait toujours cette volonté sincère de la communauté internationale d’œuvrer pour le bien-être de la flopée des nations partenaires du Sud. Quand ce sont des projets prêt-à-porter, des dictées et des maquettes étincelantes qui sont inscrites dans un catalogue rêveur pour ironiser les déshérités, les affamés et les alités, cela se solde toujours par une aggravation des sentiments vindicatifs. Le point de départ pour générer de nouvelles perceptions des populations « bénéficiaires » des supports étrangers requiert de nouveaux signaux tant du côté des stratégies que des stratèges.

En effet, quand entre deux parties, l’une détient l’expertise technique et que l’autre est gratifiée en dotations naturelles, l’efficience et la loyauté recommandent qu’elles s’asseyent sur une table pour réfléchir sur les techniques de négociation et d’exploitation mutuellement avantageuse afin de statuer sur une distribution équitable.

Pour la gloire des fondateurs de l’humanité bien vivants dans les siècles présents et à venir, pour le bonheur des enfants aujourd’hui en agonie et qu’il faudrait récupérer, pour le triomphe de la paix, la justice et la sécurité sur le gigantesque orbe habité par 7.8 milliards de voisins, les superpuissances sont conviées à changer de paradigme en adoptant une approche holistique où la vie a la priorité sur les débris. Dans les jeux de négociation, il y a toujours possibilité de médailler les protagonistes comme des gagnants. C’est dans cette direction que les partenariats bilatéraux et multilatéraux doivent conjuguer leurs actions. L’humanité en serait reconnaissante.

À titre de déclic pour marquer un nouveau départ, les acteurs doivent se rendre compte du bénéfice mutuel de discuter et de cogiter sur les défis écologiques et géostratégiques particulièrement avec des interlocuteurs valables. Que vient faire Bouki dans les discussions et réflexions savantes qui doivent engager une nation, une région, ou la planète ? Les pays dits amis d’Haïti doivent décidément cesser ce stratagème d’imposer des nuls à l’hypophyse des nations avec lesquelles ils disent coopérer.

Trôner des dirigeants petits par des tweets ou des élections frauduleuses ne peut qu’envenimer les relations bilatérales et multilatérales. Au cours de cette ère dit-on de modernité, le paradigme de négociation doit capitaliser sur des informations le moins asymétriques possibles et sur des acteurs compétents afin de dégager des moyens efficaces d’obtenir du jeu des payoffs gagnant-gagnant. Place à des gouvernants au crédit loyal adéquat. Quand des borgnes manigancent à s’accompagner des aveugles, c’est tout le royaume qui s’effrite dans la myopie et la cécité.

Ce sont des adeptes de la science et des personnalités intègres à la hauteur de faire bouger les lignes dans l’intérêt du bien-être de la collectivité et de la mondialité qui doivent diriger le monde. Admirez l’indice de bonheur des sociétés scandinaves. Le sens du service public couplé de l’honnêteté des acteurs politiques en sont les vecteurs. Un vrai partenaire optera de verser dans cette noble direction avec Haïti afin de concrétiser les belles maquettes de gouvernance et d’infrastructures modernes telles que les écoles, les hôpitaux, les stades, les routes, les aéroports, etc. In fine, toutes les âmes auront à festoyer à cœur joie sans des inquiétudes et des frustrations qui tendent à soulever la sainte colère pour lyncher des fêtards solitaires et chambarder les fêtes quand elles sont aux goûts discriminatoires.

Échec d’un seul, échec de tous

Afghanistan, Lybie, Palestine, Koweït, Irak, Philippines, Syrie…, longue est la liste de pays auxquels de récentes interventions militaires directes et indirectes de l’Occident ont complétement échoué. À l’issue de tels résultats catastrophiques, c’est l’image du monde civilisé qui est salie. L’une des raisons majeures des échecs de coopération est que l’Occident se plaît à installer aux pays du Sud des dirigeants marionnettes dépourvus de dialectique et dont le poids de la pensée est nul. In fine, quand on y incorpore l’éthique des moyens, on perçoit que la boulimie capitaliste de l’Occident qui concocte l’éviction de l’élite probe dans les affaires sérieuses des pays partenaires aboutit à un jeu à somme négative.

