4 avril 2026
CARDH : La population se meurt !!! La société civile et politique se bat pour le pouvoir post Jovenel Moïse, le gouvernement s’y accroche
Actualités Société

CARDH : La population se meurt !!! La société civile et politique se bat pour le pouvoir post Jovenel Moïse, le gouvernement s’y accroche

Mercredi 27 octobre 2021 ((rezonodwes.com))–

Table des matières

Sigles et abréviations. 3

I. Resumé.. 4

II. Introduction.. 5

III. Dégradation accélérée des conditions de vie.. 6

1. Augmentation du kidnapping. 6

2. Crise de carburant. 7

2.1. Situation. 7

2.1. Conséquences. 8

3. Augmentation des prix en moyenne de 20%, certains produits quasiment doublés. 9

4. Négation du droit à l’éducation à Matissant, au Centre-Ville à Cité Soleil….. 10

5. Refoulement massif des Haïtiens de l’étranger. 11

5.1. Etats-Unis d’Amérique. 11

5.2. De la République dominicaine. 12

5. 3. Enfer des réfugiés et indifférence des autorités et la société civile haïtiennes. 12

6. Dégringolade des finances publiques. 13

6.1. Déficit budgétaire. 13

6.2. Perte dans la subvention de l’essence. 13

6.3. Déficit de la balance commerciale. 13

6.4. Relative stabilité fragile de la gourde. 14

6.5. Payement des produits pétroliers. 14

IV. Conclusion.. 15

Référence bibliographique.. 17

 

 

Sigles et abréviations

ANADIP              : Association nationale des distributeurs de produits pétroliers

ANAPROSS          : Association nationale de transporteurs de produits pétroliers, de

                             stations d’essence

BMPAD               : Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement

BRH                     : Banque de la République d’Haïti

CEP                      : Conseil électoral provisoire

CARDH               : Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme

DINASA                : Distributeurs nationaux S.A.

GARR                   : Groupe d’appui aux rapatriés et refugiés 

OIM                      : Organisation internationale de la migration

MEF                     : Ministère de l’économie et des finances

I. Résumé

  1. Après l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet dernier, provoquant une crise inédite sans précédent dans l’histoire contemporaine d’Haïti (dysfonctionnement du Parlement, de la Justice et de l’Exécutif), la société civile et politique s’enlise dans une lutte pour le pouvoir.
  • Chaque groupe, par son approche et même par son « idéologie », prétend être capable de mieux résoudre la crise politique. Lequel d’entre eux s’acharne à s’attaquer véritablement aux maux auxquels le pays est confronté aujourd’hui ?
  • Les gangs contrôlent en moyenne 60% du territoire et se renforcent, alors que le niveau moral et opérationnel de la police est le plus bas (échec des opérations d’ « élite ») : Alliances stratégiques, cessation de combats, conquête territoriale,  armes  sophistiquées, moyens financiers énormes, processus d’endoctrinement de la masse…
  • Haïti est devenu le pays ayant le taux de kidnapping par habitant le plus élevé au Monde (The Washington Post) : 828 rapts sont recensés du 1er janvier au 16 octobre 2021, dont 54 étrangers de quatre pays.
    •  
    • Depuis des mois, la pénurie de carburant a provoqué un dysfonctionnement social : fermeture annoncée des hôpitaux et des médias ; transports, commerce… largement affectés.
  • Depuis l’assassinat du président, les prix des produits de consommation ont connu une hausse en moyenne de 20%, compliquant ainsi la situation des plus vulnérables.
  • Une véritable chasse à l’homme contre les Haïtiens prenant des risques impensables pour atteindre particulièrement la frontière américaine (viols, maladies, attaques d’animaux dans les forêts…). Du 19 septembre au 19 octobre, 10.831 sont rapatriés, dont 7.915 des États-Unis d’Amérique. De mai à septembre, 170.936 de la République dominicaine.
  • On assiste à une négation du droit à l’éducation dans les zones vulnérables. Des locaux d’établissements scolaires sont transformés en bases de bandits voulant enrôler des enfants (5 ans).
  • Ce rapport développe ce sombre tableau afin que les acteurs comprennent l’urgence de résoudre la crise socio-économique, notamment le kidnapping et la pénurie de carburant qui provoquera une tuerie en masse.

