Il faut créer un environnement dans lequel les femmes peuvent réaliser leur potentiel dans les sciences

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A l’occasion de la Journée des femmes et des filles de science, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, appelle à créer un environnement dans lequel les femmes peuvent réaliser leur véritable potentiel et dans lequel les filles d’aujourd’hui deviennent les scientifiques et les inventeuses de premier plan de demain.

Dimanche 13 février 2022 ((rezonodwes.com))–

Des obstacles structurels et sociétaux empêchent encore les femmes et les jeunes filles d’accéder aux sciences et de progresser dans ce domaine.

La pandémie de Covid-19 a accentué les inégalités entre les genres, pour des raisons comme la fermeture des écoles, la hausse des violences ou la charge accrue des soins à domicile, indique António Guterres dans un message pour cette journée célébrée chaque année le 11 février.

« Ces inégalités privent notre monde d’énormes talents et potentiels d’innovation inexploités. Nous avons besoin de perspectives féminines pour que la science et la technologie profitent à tous et toutes », dit-il.

Appel à l’action

Le Secrétaire général de l’ONU appelle à agir en adoptant des politiques qui remplissent les salles de classe de filles étudiant la technologie, la physique, l’ingénierie, les mathématiques et en prenant des mesures ciblées pour garantir aux femmes la possibilité de se développer et de diriger dans les laboratoires, les institutions de recherche et les universités.

Il appelle aussi à agir « avec la détermination de mettre fin à la discrimination et aux stéréotypes visant les femmes dans les sciences. Et avec des efforts plus rigoureux pour ouvrir davantage de perspectives pour les femmes membres des minorités ». Tout cela est particulièrement important dans le domaine crucial de l’intelligence artificielle, estime-t-il.

Selon le Secrétaire général, il existe une corrélation directe entre le faible nombre de femmes travaillant dans le secteur de l’intelligence artificielle et les algorithmes absurdes qui véhiculent des stéréotypes de genre en traitant les hommes comme la norme et les femmes comme une exception.

« Nous avons besoin de plus de femmes qui développent une intelligence artificielle qui soit véritablement au service de tous et toutes et qui œuvre en faveur de l’égalité des genres », insiste-t-il.

« Nous devons également inverser les tendances qui empêchent les jeunes femmes scientifiques d’avancer dans des carrières qui nous aideraient à surmonter les crises climatiques et environnementales. Nous devons veiller à ce qu’elles aient accès aux mêmes possibilités d’apprentissage et de travail sur un pied d’égalité », ajoute-t-il.Les Décodeuses du numérique, une bande dessinée pour susciter des vocations dans le domaine de la science© Léa Castor / INS2ILes Décodeuses du numérique, une bande dessinée pour susciter des vocations dans le domaine de la science

« Les décodeuses du numérique » : une bande dessinée pour susciter des vocations

A travers 12 portraits de chercheuses, enseignantes-chercheuses et ingénieures dans les sciences du numérique, croquées par le crayon de l’illustratrice Léa Castor, l’Institut des sciences de l’information et de leurs interactions (INS2I) du CNRS, en France, a voulu mettre en avant la richesse des thématiques dans les sciences du numérique et ainsi briser les stéréotypes qui dissuadent les femmes de s’engager dans cette voie.

La bande dessinée intitulée Les décodeuses du numérique montre la passion, le dynamisme et l’humour qui leur font dépasser les embûches et leur donnent la volonté de faire bouger les lignes. Les chercheuses racontent aussi leurs parcours, comment elles en sont venues à l’informatique, et quels obstacles elles ont rencontrés. Le choix des portraits montre une variété aussi bien de disciplines (robotique, informatique quantique, cybersécurité, réalité virtuelle, etc.) que de parcours scientifiques.

Publiées en 2021, la BD s’adresse principalement aux jeunes, de manière ludique, afin de mieux appréhender le monde des sciences du numérique et de susciter des vocations.

Léa Castor a été sélectionnée par le CNRS pour créer cette bande dessinée. « Le fait que je n’y connaissais rien en science était un atout parce qu’on devait m’expliquer toute la terminologie. Du coup pour faire de la vulgarisation, donc d’expliquer à des publics plus jeunes qu’est-ce que c’est alors que l’on parle de choses ultra pointues, c’était une bonne chose », explique-t-elle.

La cellule parité/égalité au sein du CNRS a été créée en 2019. « En 2020 il y a eu une volonté de créer un projet d’envergure au niveau de la communication », explique Laure Thiébault, chargée de la communication au CNRS.

