Dimanche 1er mai 2022 ((rezonodwes.com))–
Au premier tour des présidentielles de 2017 et 2022, le candidat et la candidate du Parti socialiste (PS) ont recueilli respectivement 6,36% et 1,75% des suffrages exprimés. Ces résultats signent l’effondrement d’un parti qui a pourtant contribué à marquer l’histoire contemporaine de la France et de l’Europe comme le montre Elie Halévy dans Histoire du socialisme européen.
Alors, pour sauver les meubles et éviter la disparition pure et simple de ce parti dit de gouvernement, dans la perspective des législatives des 12 et 19 juin 2022, l’actuelle direction menée par le premier Secrétaire, Olivier Faure, a accepté de négocier avec La France insoumise (LFI) sur la base du programme de l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon – lui-même ancien socialiste en rupture de ban avec le PS depuis le Congrès de Reims de 2008. Mais, les éléphants ne l’entendent pas de cette oreille. Revanchards, ils résistent et canonnent à tout-va pour bloquer ces négociations !
Le plus célèbre d’entre eux, l’ancien président François Hollande, ayant visiblement des comptes politiques personnels à régler avec son ancien camarade Jean-Luc Mélenchon, a dégainé le premier. Feignant de craindre qu’un accord PS-LFI aboutisse à une « disparition du parti socialiste, il s’est lâché sur France Info, le jeudi 28 avril 2022 : « Si j’ai bien suivi, l’accord électoral c’est de dire ‘‘on part des résultats de l’élection présidentielle’’ et pour la première fois de l’histoire de la gauche il n’y aura plus de candidatures plurielles, il n’y aura des candidatures uniques de l’Union populaire. Ce qui voudrait dire dans les trois quarts des circonscriptions de France, il n’y aura plus, au premier tour de candidats socialistes […] jamais dans l’histoire de la gauche, on a eu ce genre de comportement », a-t-il fulminé.
Ce qui paraît cocasse dans cette affaire, c’est de voir celui présenté par ses adversaires comme le principal fossoyeur de la gauche et du PS en particulier venir saboter cette tentative de dialogue entre forces de gauche que réclame pourtant le « peuple de gauche ». Cherchant avant tout à assouvir ses ambitions personnelles, le revanchard en chef réfute tout accord entre PS et LFI sous prétexte que cela « met en cause les fondements de l’engagement socialiste », illustrant ainsi la stupide théorie des deux « gauches irréconciliables » de son ancien ministre de l’Intérieur, ancien Premier ministre, le franco-catalan, Manuel Valls. Or, la vérité est que ces derniers et leurs amis éléphants, poussant leurs barrissements après cette présidentielle où le PS s’est totalement ramassé, ne supportent pas qu’Olivier Faure et d’autres socialistes, militants et sympathisants de gauche exigent un droit d’inventaire de leur minable quinquennat notamment sur le plan économique et social. Personne n’a, en effet, oublié que le bilan de François Hollande, président, a été si pathétique qu’il n’a même pas pu se représenter à la présidentielle de 2017 ! Alors, ne digérant toujours pas cet affront, l’ancien locataire de l’Elysée tente à tout prix de revenir dans le jeu politique pour prendre sa revanche.
C’est pourquoi, en vrai routier de la vie politique française, il pratique avec minutie, sans aucune gêne, avec un cynisme inégalé, le fameux « plus c’est gros, plus ça passe » pour atteindre son objectif. L’ancien premier Secrétaire du PS, qui a souvent fait preuve d’hégémonie face aux autres partis de gauche (communistes, écologistes, radicaux de gauche), lors de négociations pour les législatives, dans les années 1990 et 2000, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Dès lors que le vent a tourné et que le PS se trouve désormais dans la position d’antan des « petits partis », face à LFI en position de force, en vrai éléphant, spécialiste des tractations politiques, François Hollande rue dans les brancards, cloue au pilori LFI, en vue de faire capoter les négociations avec le PS. Sa stratégie est limpide : vilipender Jean-Luc Mélenchon, le traitant d’ami de dictateurs, etc. – comme si lui, président, il les avait toujours combattus –, affaiblir l’actuel direction du PS et créer un nouveau parti politique, pour promouvoir soi-disant une « social-démocratie à la française ». Mais, cette dernière n’est qu’une pâle copie du social-libéralisme, avatar du « hollandisme à la sauce vallsienne », ayant lamentablement échoué entre 2012 et 2017.
Ainsi, comme d’habitude, l’ancien maire de Tulle et député de la Corrèze, qui a pris la tête du PS, lorsque Lionel Jospin est arrivé à Matignon, sous la cohabitation en juin 1997, fait de la politicaillerie, de « la politique avec un petit p », comme dirait Jacques Chirac ! Se plaçant en garant de l’héritage socialiste, il dénonce à l’avance tout accord PS-LFI, synonyme, selon lui, d’« une remise en cause de l’histoire même du socialisme, de François Mitterrand et ses engagements européens, de Lionel Jospin et sa crédibilité économique et ses avancées sociales ». Incroyable de la part de celui qui a contribué au quasi-effacement du PS de la scène politique au cours de la dernière décennie en adoptant une politique libérale que même la droite n’aurait pas osé mener à bien des égards ! Ce qu’il ne comprend pas, c’est qu’il restera à jamais à la fois « l’homme du passé » et « l’homme du passif » du PS et de son histoire contemporaine.