II. Introduction

  • L’assassinat du président Jovenel Moïse, durant la nuit du 7 juillet 2021, dans des conditions géopolitiques[1] non encore élucidées, aggrave considérablement la fragile crise institutionnelle dans laquelle se trouvait Haïti : Parlement[2] et Justice dysfonctionnels[3], institution électorale (CEP) inconstitutionnelle et contestée[4]
  • Les politiques, la société civile et le gouvernement intérimaire, installé le 20 juillet, n’arrivent pas à conclure un accord inclusif pour doter le pays d’un cadre de gouvernance devant créer les conditions propices à la réalisation d’élections[5] démocratiques desquelles sortiront les élus légitimes.
  • Cette situation donne lieu à, au moins, deux conséquences majeures. D’abord, la passivité des autorités : le gouvernement intérimaire, se croyant n’avoir aucune obligation de résultats, est resté passif. Ensuite, la dégradation accélérée des conditions de vie, par l’augmentation de la criminalité et du kidnapping suivi de tortures physiques et morales, de viols, de rançon jusqu’à 1 million de dollars américains. La relative « classe moyenne » haïtienne, déjà fragile, bascule dans la pauvreté.  Des victimes ont dû laisser Haïti.
  • Chacun de ces trois secteurs se croit légitime pour imposer sa vision. En conséquence, ils se livrent à une bataille pour le pouvoir, alors que les intérêts réels de la population, notamment les couches les plus vulnérables (majoritaires) en proie à la criminalité, à la misère et à l’indignité, ne sont pas au premier plan.
  • Ce contexte amène le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) à mettre une fois de plus[6] sur le devant de la scène la criante réalité socio-économique de la population afin que les acteurs en soient conscients et y accordent la préséance.

III. Dégradation accélérée des conditions de vie

  • De nombreux facteurs peuvent expliquer la dégradation accélérée des conditions de vie en Haïti. Cette analyse prend en compte : le kidnapping ; la crise de carburant ; l’augmentation des prix en moyenne de 25% ; la négation du droit à l’éducation à Martissant, au Centre-Ville, au bas de Delmas et à Cité Soleil ; le refoulement massif des Haïtiens de l’étranger ; la dégringolade des finances publiques.

1. Augmentation du kidnapping

  • Le premier problème auquel la population haïtienne est confrontée est l’augmentation de la criminalité dont le kidnapping. De juillet à septembre 2021, les rapts ont augmenté de près de 300%, totalisant 221 ainsi répartis :  31 pour le mois de juillet, 73 pour le mois d’août et 117 pour le mois de septembre[7].
  • Pour la première moitié d’octobre (1er au 16), 119 enlèvements[8] ont été recensés, totalisant 340 du 1er juillet au 16 octobre.
Evolution des rapts de juillet au 16 octobre

  • La plupart des femmes kidnappées sont violées et ont subi de violences extrêmes. Après leur libération, elles tombent dans un traumatisme « éxageré».
  • L’église, mécanisme de socialisation, est dans l’œil du cyclone. Des membres sont kidnappés ou tués dans l’enceinte même de l’église. Haïti tend vers l’anomie[9].  Plus de 40 enlèvements de janvier au 16 octobre.
  • La criminalité atteint une proportion dramatique : on vit dans la peur au quotidien, la vie n’existe quasiment pas, notamment à Port-au-Prince… Cette situation est renforcée depuis des mois par une crise de carburant.

2. Crise de carburant

2.1. Situation

  • Rareté en raison de la guerre des gangs. Les affrontements officiels entre les gangs à Martissant (Gran Ravin/Village-de-Dieu/ Ti Bwa), depuis le 1er juin dernier, et ceux de Cité Soleil ont occasionné une rareté de carburant. Pendant au moins six (6) jours, du 1er au 6 juin, le blocage de la route nationale #2 a empêché le terminal de Thor (Carrefour) d’alimenter les stations de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et des villes de province (il en est de même pour celui de Varreux).
  • Détérioration de la situation. N’ayant pas la mission et l’expertise en cette matière, le BMPAD est l’une des causes du problème. Sans appel d’offres et dans l’opacité (corruption), il aurait utilisé le West Indies Petroleum, petite compagnie sans capacité financière, pour alimenter le marché dont le besoin mensuel est de 250.000 barils (60 millions de dollars américains). Le marché est désormais alimenté par : 30.000 barils, 17.000, 47.000… Depuis 2018, il y a un conflit entre le BMPAD et les compagnies importatrices de pétrole.
Quand au hasard une pompe vend au compte-gouttes du carburant. ©Le Filet Infos

  • L’importation en quantité insuffisante et sur une base irrégulière est aussi source d’insécurité à laquelle le pays est confrontée, a déploré David Turnier, président de l’Association nationale des distributeurs de produits pétroliers.
  • Depuis juin, l’État ne paie pas aux compagnies leur dû relatif à la subvention des prix : NOVUM (29 millions) ; RUBIS (32 millions) ; PREBLE RISH HAITI (29 millions).
  • Intégration du marché pétrolier. Les gangs détournent systématiquement des camions d’essence vers leurs sites d’opérations : Wharf Jérémie ; Zones d’Aciérie d’Haïti ; Drouillard. Le 5 octobre, trois camions ont été détournés, deux autres le jour suivant. L’essence détourné est vendue au marché noir. Parfois, les bandits négocient un prix pour récupérer la cargaison, le camion et les chauffeurs, a souligné Marc André Dériphonse, responsable de l’Association nationale de transporteurs de produits pétroliers, de stations d’essence (ANAPROSS). 