« L’idée d’une bande dessinée a été sélectionnée non seulement par son format original mais aussi parce que ça touchait bien la cible des jeunes que l’on voulait. Il y avait un côté attractif, ludique. Et donc on s’est vite orienté là-dessus. Après on a mis en place tout un processus pour sélectionner les différentes personnes qu’on voulait représenter pour croiser les âges, les thématiques, les lieux et commencer les interviews qu’on transmettait au fur et à mesure à Léa pour les mettre en image », détaille-t-elle.Une scientifique ukrainienne, Institut des machines mathématiques et des problèmes de systèmes.UN News/Anna RadomskaUne scientifique ukrainienne, Institut des machines mathématiques et des problèmes de systèmes.

Question du sexisme ordinaire

Dans le cadre de ce projet, la cellule parité a volontairement souhaité aborder la question du sexisme ordinaire.

« Donc on leur a demandé d’essayer de réfléchir à un événement de sexisme ordinaire qu’elles auraient pu vivre dans leur carrière », explique Anne Siegel, Directrice adjointe scientifique Interdisciplinarité et interfaces. « Certaines ont refusé de répondre mais d’autres ont exprimé des ressentis parfois assez chargés d’émotions ».

Selon Anne Siegel, il y a des biais sociétaux du numérique et de l’informatique dès la plus jeune enfance qui correspond à une vision informatique du « geek à boutons ». Donc l’informaticien type est quelqu’un qui n’est pas nécessairement très attrayant pour des jeunes filles, explique-t-elle. « Donc ça, c’est un des soucis qu’on essaie justement de déconstruire avec la bande dessinée ».

Ensuite cette vision de l’informaticien peut aussi avoir un impact sur les familles et sur l’orientation des enfants.

« Ça peut aussi rebondir sur les enseignants. Il y a un certain nombre d’études qui ont été faites dans ce sens-là qui vont tout au long des étapes de l’orientation, qui vont dissuader les filles d’aller dans ces carrières. Donc au fur et à mesure des carrières professionnelles dans l’informatique on retrouve les différents impacts des métiers sous-féminisés, c’est à dire des phénomènes de sexisme, des questions liées à la prise en compte de la maternité, de la parentalité, du sexisme ordinaire avec des petites remarques et puis il y a des problèmes de progression de carrière ».

Mais selon Anne Siegel, ça s’améliore : « On arrive à le dénoncer on arrive à faire des choses pour arriver à rendre les choses beaucoup plus justes. Et maintenant on a des carrières de femmes qui sont exceptionnelles, qui se passent très bien. Mais ça demande une vigilance de tous les instants et on est loin d’être arrivé encore au bout de tous les enjeux ».La cellule parité/égalité de l'Institut des sciences de l'information et de leurs interactions (INS2I), un des instituts du CNRS, le centre nationale de la recherche scientifique en France.© Léa Castor / INS2ILa cellule parité/égalité de l’Institut des sciences de l’information et de leurs interactions (INS2I), un des instituts du CNRS, le centre nationale de la recherche scientifique en France.

Une BD non seulement pour les filles mais aussi pour les garçons

Bien qu’il s’intéresse depuis plusieurs années aux questions des rapports femmes/hommes dans son milieu professionnel, Olivier Serre, Directeur adjoint scientifique en informatique fondamentale à Paris, a été interpellé par la lecture des témoignages.

« On est un milieu de gens à priori intelligents, et vous aurez tendance à dire que ce genre de problème n’arrive jamais à côté de chez soi », a-t-il expliqué. « En fait, même en étant dans le milieu, il y a plein de choses dont je n’avais pas conscience. Et d’avoir travaillé sur ces témoignages avec les autres membres de l’institut, c’est vrai qu’en tant qu’homme, ça m’a interpellé sur les pratiques de mon milieu et probablement aussi peut être sur certains de mes comportements ».

Il pense que cet ouvrage a aussi un intérêt pour les jeunes garçons. « Certes le but c’est de faire venir les filles dans le secteur du numérique mais ça sera aussi en faisant en sorte qu’elles soient mieux traitées dans ce milieu-là. Et cela passe aussi par un travail d’éducation sur les jeunes garçons ».

En cette Journée internationale des filles de science, Anne Siegel a un message : « Toutes les femmes sont toutes légitimes pour faire de la science. Elles ne se rendent même pas compte de leur propre timidité, Il faut donc y aller, il faut donc oser », conclut-elle.

Vous pouvez consulter et lire la BD en ligne ici

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