D’une part, on y recense les victimes économiquement pillées qui peinent à se relever. D’autre part, on dénombre les bourreaux qui vivent avec un poids de culpabilité séculaire qui leur attirerait des malédictions. Aujourd’hui, la misère psychologique de la France pour ce qu’elle a fait subir à une palanquée de pays de l’Afrique est interpellatrice. Aucune âme raisonnable de devait dormir en paix à la suite d’une injustice produite. Les dérives se multiplient notamment parce qu’il fait défaut à des élites de ce monde inique cette dimension de percer la pensée de MLK quand il preconisait : « Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier ». 

Notre Village universel serait tellement mieux si les conventions internationales – droits humains, droit à l’éducation, accès aux services de santé, paix, sécurité, intégration régionale, éradication de la pauvreté, etc. – étaient véritablement d’application. « Notre monde périt, faute de sincérité ». Il revient aux institutions de vigie de se dresser en croix contre les sophismes qui justifieraient les crimes.  Face à la démence de la raison, ni l’académique ni l’ecclésiastique ni le médiatique ne doivent se taire par lâcheté ou par complicité pour laisser faire pour léguer à la postérité un héritage de peur et de haine.

Les illustres économistes Joseph E. Stiglitz et Linda J. Bilmes (2008) – chercheurs chevronnés à MIT et à la Harvard – ont perçu dans l’invasion des États-Unis en Iraq l’un des plus graves gaspillages de l’histoire des États-Unis. S’ajoutent aux plus de trois trillions de dollars engagés à incendier, bombarder et exterminer des infrastructures et des vies innocentes des répercussions néfastes de long terme. Il convient de mentionner les dégâts post-traumatiques des séquelles des produits chimiques toxiques sur les générations futures.

Après trois quarts de siècle du cynique bombardement de l’Hiroshima et Nagasaki, de nombreuses contrées asiatiques continuent d’enregistrer des naissances « handicapées ». À l’issue des conflits, les chocs sur le système sanitaire, sur l’équilibre écologique et la récession économique engendrée par la hausse vertigineuse du prix du pétrole sur le marché mondial sont autant de retombées qui amplifient les défis pour les gouvernements. Plus près de nous, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a déjà secoué les pylônes de l’équilibre énergétique et économique mondial.

« There is no free lunch ». Les deux éminents professeurs de la MIT et de la Harvard ont évoqué le coût d’opportunité des lourdes dépenses militaires farfelues de l’administration Bush en arguant qu’elles auraient pu contribuer à atteindre les objectifs de l’éducation pour tous, la sécurité sociale et la construction d’infrastructures durables au profit d’une pléiade de pays nécessiteux du globe. Qu’elles soient directes ou indirectes, les interventions étrangères charrient de monstres déficits.  Pourquoi alors faut-il subrepticement semer des graines de la guerre pour par la suite revenir super-puissamment pour rétablir la paix. La folie !

Les bottes : Une expérience cauchemardesque pour Haïti

Teintés d’un ensemble d’anecdotes accablantes, les feuilletons des bottes étrangères foulées au sol d’Haïti et qui ont étranglé à la Georges Floyd ce peuple résilient s’inscrivent parmi les plus choquants de l’histoire de l’humanité. En plus de l’énorme déficit économique et social qui en résulte, le coût financier du personnel d’une armée mobilisée en terre étrangère est budgétivore. Les plus d’un demi-milliard de dollars (Max Kail, 2019) engagé pour gérer la Minustha mobilisée en Haïti entre 2004-2017 sont une preuve éloquente de la magnitude des dépenses futiles à consacrer aux missions onusiennes.  Et si on s’attelait à doter la Police nationale et l’armée d’Haïti d’équipements, de matériels et ressources humaines qualifiées, les résultats ne seraient-ils pas plus efficients et plus soutenables ?

Le passage cynique des casques bleus de l’ONU en Haïti a laissé orphelins de pères de nombreux enfants Haïtiens. Non loin des Bases de la Minustha, on y repère – après neuf mois d’installation de ce corp étranger – des nourrissons aux teintes épidermiques allogènes et aux yeux bridés qui laissent présager que le géniteur vient d’une contrée latine ou de l’Asie du Sud. Nul besoin d’investigations approfondies pour convertir la suspicion en affirmation quand on décèle la proximité géographique de la famille monoparentale avec la résidence de ces soldats qui violaient nos femmes et qui volaient les cabris de nos paysans.

