12 janvier 2026
Haïti – France : La rançon!
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Haïti – France : La rançon!

Par Jean Hervé Charles

Mercredi 8 juin 2022 ((rezonodwes.com))–

Le New York Times, l’un des journaux les plus prestigieux des États-Unis, sinon du monde, a consacré une section entière du dimanche 22 mai 2022 à la Rançon, un récit détaillé de « la double dette » imposée par la France à Haïti après avoir obtenu l’indépendance sur les champs de bataille le 18 novembre 1803 à Vertières, Cap Haïtien.

Le New York Times a délégué quatre chercheurs (Catherine Porter, Constant Méheut, Matt Apuzzo et Selam Gebukidan) pour fouiller les archives des banques, des musées et des universités afin de faire la lumière sur cette ignominieuse rançon payée par Haïti pendant plus d’un siècle pour gagner sa reconnaissance internationale d’un monde qui pratiquait encore l’esclavage à cette époque.

C’est un exercice monumental comparé au Projet 1619 accessible gratuitement pour la première fois aux non-abonnés en français et en créole. Il y a un dicton si le New York Times se concentre neuf fois sur une question, il gagnera la cause à la dixième.
Haïti, après treize ans d’une bataille féroce avec les Français, finit par écraser les soldats de Napoléon Bonaparte dans la bataille de Vertières où le général Capois La Mort se distingua si bien, que le cruel général Rochambeau arrêta la bataille pour saluer le bravada de Capois La Mort.

Haïti proclame son indépendance, le 1er janvier 1804 et jure de ne jamais laisser les citoyens français posséder un pouce du territoire à l’avenir. C’était une proposition creuse parce que le destin et le monde étaient unis contre Haïti pour son enthousiasme audacieux, l’homme et la femme noirs devaient être enchaînés dans l’esclavage et la servitude pour l’éternité.Quelques années plus tôt, en 1796, Toussaint Louverture, le précurseur de l’indépendance d’Haïti avait pacifié l’île de St Domingue/Haïti, libéré les esclaves et gouverné le territoire à la St Louis roi de France ce qui signifie qu’il était bon et juste pour tout le monde, noir, blancs et mulâtres. Sa gouvernance était si bienveillante qu’il a attiré l’attention de John Adams qui est arrivé au pouvoir en tant que deuxième président des États-Unis presque en même temps.

Leurs relations et leur commerce étaient si cordiaux que Ronald Angelo Johnson dans Diplomacy in Black and White, a déclaré que la dernière fois, Haïti jouissait d’une relation diplomatique égale avec les États-Unis était sous le gouvernement de John Adams. « Depuis lors, les deux nations ne partagent plus jamais un pied d’égalité. »Toussaint avait partagé avec John Adams, la proposition selon laquelle « un dirigeant doit apporter le bonheur à son peuple et le bonheur à l’humanité ». John Adams était sur le point d’appliquer cette directive lors de son prochain mandat mais aux élections de 1800, les délégués d’un parti se sont présentés contre les délégués du même parti pour élire Thomas Jefferson renversant l’agenda d’Adams. Je soumets la proposition que l’esclavage n’aurait pas attendu soixante ans pour être aboli aux États-Unis, si John Adams avait remporté l’élection de 1800. Haïti, les États-Unis et le monde entier ont pris un mauvais tournant avec l’élection de Thomas Jefferson.

Napoléon Bonaparte avec le soutien de Jefferson envahit Haïti dans le but de rétablir l’esclavage. Toussaint est enlevé et envoyé au Fort de Joux où il meurt un an plus tard de tuberculose. Mais Haïti, dirigé par Jean Jacques Dessalines et l’aide de la pandémie de fièvre jaune a décimé l’armée française laissant la place à la première République noire du monde.La fête du 1er janvier 1804 fut de courte durée. Dessalines est assassiné par ses pairs, deux ans après l’indépendance, le 17 octobre 1806. Haïti divisée est gouvernée par le roi Henri au Nord et Alexandre Pétion, président de la République à l’Ouest.
Une première tentative de la France pour demander une indemnité fut réprimandée avec véhémence par Henry Christophe. Louis XVIII en 1814 envoya deux commissaires auprès de Christophe pour négocier ; par l’intermédiaire de son conseiller financier, le baron de Vastey, les émissaires furent avisés que « notre indépendance sera garantie par la pointe de nos baïonnettes ».

A la mort d’Henri Christophe, la France retente avec Alexandre Pétion qui est plus conciliant à la proposition ; enfin à sa mort, Jean Pierre Boyer en 1825 se soumet à la pression de Charles X pour négocier une indemnité à Haïti pour la reconnaissance de son indépendance d’une valeur de 150 millions de francs, dix fois le montant qui a été payé pour l’achat de la Louisiane.Ce montant étant supérieur au budget d’Haïti, un prêt de 30 millions de la France a été arrangé pour payer les deux premiers versements. Plus tard, l’indemnité a été réduite à 60 millions de francs; il a fallu Haïti jusqu’en 1947, sous la présidence de Dumarsais Estimé pour enfin effacer la dette.

