4 avril 2026
Vladimir Estefano Mathe | Haïti au Sommet des Amériques : Pour quel résultat?
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Vladimir Estefano Mathe | Haïti au Sommet des Amériques : Pour quel résultat?

HAÏTI AU SOMMET DES AMÉRIQUES, POUR QUEL RÉSULTAT ?

par Vladimir Estefano MATHE

Mardi 14 juin 2022 ((rezonodwes.com))–

Une délégation dont plusieurs membres sont indexés dans des cas de malversations et de crimes en tout genre accompagne le PM De facto, Ariel Henri, au sommet des Amériques pour la démocratie. Communément appelé par ses détracteurs  » Sommet des amis » dans le but de dénoncer le caractère non démocratique de cet évènement, ce sommet a vu plusieurs pays latino-américains et caraïbe brillés par leur absence en raison de leur relation mitigée avec Tonton Sam et l’exclusion unilatérale de certains États du continent, dont le Venezuela et le Nicaragua.

Pour clôturer le tout, la présence inexpliquée et inexplicable du PM de facto Haïtien dans un sommet pour la démocratie soulève des interrogations quant au caractère démagogique de cette initiative. Rappelons que Monsieur Henri n’a ni légitimité, ni légalité à la tête de l’État si on tient compte des grands théoriciens politiques, dont Max Weber.

 Depuis son arrivée à Los Angeles, son équipe rend publiques quelques rencontres de déjà vu avec le représentant de l’OEA, le président dominicain ainsi qu’une photo le voyant serré la main du président américain. Dès lors qu’on a vu cette photo, plus d’un a compris que la visite est réussie pour le PM de facto. Mais, que peut attendre le peuple haïtien de ce sommet ? Plutôt de s’enliser dans la conjoncture, je vais de préférence opter pour une approche structurelle des relations entre les deux États.

Les Etats-Unis auraient pu être un partenaire stratégique pour Haïti tant par son statut de puissance ainsi que son positionnement géographique. Cependant, l’implication abusive de ces derniers dans le fonctionnement politique du pays tant par le choix des dirigeants, l’asservissement des institutions et son implication exacerbée dans le système économique etc. ont fait de cette puissance l’une des causes principales de nos malheurs. Voilà pourquoi, à partir des années 60, les Dominicains ont compris qu’il fallait revoir leur comportement politique vis à vis de l’ami-ennemi américain.

De surcroit, ils ont entamé un processus de reconquête de leur souveraineté en constituant une classe politique nationale devant assurer la gouvernance politique du pays. Ce choix se révèle être fructueux en ceci que le pays a connu et vit encore un climat de stabilité politique qui lui permet de jeter les bases de grands chantiers structurels visant son développement économique.

Entretemps, du côté ouest de l’île (Haïti), la soumission aux intérêts des puissances impérialistes s’accroit de manière exponentielle jusqu’à atteindre l’apogée de misère dans laquelle nous vivons actuellement dans tous les compartiments de la société. La nomination de Monsieur Ariel Henri comme premier ministre DE FACTO, par un tweet de la fédération des ambassades occidentales en Haïti, le COREGROUP, sans la moindre résistance des dirigeants politiques, fut le dernier cas qu’illustre cet état d’humiliation politique. C’est, de toute évidence, le COREGROUP qui dirige tout dans le pays et n’est responsable de rien malgré l’évidence détention de notre souveraineté.

Il est clair que le pays est victime de son histoire comme le rappelle la série d’articles publiés récemment dans les colonnes du journal américain New York Times. En lisant ces articles, j’espérais que ça allait susciter de grands débats dans les médias haïtiens, l’université, la société civile et notamment sur les réseaux sociaux.

Malheureusement, la montagne a accouché d’une souris. Silence total ! Ce qui ne m’a pas surpris. Néanmoins, ce qui m’a le plus frappé, c’est le silence absolu de la classe politique. Personne n’a pipé un mot même pas le soi-disant fils autoproclamé de Dessalines. Apparemment, il a eu le mal de gorge. Donc, c’est plus qu’une évidence que la classe politique haïtienne se range du côté des oppresseurs. L’heure est grave.

Plutôt que de se battre pour reprendre la souveraineté du pays, certains ex-dirigeants et actuels colabos du gouvernement de COREGROUP, dirigé par Monsieur Ariel Henri, qui ont participé à emmener le pays dans cette situation chaotique, jouent les nationalistes primaires en se précipitant sur l’insécurité grandissante en république voisine. Cet acharnement aurait pu être stratégique dans le cas où Haïti pourrait bénéficier de la situation notamment dans l’industrie touristique comme ils font avec nous. Mais, en raison de la gangstérisation du pays, cette entreprise vaine et gratuite ne fera que s’attirer les foudres de l’État dominicain via leurs services d’immigrations sur nos frères haïtiens qui fuient le pays à tout prix.

Pourtant, tenant compte de l’histoire, aucun pays n’a pu se développer avec la perte totale de sa souveraineté. Comme disait Charles de Gaule : « Les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ».  En effet, la soumission à laquelle toutes les couches de la société haïtienne se sont assujetties envers les puissances occidentales, particulièrement les USA, est une évidence que le pays n’ira nulle part et que nous sommes condamnés à nous enfoncer dans le trou si rien n’est fait. Car comme disait l’essayiste Paul-Marie Couteaux : « La soumission coûte chère ».

Le peuple haïtien ne devrait pas et ne doit être le spectateur passif de la disparition imminente du pays. Haïti est en état de mort cérébrale. Il faut que les choses bougent pour sortir le pays de ce marasme afin de le mener à bon port. Pour cela, il est temps : Pour le peuple haïtien de se débarrasser de la classe politique actuelle.

Ce sont des vendus. Nous ne pouvons rien faire avec ces mafieux qui participent activement à la gangstérisation du pays ; Que des gens visionnaires, honnêtes, sérieux, et éclairés s’immiscent dans l’arène politique afin de pousser les mafieux qui occupent l’espace actuel ; Que la population ait la conscience patriotique afin de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’Hommes et de Femmes qui soit capable de prendre la direction politique du pays ; Il faut redéfinir nos rapports diplomatiques avec la communauté internationale notamment les USA sur de nouvelles bases. In fine, Haïti ne peut espérer rien de positif venant de ce sommet, si non la dynamique d’humiliation politique qui va se poursuivre.

MATHE Vladimir Estefano,
Politiste, Consultant en politique publique.

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