Évidemment, en raison de la pauvreté cuisante des familles qui prête le flanc à de mauvais deal sexuels, les cas de consentement « forcé » ont été aussi légion. Les curieux percevaient des amitiés érotiques « Jaunes et Noires » tissées par des liens pécuniaires. Mais aussi, les détournements de mineures faisaient rage. L’ECVMAS (réf. 4) a fait état d’un pic des grossesses précoces au lendemain du séisme 2010 qui allaient sans doute résulter en de multiples enfants sans pères. L’explication la plus probable de cette déchéance sociétale est que nos jeunes filles devenues soudain détentrices de leurs propres tentes étaient exposées à une privation économique couplée remplie occasionnellement par le support clientéliste des militaires de l’ONU. Le marchandage sexuel était à son paroxysme.

Quoiqu’il en soit, nos filles ne devaient jamais procréer dans des conditions délétères qui les contraignent à élever seules leurs enfants dans l’indignité et la mendicité. Nous ne disposons pas de données actualisées sur l’acuité du phénomène des enfants déscolarisés et en domesticité qui seraient enclins à agrandir plus tard les statistiques du nombre de gangs. Cependant, des anecdotes vont dans le sens d’une disparition dans la capitale de nos vulnérables enfants des rues qui mendiaient devant les restaurants et qui s’accrochaient aux portes des voitures pour essuyer les vitres en contrepartie de quelques « adoken ».

Le ministère des affaires sociales, la Brigade de Protection des Mineurs (BPM), l’Institut du Bien-Etre Social et de Recherches (IBESR) avaient-ils pris des dispositions pour accueillir dans un centre ces enfants démunis ? Ces derniers deviendraient-ils des adeptes et disciples des familles et alliés détraqués ? Cela ne vaut pas la peine de languir à espérer une enquête de l’IHSI pour se faire une idée. Le recrutement de gros et de petits monstres pour renforcer les gangs cruels continuait alors que l’État faillit à sa mission. Le loisir a bu la cigüe, l’école est figée en mode lock. Que nous reste-t-il ? Triste. Tant sur le plan sanitaire que sécuritaire, le pays est en ruine. Une mission militaire étrangère saurait-elle rétablir un équilibre soutenable ou servir de palliatif à un mal profond ?  

Les béantes différences culturelles, les souvenirs colonialistes angoissants et les blessures d’un passé traumatisant qui n’ont jamais été cicatrisées sont autant d’obstacles qui rendent complexe sinon impossible la mission de prise en charge d’une nation du Nord par une du Sud. Par exemple, on ne perçoit aucune sincérité dans l’aide de la France à Haïti quand on sait que l’Hexagone a raflé ignominieusement plus de vingt-huit milliards de dollars à l’ancienne Perle des Antilles dans une rançon de dette d’indépendance. Piketty argue que cette dette inique a lourdement grevé le développement économique, politique et humain de l’île. 

Pour rester cohérente dans sa démarche de promotion de l’illustre Déclaration des Droits Humains et pour mériter sa place dans le concert des nations modernes, la France doit reconnaître les tortures et les injustices qu’elle a causées à Haïti et donc porter les corrections qui s’imposent, notamment en lui restituant la dette de son indépendance acquise au prix fort le 1er janvier 1804.

Le livre de Thomas Piketty (2019), qui plaide pour la réduction des inégalités inter et intra pays à travers un codéveloppement qui puisse garantir justice sociale, fiscale et climatique au profit de l’humanité entière, en dit long sur l’histoire des exploitations des anciennes colonies. Pour découvrir la position de l’auteur sur la rançon de la dette de l’indépendance versée à la France, le lecteur peut se référer à l’interview de l’économiste Français réalisée sous la plume de l’économiste Thomas Lalime (réf. 12).

À travers une approche politico-idéologique des régimes inégalitaires, Piketty a mis en exergue les limites du capitalisme Mondial. L’auteur croit que la réduction des inégalités sur la planète devrait passer par l’adoption d’un système de socialisme participatif qui consacre la primauté de l’éducation sur les droits de propriété privée.