Faut-il le rappeler, si le socialisme de François Mitterrand (retraite à 60 ans, 39 heures, abolition de la peine de mort, radios libres, fête de la musique…) et celui de Lionel Jospin (35 heures, couverture maladie universelle (CMU), emplois jeunes, allocation personnalisée d’autonomie (APA), lutte contre les discriminations, égalité hommes-femmes, pacte civil de solidarité (PACS), rétablissement droit du sol, « loi Taubira » reconnaissant la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité…) ont marqué l’histoire de la gauche et de la France, la seule « réforme de gauche » dont pourrait se prévaloir François Hollande est celle ouvrant le mariage aux personnes de même sexe dite « Mariage pour tous ». Et il ne peut même pas en réclamer la paternité car c’est, en réalité, Christiane Taubira, ministre de la Justice, garde des Sceaux, qui a ferraillé contre les réactionnaires, conservateurs, racistes de tout poil pour faire aboutir cette réforme. Il est publiquement connu que François Hollande en vieux routier politicien n’était pas loin d’y renoncer pour céder à la pression persistante de la droite et plus particulièrement de la « Manif pour tous », très remontée contre cette réforme sociétale.
Ainsi, autant la vie politique française peut être passionnante, autant elle peut rebuter les plus fervents militants socialistes engagés à « changer la vie ». Certes, l’actuel premier Secrétaire du PS, Olivier Faure, et son équipe n’ont pas suffisamment travaillé à la redynamisation du parti, de ses idées et de ses valeurs, mais la responsabilité de l’état désastreux dans lequel se trouve le PS depuis au moins la présidentielle de 2007 incombe avant tout à François Hollande. À cet égard, il n’est pas sans signification de rappeler que ce dernier est devenu candidat du PS à l’élection présidentielle de 2012 à la suite d’une primaire organisée en absence de Dominique Strauss-Kahn, largement favori, à l’époque, dans les sondages d’intentions de vote pour succéder à Nicolas Sarkozy – François Hollande n’était qu’à 3% ! Par conséquent, sans « l’affaire du Sofitel » de New York survenu en avril 2011, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances de Lionel Jospin, devenu directeur du Fonds monétaire international (FMI), aurait sans doute gagné cette présidentielle et proposé probablement à François Hollande, alors premier Secrétaire du PS, un poste de ministre.
Parvenu dans ces circonstances exceptionnelles à la tête de la France, presque par défaut comme disent ses détracteurs – face à un Nicolas Sarkozy, président sortant (48,36%), très clivant, critiqué tant pour son bilan que sa personne –, François Hollande (51,64%) a dirigé le pays à la manière d’un leader de droite. À son arrivée au pouvoir, il a ainsi maintenu les mesures de hausse d’impôts prises par le gouvernement Sarkozy-Fillon, qui touchaient essentiellement les ménages les plus défavorisés. Celui qui s’était présenté aux électeurs de gauche, en jurant la main sur le cœur, des trémolos dans la voix, que « mon adversaire c’est le monde la finance » pour s’attirer leurs voix, face à Nicolas Sarkozy qualifié de « président des riches », a mené une politique de l’offre dans la droite ligne de celle de son prédécesseur, en favorisant essentiellement les entreprises, y compris celles cotées en bourse. Cette déclaration faite au rassemblement du Bourget, le 22 janvier 2012, n’a été rien d’autre qu’une vaste duperie, un coup tactique pour enfoncer son adversaire et mobiliser l’électorat de gauche en quête permanente de justice sociale. Lourdement trompés, se rendant compte de la supercherie, le « peuple de gauche » s’est donc résolument tourné vers Jean-Luc Mélenchon, lequel représente désormais, à ses yeux, l’authentique leader de gauche défendant ardemment les valeurs de fraternité, de solidarité, de justice fiscale, sociale et environnementale.
D’ailleurs, l’ancien Premier ministre – le dernier véritable dirigeant de gauche que la France ait connu (1997-2002) –, Lionel Jospin, qui a toujours clamé « oui à l’économie sociale de marché » et « non à la société de marché », ne s’y est pas trompé. Il a invité son ancien camarade et ministre délégué de l’Enseignement professionnel de 2000 à 2002 de son gouvernement, Jean-Luc Mélenchon, à œuvrer à l’union de la gauche sous le leadership de LFI, reconnue comme la force centrale à gauche. C’est une façon symbolique et subtile d’enjamber le quinquennat libéral de François Hollande pour passer le flambeau de l’union de la gauche à Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier, invitant les autres partis de gauche à sortir de la « culture permanente de la défaite », n’a pas manqué de qualifier François Hollande de « has been », « lui reprochant de ‘‘rester à quai’’ alors que ‘‘le train de l’histoire’’ est en marche » (JDD cité par le Huffington Post, 30 avril 2022).
Il va sans dire que le chef de file de LFI a une mission historique : se montrer à la hauteur des enjeux, en vue des prochaines législatives, en créant une nouvelle formule de la « gauche plurielle », chère à Lionel Jospin, sans arrogance, c’est-à-dire dans un esprit d’ouverture et de responsabilité. C’est la condition sine qua non pour avoir toutes les chances d’inverser la tendance, gagner ces élections et devenir Premier ministre de cohabitation. Il ne s’agit ni plus ni moins que du souhait le plus cher du « peuple de gauche » qui n’a rien à cirer des barrissements permanents des éléphants revanchards ayant depuis longtemps abandonné le socialisme démocratique de François Mitterrand et Lionel Jospin au profit du social-libéralisme de Tony Blair et de Gerhard Schröder, avec le résultat que l’on sait !