Dette morale ou juridique, cette question n’a pas été traitée dans le long article du New York Times pourtant elle est au cœur des délibérations sur la question de la rançon. En 2015, François Hollande, le premier président à visiter officiellement Haïti, a proposé de régler le problème de la dette, mais ses conseillers ont corrigé son faux pas en offrant 50 millions de francs comme obligation morale pour l’éducation.

La rançon haïtienne est en fait une obligation légale selon la législation Taubira. Tout a commencé en août 2001, lorsque l’ancienne ministre française de la Justice Christine Taubira alors représentante de la Guyane française a exhorté ses collègues à adopter une loi stipulant que l’esclavage était un traitement cruel et inhumain infligé à un groupe de personnes. Mon esprit juridique (formé en droit à l’Université d’État d’Haïti et à l’Université de Tulane) m’a dit que la France s’est aventurée dans une région qu’aucune autre ancienne nation esclavagiste ne ferait.

Basé sur le concept juridique de rétroactivité pour les actes criminels, il n’y a pas de prescription ni en droit commun ni en droit civil. La France ne pouvait impunément exiger de la nation haïtienne des compensations au nom de la perte de service des anciens esclaves. Ce serait comme un tueur qui demande réparation pour ses crimes !

Je me souviens en conversation avec mon père, un juriste bien rodé, puisqu’il était juge en chef du tribunal civil de Port-au-Prince et ancien doyen de la faculté de droit du Cap-Haïtien. La France avait commis une fissure en s’exposant à des dommages et intérêts à Haïti.

Il y avait un invité à la maison ce samedi après-midi, le Dr Francis St Hubert un conseiller confidentiel de Jean Bertrand Aristide. Il a présenté l’idée au président Aristide et nous connaissons déjà la suite de l’histoire. Au lieu de rechercher les meilleurs avocats des deux côtés de l’Atlantique, y compris l’expertise juridique française et avec discrétion et diplomatie, le président Aristide a utilisé le sujet comme un outil politique pour gagner de l’influence auprès de ses partisans, agacer les Français et compromettre l’issue de l’ avenir de la rançon.

Haïti est le premier et le seul pays à avoir porté un coup fatal à l’esclavage. Il pourrait également être la seule nation ayant un droit légal de réclamer des réparations au lieu d’un droit moral et politique comme revendiqué universellement par d’autres nations souffrant les séquelles de l’esclavage. Lorsqu’il céda à Charles X sous la pression, Jean Pierre Boyer hypothéqua le développement futur d’Haïti en acceptant un prêt usuraire pour payer les indemnités. Pendant 122 ans de 1825 à 1947 Haïti doit payer l’équivalent de 21 milliards de dollars à la France.

Où allons-nous maintenant, avec cette aubaine de publicité autour de la Rançon ? Le problème est qu’Haïti n’est pas prêt à recevoir la récompense de la résolution positive du différend. Le gaspillage de quelque 11 milliards de dollars sans résultats concrets après le tremblement de terre de 2010, le détournement de 3,8 milliards de dollars du Fonds Petro Caribe sont des indications que le pays est un gouffre qui va gâcher le remboursement de la Rançon.

Haïti doit attendre un vrai gouvernement démocratique pour ouvrir cette boîte au trésor colonial. J’ai suggéré dans mon livre Pour la patrie pour la patrie, une vision de société qui rendra Haïti riche, puissant et indépendant, que la France doit verser à Haïti 500 millions de dollars chaque année dans un fonds d’éducation ;Haïti ajoutera 500 millions supplémentaires à travers les frais de transfert et les dérivés des casino donnant 1 milliards de dollars chaque année sera dédié à l’éducation, (primaire, secondaire, universitaire et alphabétisation).

Il y a des problèmes qui dépassent la politique; si les Haïtiens en Haiti et en diaspora pouvaient accepter d’avoir une conversation franche entre eux même sur les sujets suivants, nous verrions progressivement la lumière après un long tunnel.

La question de la sécurité pour que le citoyen ordinaire puisse s’acquitter de ses obligations normales sans craindre d’être kidnappé doit être traitée avec la plus grande rigueur.

La question de la misère générationnelle de la majorité de la population doit être une préoccupation pour tous. Quels sont les moyens de créer de la richesse pour la majorité de la population ?

La question de la catastrophe environnementale doit nous alerter tous pour reconstituer la terre avec des arbres surtout des arbres précieux comme l’acajou et le cèdre. Si nous commençons maintenant, Haïti dans quinze ans serait comme la Dominique mais à une échelle beaucoup plus grande, un trésor venant de la nature.

La question de la corruption qui comme la gangrène qui ronge l’âme de la nation. Comment pouvons-nous mettre la bonne personne dans la bonne position pour atteindre l’objectif commun ?5-Last but not least la question de la Rançon, comment faire en sorte que la France restitue les fonds, sans humiliation, dans l’équité et dans la justice

Christine Taubira, qui a  joué un rôle crucial dans la conduite de la législation faisant de l’esclavage un crime contre l’humanité, serait un avocat clé, elle serait ravie de servir !

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