Les États-Unis également ont joué un rôle prédateur dans l’asphyxie de notre île coincée dans une trappe de sous-développement (Sic. Lucas, 1988). De nombreux chercheurs dont Piketty (2019), sont d’avis que la richesse de la plus grande puissance économique mondiale est entachée d’exploitations et d’injustices faites aux sociétés colonisées. Les États-Unis ont planifié de nombreux vols organisés de la richesse nationale dont celui de la réserve d’or du pays à la veille de l’occupation de 1915 (réf. 14) qui ont rendu rachitique les muscles économiques de la république.

Récemment, dans leur implication à faciliter l’entrée et la sortie « liben libè » de mercenaires-snippers lourdement armés qui ont foulé le tarmac pour exécuter des missions opaques au profit du pouvoir PHTK mais au détriment de la population, les États-Unis se sont davantage discrédités. Plus grave encore, les plénipotentiaires du Core-Group sont enclins à mobiliser des institutions de droits humains quand un bandit est tombé sous les stratégies de la PNH alors que de nombreux massacres perpétrés sur la population laissent les organisations internationales indifférentes. Je ne comprends pas cette cohérence bizarre du Binuh dans l’incohérence sociale d’encenser la fédération du banditisme. Cette cohabitation PHTK et Core-Group est malsaine.  

Alors qu’aucun mariage ne peut durer dans une hypocrisie « Je t’aime, moi non plus », la communauté internationale qui dit coopérer avec Haïti pour lui sortir du bourbier ne fait que jouer à l’hypocrisie. Elle se plairait à embrasser Haïti à la Judas Iscariote pendant qu’elle pointe sur les coordonnées géospatiales de ses mines prolixes desquelles elle se rassasie dans la gourmandise. Uniquement des esprits ingénus auraient fait confiance à ces génies boucaniers entêtés à implémenter inter alia des projets de parcs industriels conçus intégralement par de « Vrais Amis » d’Haïti qui sont faux sur toute la ligne. Dans un tel contexte, les bottes étrangères ne peuvent inspirer confiance.

Résultats mitigés sur le plan sécuritaire

Max Kail (2019), un ancien cadre de la Minustha, a étalé l’efficacité mais aussi les difficultés de la Minustha en 2005 à stopper la prolifération des gangs au pays. L’atterrissage de la Minustha sur le sol dessalinien avait marqué la fin du règne criminel de plusieurs gangs dont trois puissants connectés à des bases politiques : Grenn Sonnen, Ravix Remissainte et Dread Wilmé. En plus que ce n’était pas sans dommage collatéral, il faut souligner que cette volonté précaire de l’éradication de l’insécurité qui s’attaque aux petits monstres des rues s’apparente à des coups d’épée dans l’eau. Une volonté forte se traduirait par des solutions en amont qui devraient remonter aux concepteurs du banditisme à l’échelle nationale et internationale.

Aujourd’hui, les défis s’amplifient tant pour les forces internes qu’externes car les gangs ont pullulé dans différents quartiers de l’Aire Métropolitaine. En plus d’être détenteurs de manches longues, ces malfrats nourrissent des connections viscérales avec d’anciens présidents, sénateurs, députés, ministres, etc. De surcroît, les stratégies de la Police nationale sont constamment piratées puisque la force de l’ordre est infiltrée et téléguidée par des bandits à cravates bien connus d’ici et d’ailleurs. Malheureusement, ils sont des pièces de traitrise « importantes » dans le puzzle du complot qui vise à néantiser Haïti. On repère ces idiots utiles (sic. Lénine) au sein du gouvernement indécent ainsi qu’au sein de l’opposition sans conviction. Haïti est prise au piège.

Cependant, quand il y a un minimum de volonté, les résultats, quoiqu’en aval, ne tardent pas à se concrétiser. On se rappelle sous Préval que les criminels avaient l’alternative de remettre leurs armes ou de prendre le chemin du cimetière. À cet effet, les troupes de la Minustha avaient constitué un poids lourd dans la concrétisation du projet CNDDR (Commission Nationale de Désarmement- Démantèlement et Réinsertion). Ce projet a généré un calme apparent qui ne languissait pas à se dissiper car le problème était mal posé. On ne saurait résoudre durablement un problème en l’attaquant en aval.  

L’appui d’une force étrangère en soi ne pourrait jamais assainir le climat social de manière soutenable. Il faudrait surtout une approche sécuritaire ancré dans un programme de politique public qui octroie à la justice l’autorité de menotter tous les forfaitaires quelque soit la teinte épidermique, le statut politique, la classe sociale ou le niveau socioprofessionnel. C’est à ce défi de taille de démanteler les criminels à cravates auquel notre société fait face mais qu’elle élude toujours en des approches cosmétiques.

