Les Haïtiens constituent la dernière vague de migration à la frontière sud du Mexique, note NPR

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L’arrivée des Haïtiens, ainsi que de milliers d’autres migrants originaires du Venezuela, de Cuba et de pays d’Afrique, a submergé les autorités mexicaines

NPR

Samedi 18 décembre 2021 ((rezonodwes.com))–

La file de sacs à dos bien rangés s’étend sur plus d’un kilomètre le long d’une autoroute à deux voies très fréquentée, à l’extérieur de la ville de Tapachula, dans le sud du Mexique. Ce sont les bagages de centaines de migrants, pour la plupart originaires d’Haïti, qui tentent de garder leur place dans la file d’attente pour monter dans les autobus qui viendront les emmener dans des villes situées plus au nord du Mexique, rapporte National Public Radio (NPR) basé aux Etats-Unis.

C’est une ligne que les officiels mexicains leur ont recommandé de former. Mais les bus sont rares et espacés. Et pour les centaines de migrants qui campent le long de la route et dans un parc public de l’autre côté de la ville, l’attente est insoutenable.

« Cela fait maintenant cinq mois que je suis ici et je n’ai eu droit qu’à des rebuffades », déclare Djeff Orelien, 24 ans, qui est arrivé en juillet à Tapachula, juste à la frontière entre le Mexique et le Guatemala, avec sa femme et son fils d’un an.

Les autorités mexicaines ont indiqué aux migrants comme Djeff Orelien qu’ils ne pouvaient pas quitter cette ville située à l’extrême sud du Mexique sans documents de voyage en règle ou sans un visa dit humanitaire qui leur permet de circuler librement dans le pays. D’autres ont été invités à demander le statut de réfugié ou l’asile, mais ils doivent également le faire à Tapachula.

Le ministère de l’Intérieur mexicain estime que d’ici la fin de l’année, près de 130 000 migrants auront demandé une forme de protection. Près de la moitié de ces demandes émanent d’Haïtiens.

La plupart des migrants sont en exode depuis des années.

Orelien fait partie d’un exode d’Haïtiens qui quittent l’Amérique du Sud. La plupart ont fui leur pays natal des Caraïbes au milieu des années 2010, trouvant des emplois abondants au Brésil et au Chili. Mais lorsque la pandémie de COVID a ravagé ces économies, les Haïtiens se sont tournés vers le nord, la plupart espérant atteindre les États-Unis. Selon certaines estimations, plus de 60 000 Haïtiens ont quitté l’Amérique du Sud au cours des derniers mois.

Sous l’un des rares arbres offrant de l’ombre près de la ligne de migrants en bord de route, Tinac Lena, 35 ans, recharge son téléphone portable à l’aide d’une rallonge qu’un propriétaire voisin a mise à la disposition des migrants haïtiens.

Cela fait plus d’une semaine que nous attendons ici sur la route », dit-il en criant dans un espagnol approximatif qu’il a appris pendant ses six années en Amérique du Sud. « Nous n’avons pas d’eau, pas de travail, rien…. pourquoi nous traitent-ils ainsi ? » ajoute-t-il, tandis que des dizaines d’autres migrants hochent la tête en signe d’approbation.

L’arrivée des Haïtiens, ainsi que de milliers d’autres migrants originaires du Venezuela, de Cuba et de pays d’Afrique, a submergé les autorités mexicaines. Le programme mexicain d’aide aux réfugiés compte moins de 50 agents chargés des demandes d’asile. La lenteur de la bureaucratie, ainsi que le manque d’informations claires, sont frustrants pour les migrants qui ne peuvent pas travailler ou quitter la ville sans les documents appropriés.

« Nous n’avons jamais vu une telle situation ici, une situation aussi dramatique, aussi terrible et aussi mal gérée par l’INM (Institut national des migrations, l’agence mexicaine de l’immigration) », déclare Enrique Vidal, un activiste migrant du Centre des droits de l’homme Fray Matías de Córdoba à Tapachula. « Il s’agit d’une urgence humanitaire ».

Selon M. Vidal, des migrants ont confié à son groupe que les autorités faisaient payer jusqu’à 400 dollars pour obtenir une place dans un bus. Un responsable de l’INM n’a pas répondu à une question concernant cette accusation.

L’attente des bus est longue et cruelle

Depuis plus de deux semaines, des milliers d’Haïtiens font également la queue le long d’une haute clôture verte dans un parc situé à la périphérie de Tapachula. C’est là que les agents de l’immigration distribuent des documents portant un grand code QR, qui permet aux migrants de monter dans des bus se dirigeant vers le nord de la ville.

Il n’y a que huit toilettes portables débordantes dans le parc. Le soleil de plomb accentue l’odeur fétide. La plupart des migrants dorment sur le trottoir, ne voulant pas s’aventurer loin de leur place dans la file. Une phalange de soldats de la Garde nationale mexicaine, munis de grands boucliers anti-émeutes en plastique, patrouille dans la longue file de migrants.

Tous les jours avant midi, après seulement quelques heures de travail, un fonctionnaire de l’immigration parcourt la file avec un porte-voix annonçant que les « activités » de la journée sont terminées. Certains jours, aucun code QR n’est distribué, confient les haïtiens à NPR.

« Ils nous traitent comme des animaux », déclare Barecena Jean, également originaire d’Haïti. Elle dit qu’elle dort dans le parc depuis plus d’une semaine dans l’espoir d’obtenir une place dans un bus.

Le flux de migrants traversant le Mexique ne connaît pas de limite

Pendant une nuit de cette semaine, 15 bus sont apparus le long de l’autoroute à deux voies très fréquentée, sans aucune annonce préalable. Des centaines d’Haïtiens se sont bousculés pour monter dans les bus. Les troupes de la garde nationale ont tenté de maintenir la paix. Orelien n’a pas eu le siège tant convoité.

« La vie est vraiment difficile, je ne veux pas mourir ici, je dois juste continuer à avancer », lâche-t-il en contemplant la longue attente du prochain groupe de bus.

L’agent local de prévention des gangs, Alberto Rodriguez, qui aide à contrôler les foules de migrants, déclare que la situation est frustrante pour tous. Le flux de migrants arrivant en ville semble interminable.

« Un jour, 800 d’entre eux peuvent partir, mais 1 000 autres arrivent juste derrière eux », explique Rodriguez en secouant la tête en signe d’exaspération.

source : On Mexico’s southern border, the latest migration surge is Haitian (npr.org)

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