En effet, seule l’autodétermination se révèle l’approche efficiente pour faciliter la stabilité d’un pays et du coup l’inciter à emprunter la voie salutaire du développement soutenable. Tout en maintenant un leadership avisé émané des représentants locaux valables, cela n’empêche de planifier des coopérations avantageuses dont celles d’un support étranger qui viserait l’éradication des gangs à cravates et des criminels à sapates.

Vu que la production de la paix sociale a préséance sur toute présomption de sauvegarde d’une souveraineté nationale qui serait d’ailleurs mésinterprétée. Dans cette urgence, la présence du « Blanc » sur le sol haïtien ne serait pas synonyme d’occupation ou de violation de la souveraineté nationale. Mais, pour cesser d’alimenter un cercle vicieux, le contrôle de toute force en provenance des pays voisins doit être sous l’égide d’autorités locales à la hauteur de leurs attributions.

Trop de kidnappings, trop de crimes, trop de vies gaspillées pour rien. Les enfants ont déjà séché trop de jours du calendrier scolaire. De cet aveu d’impuissance devant des gangs que sa chapelle et d’autres caméléons politiques ont érigés, le PM (Premier Malin) a fait une fuite en avant. Le PM en état de syncope s’est défaussé de ses responsabilités en y sollicitant une force étrangère. Pourtant, depuis l’intronisation de ce « woulibè » au poste le plus élevé de la République, le gouvernement ne faisait rien pour assurer la paix dans la Cité.

C’est à la suite de l’exaspération de la population pour exiger la tête du PM et de ses acolytes sur un plateau d’argent que ce gouvernement crapuleux entreprend cette démarche illégitime de mobiliser une force étrangère que certains critiques baptiseraient de MINUPA (Mission des Nations-Unies pour la protection d’Ariel). On a vu dans cette démarche l’expression d’un égocentrisme hégémonique qui va trop loin.

Avec ou sans intervention militaire étrangère, l’ineptie de l’autogoal d’accroître le prix du carburant à la veille d’une rentrée scolaire (ratée) émaillée de cette misère horrible a consacré la fin d’Ariel comme si c’était « à hier ». Échec et mat ! Au revoir Henry.

Complicité étrangère dans la dérive

Que l’on cesse de provoquer l’intelligence humaine pour étayer la thèse d’une ingouvernabilité nationale que seule l’omnipotence occidentale saurait redresser. Avant que l’on soit arrivés à ce stade chaotique, la main invisible bien visible de cette communauté internationale hypocrite est trempée dans la déchéance sociale. C’était sans aucune gêne que la représentante de l’ONU en Haïti faisait l’éloge de la fédération des gangs. Cela signifie ce que cela signifie. De Merten à Sison puis à Lalime, il se révèle que les plénipotentiaires étrangers sont ceux-là même qui supportent tout au long d’une décennie un pouvoir criminel qui institue et glorifie le banditisme multiforme au niveau de l’État.  

S’il y avait une volonté manifeste de l’ONU, l’OEA et le Core-Group à juguler le problème épineux de la pauvreté et de l’insécurité, ces entités auraient commencé par poser les bonnes questions. Ce qui aurait déjà résolu le problème à moitié tel que le postule Albert Einstein « Un problème bien posé est à moitié résolu ». Par exemple, de quels pays proviennent les kalachnikovs, AK-47, lance-roquettes et mitraillettes sophistiquées qui s’exhibent dans les bidonvilles décivilisés et les villes débiles du pays ? Qui sont les commanditaires et intermédiaires de ce négoce illicite qui en font leur beurre économique et politique ?

Le commerce des armes n’est-il pas aussi sinon mieux régulé que celui de la drogue qui sont des vecteurs de propagation du terrorisme transnational ? Par souci géostratégique et d’une paix mondiale à ne pas contaminer, un ensemble d’institutions multilatérales sont contraintes d’empêcher la distribution des armes et munitions partout sur notre village global. C’est le risque encouru par l’humanité quand l’ingérence occidentale jette son dévolu sur des gouvernants incultes et cupides.

On dirait que cette pièce échappe au puzzle conspirationniste architecturé par le laboratoire de la communauté internationale hypocrite. Parlant de contrôle inter-géospatial, pourquoi Haïti demeure-t-elle une exception qui échapperait à la supervision des autorités inter-nations comme l’Interpol, la CIA, la DEA ? La Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale aurait-elle manqué à sa mission d’intensifier les actions consistant entre autres à réduire les flux illicites des armes ?

Afin de promouvoir en toute franchise l’avènement de sociétés pacifiques et inclusives aux fins du développement durable et de justice pour tous, c’est en amont que les institutions multilatérales et régionales doivent lutter contre la fabrication et le trafic illicites d’armes à feu, de leurs pièces, éléments et munitions. Les superpuissances détiennent les techniques et les moyens d’identification et de traçabilité de telles transactions souterraines et de leurs forfaitaires. Maintenant, qu’en est-il de leur volonté ? C’est là où le bât blesse.

C’est uniquement par connivence que les véritables acteurs du crime ne sont pas clairement identifiés et maîtrisés par ces entités internationales détentrices de tous les moyens. Avec les gyrophares de Diogène, les multinationales cherchent les vilains et les contrebandiers des armes qui entrent et qui sortent du marché noir. Elles n’arrivent pas à poser la patte sur les fabricants, les spéculateurs, les grossistes et les détaillants de la chaîne du crime. Jeu de dupe.

Quand on sait que la Douane est une structure hautement supervisée, y aurait-il erreur dans la conclusion de l’hypothèse plausible que les parrains internes du crime font la volonté de leurs parrains externes ? Dans la plupart des crimes perpétrés au sein du pays, le cerveau ne serait même pas en Haïti. Les officiels démentiels dont les mains sont souillées de crimes de sang et de lèse-patrie en sont des acteurs. Les patrons et pharaons étrangers, de leur lieu de donneur d’ordre, portent le chapeau de véritables scénaristes.

De ce constat de collusion criminelle, la dialectique ne saurait alors se ridiculiser en mettant beaucoup plus le projecteur sur les petits monstres des bidonvilles pour dégager une solution durable au problème de l’insécurité. Les véritables coupables sont les masterminds de cette contrebande criminelle. Par le passé regrettable comme à cet instant présent où l’avarice fait rage, il y a toujours de traîtres fils et de faux-amis qui nourrissent la chaîne du capitalisme déchaîné qui perd la tête (Sic. Stiglitz). Plus d’un demi-siècle après sa plaidoirie pour éradiquer le giant triplex – racisme, militarisme et matérialisme – c’est regrettable de constater que l’humanité a besoin que MLK soit réincarné pour humaniser les gouvernants du monde « moderne ».

La malédiction MINUSTHA, Haïti se souvient

En raison de leurs ressources minières, objets de convoitises des prédateurs, certaines régions se trouvent constamment exposées à des chantages et des menaces de guerre. Des économistes du développement tels que Hammond (2011) et Auty (2001) ont évoqué la thèse de la malédiction des dotations naturelles qui dessine une relation de causalité négative de la stabilité sociale avec les ressources du sol, du sous-sol et un développement économique soutenable et équitable.

On aurait pensé à un « paradoxe de l’abondance » comme évoqué par Philip Lane et Aaron Tornell dans la mesure où les dotations initiales devaient plutôt stimuler l’investissement local, améliorer l’industrie, attirer les investissements étrangers et fournir des inputs essentiels à la production nationale. En effet, l’un des facteurs explicatifs est que les nations vulnérables, pourtant riches en ressources naturelles, ont vu fragilisées les vies innocentes de leurs populations parce qu’elles sont l’objet de convoitise des grandes puissances.

Celles-ci sont entêtées à les sucer arbitrairement jusqu’à la dernière goutte de sang, quitte à ce que des conflits inutiles soient inventés pour les envahir. Par la suite, elles vont mobiliser des missions pour s’imposer à titre de planche de salut pour endiguer le mal qu’elles ont-elles-mêmes engendré. C’est ainsi qu’Haïti a connu des expériences Micivih, Minujusth, Minustha. Cette dernière étant la plus triste en raison du mal intégral qu’elle a constitué.

L’histoire récente d’Haïti devait éveiller les esprits avisés pour contrecarrer une potentielle récidive de ce triplet néfaste – viol, animosité, escroquerie – qui s’installait à notre Haïti d’ailleurs à différents épisodes tragiques. On recensait de multiples harcèlements sexuels sur nos jeunes filles, sur nos jeunes garçons, ainsi que l’exploitation outrancière du sol et du sous-sol. Au point qu’ils étaient ridiculisés à raison de Tourista, on sentait que les Casques Bleus de la Minustha faisaient une promenade de santé dans un tourisme sexuel qui n’a pas dit son nom.

Conscience citoyenne oblige, nous ne saurions jamais enterrer dans les oubliettes de l’histoire le maudit choléra injecté dans les veines de nos familles par les sadiques Casques Bleus de l’ONU qui avaient déversé leurs containers de matière fécale à une rivière dans les hauteurs de l’Artibonite. Plusieurs milliers de familles haïtiennes ont été endeuillées, pourtant c’est après plusieurs années de cette tragédie que l’ONU avait à peine reconnu ses responsabilités dans ce crime humanitaire.  

Quel suivi a été fait pour dédommager les familles victimes ? Aucun ! Ces gens qui prétendent être les champions des droits humains, prennent-ils les Haïtiens comme des humains à part entière ? Pour le bonheur de tous les enfants de la planète, de nouvelles stratégies gagnant-gagnant s’imposent. Dans l’intérêt de la collectivité, il faut du respect mutuel dans les coopérations et surtout une redistribution équitable de la richesse des pays exploités.

En 1994, en 2004, en 2010 et avant ces dates postérieures à la chute de la dictature duvaliériste, les coûts économiques et sociaux des interventions militaires étrangères ont été monstrueux. Mille fois NON à toute intervention militaire « as usual ». Pour accélérer le processus de nettoyage du terrain, un support militaire étranger semble opportun. Mais, l’heure est surtout à une transition de rupture à assurer par des Haïtiens compétents et intègres pour remettre à l’heure les pendules de la stabilité et du développement inclusif.

Ce régime politique nul et indigne qui ne jouit ni légitimité ni popularité devait jeter le tablier depuis des lustres. Le neurochirurgien à la tête de la Primature en déconfiture n’avait ni qualité ni moralité de solliciter une intervention militaire sur le sol haïtien. En témoignent les missions de Bryan Nichols pour discuter avec des protagonistes sur le terrain, la communauté internationale ne fait plus confiance à Ariel Henry.

La société devrait prendre avantage de cette prudence de la communauté internationale à ne pas engager de grands projets souverains avec le pouvoir PHTK responsable et coupable de la dégénérescence des institutions. À ce stade, le pays serait-il sorti perdant ou gagnant d’une intervention militaire étrangère ?  Le résultat va surtout dépendre de la qualité des interlocuteurs locaux.

Changer de régime et de paradigme

Démence de la raison où l’évidence subirait l’assassinat du paralogisme, l’étrange ministre des Affaires étrangères de ce gouvernement indécent a claironné à la tribune des Nations Unies que tout est sous contrôle. Cette expression « tout est sous contrôle » devient définitivement un syndrome de la chancellerie. Parallèlement, le PM en coma est inapte à placer un pion au jeu de poker-menteur. En bon capitaine impotent, le chef de la Primature lui-même se plaint de l’invalidité de son gouvernement à contrecarrer les dangers et défis d’un quotidien vécu sous le signe de la providence. Échec et mat.

Haïti a atteint ce stade de pourriture en raison de la cupidité de ses traîtres fils, couplée de la complicité de ses faux-amis de la communauté internationale qui convoitent ses ressources et qui seraient jusqu’au siècle présent rancuniers des prouesses du passé glorieux de cette courageuse nation qui a chassé ses bourreaux. L’esclavage étant reconnu un crime contre l’humanité, il ne fait aucun sens que la Première république noire continue de payer injustement un prix pour une œuvre légendaire qu’elle a accomplie. Core-Group, foutez-nous la paix. Mais surtout, Haïtiens conséquents au bercail et à la diaspora, mêlons-nous de la partie pour sauver notre patrie en péril. « Quand la politique veut, l’économie peut ».

La volonté de l’État sur terre est comparable à celle de Dieu dans les cieux. « Lorsque l’État veut, Dieu le veut ». Quand on nous raconte que l’État saurait manquer à sa mission régalienne de réduire en silence les zones de turbulence, je suis alors concerné par déceler le rôle du gouvernement dans la dérive. Pas possible que des malfrats bloquent des artères stratégiques d’une république sous les yeux complices d’un gouvernement qui passe le chemin de l’injustice sans mot dire, sans maudire.

Le gouvernement n’est pas impuissant. Il est juste complice. Nombreuses investigations ont établi une connivence entre les bandits des rues détenteurs d’armes lourdes aux calibres nettement supérieurs à celles de la PNH. Les désirs affairistes et électoralistes de ces dealers politiques indexés de concussion et d’autres crimes graves sont les causes de ce risque de génocide encouru mais que notre peuple intelligent a dû éviter à maintes reprises.

Face à cette crise aiguë engendrée par un vide politique abyssal, Haïti doit opter de renaître de ses cendres en déclenchant à travers son élite probe la stabilité politique et la garantie du respect des institutions. C’est le moment crucial où toutes les forces vives – la société civile, la « bonne » presse, l’université, les intellectuels, les communautés de base ainsi que les bons grains de tous les partis politiques – doivent conjuguer leurs efforts et synchroniser leurs réflexions afin de proposer une offre politique consensuelle salvatrice au profit de la collectivité.

On ne peut rater encore ce timing décisif qui nous convie à jeter notre dévolu sur des représentants d’États aptes à transformer l’odeur des bottes « My Ass » en un parfum à base d’eucalyptus pour aromatiser nos villes et nos bidonvilles dans une retrouvaille de paix sociale. Albert Einstein disait que « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».  Jouer le jeu autrement requiert des acteurs avisés, capables de négocier au profit des intérêts collectifs.

Filles et fils dignes des pionniers de la liberté, nous ne pouvons plus laisser notre Haïti se faire ridiculiser par l’inculture, la rature et l’imposture dans ses axes stratégiques. Indignons-nous, engageons-nous dans la construction de notre nouvelle Haïti.  

Carly Dollin

carlydolin@gmail.com

Références

  1. Acemoglu D. et Robinson J. (2011). « Why Nations Fail » : l’origine du pouvoir, de la prospérité et de la pauvreté. Crown Publishers, Inc., New York.
  2. Auty R.M. (2007) « Rent Cycling Theory, the Resource Curse, and Development Policy »
    OGEL 4.
  3. Carbonnier G. (2013). « La malédiction des ressources naturelles et ses antidotes ». Revue internationale et stratégique N° 91.
  4. IHSI – ECVMAS (2012). Enquête sur les Conditions de Vie des Ménages après Séisme 2012. Institut Haïtien de Statistique et Informatique (IHSI), Port-au-Prince, Haïti.
  5. Hammond J. (2011). The Resource Curse and Oil Revenues in Angola and Venezuela. Science & Society, Vol. 75, No. 3
  6. Jacquemot P. (2010). La résistance à la « bonne gouvernance » dans un État africain. Réflexions autour du cas congolais (RDC). Revue Tiers Monde 2010/4 (n°204).
  7. Max Kail (2019). Les Dossiers Zombie : Gangs, drogue, politique et vaudou sous le mandat des Nations Unies. Publié indépendamment.
  8. ONU (2007). Traités et accords internationaux enregistrés ou classés et inscrits au répertoire au Secrétariat de l’Organisation des Nations Unies. Vol. 2225, no 39574.
  9. Piketty T. (2019). Capital et idéologie. Johns Hopkins University Press.  Seuil.
  10. Seitenfus R. (2015). L’échec de l’aide internationale en Haïti : Dilemmes et égarements. C3 Edition.
  11. Stiglitz J.E. and Bilmes L. J. (2008). The Three Trillion Dollar War: The true cost of the Iraq conflict. W, W Norton and Company.

Liens

  1. Interview de T. Lalime avec T. Piketty. https://lenouvelliste.com/article/211316/au-minimum-la-france-devrait-rembourser-plus-de-28-milliards-de-dollars-americains-a-haiti-aujourdhui-soutient-le-celebre-economiste-francais-thomas-piketty
  2. Version électronique (Extrait) du livre de T. Piketty. http://piketty.pse.ens.fr/files/ideologie/Piketty2019Extraits.pdf
  3. New-York Times sur le pillage d’or d’Haïti par les USA : https://www.nytimes.com/2022/05/20/world/haiti-wall-street-us-banks.html

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