2.1. Conséquences

  • Dysfonctionnement social. Étant un produit transversal, la pénurie de carburant a considérablement affecté le fonctionnement de la société : hôpitaux, écoles, universités, travail, transports, communication, médias…
  • A partir du lundi 25 octobre, les services hospitaliers seront dysfonctionnels (Association des hôpitaux privés d’Haïti). Les hôpitaux St Luc et Saint Damien (Tabarre/Port-au-Prince), Convention Baptiste d’Haïti (Cap-Haïtien) et La Providence (Gonaïves /Artibonite) ont annoncé leur fermeture. Les hôpitaux n’ont pas d’oxygène, certains ne reçoivent plus de patients… Les enfants en pédiatrie, les femmes en maternité, les adultes, les patients de la Covid-19, les malades admis en soins intensifs seront les premiers à être affectés.  
  • Dans une note publiée ce jeudi 21 octobre, la Digicel a informé que plus de 15% de ses sites étaient dysfonctionnels (150 antennes en panne de diesel sur 1.500). D’ici lundi 25, près de 40% seront affectés. Des émissions radio télédiffusées interrompues, des bureaux ne fonctionnent pas pendant des jours, les chauffeurs de taxis gagnant leur vie au quotidien sont en désarroi…
  • Destruction des vies et des biens, création d’un marché dont le coût du gallon de la gazoline est à plus de 500/%… Après des heures, voire une journée, dans la file d’attente, la situation tourne au vinaigre : dérapages, tueries… Le 22 octobre, un citoyen a reçu une balle dans une pompe à essence à Delmas 43.
  • Le gallon de gazoline se vend au marché noir jusqu’à 1.500 gourdes (plus de 700%). Des maisons de stockage ont pris feu, occasionnant des décès : A Petit-Goâve quatre maisons et le vendeur calciné (21 septembre) ; au Cap-Haïtien plusieurs maisons, 200 motocyclettes et deux personnes, dont un enfant, calcinés (25 et 27 septembre) ; à Debussy (Port-au-Prince) une maison (17 septembre) ; à Limonade (Nord) sept maisons (23 octobre) …
  • Grèves et manifestations suivies de violence. A l’appel des syndicats de transports, plusieurs journées de grève ont été suivies à Port-au-Prince et dans des villes de province pour dénoncer la situation, particulièrement celles du 4, des 18 et 19 octobre. Les chauffeurs de motos ont bloqué plusieurs zones de la capitale et des villes de province. Parallèlement, les produits de consommation ont augmenté.

3. Augmentation des prix en moyenne de 30%, certains produits quasiment doublés

  • Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, les prix des produits de consommation ont augmenté en moyenne de 30 %. Cela complique davantage la fragilité socioéconomique dans laquelle se trouvaient les couches les plus vulnérables. Ainsi, le CARDH a dépêché des enquêteurs sur le terrain pour avoir un échantillon de prix (indicateurs). Dans les provinces, les coûts sont plus hauts.
 ProduitsPrix (juillet 2021)Prix (octobre 2021)
1Riz (Petite marmite « doum »)65 gourdes90 gourdes
2Huile (Petite marmite « doum »)30 gourdes45 gourdes
3Spaghetti (sachet)35 gourdes65 gourdes
4Lait (petite boîte)30 gourdes55 gourdes
6Œuf (parquet de trois)35 gourdes60 gourdes
7Maïs (Petite marmite « doum »)70 gourdes90 gourdes
8Farine (Petite marmite « doum »)40 gourdes60 gourdes
9Maggi(unite)10 gourdes15 gourdes
10Sucre (Petite marmite « doum »)70 gourdes90 gourdes

Tableau des prix du 15 juillet au 23 octobre 2021

4. Négation du droit à l’éducation à Martissant, au Centre-Ville à Cité Soleil…

  • Les affrontements dans la zone métropolitaine ont provoqué environ 10.000 déplacés, dont 2.000 de Martissant (1.500 installés au centre sportif de Carrefour), et un besoin d’assistance humanitaire pour 60.000 personnes[10]. Les gangs de Grand-Ravin, de Ti Bwa et de Village-de-Dieu ont fait, du 1er au 6 juin, plus d’une soixantaine de décès, dont une cinquantaine le 3 juin[11].
  • L’année scolaire a officiellement débuté le 21 septembre 2021. Cependant, Martissant, bas de Delmas, Centre-ville et Cité Soleil sont encore sous le contrôle des gangs. Certaines écoles leur servent de bases : école nationale Emérante Papailler à Martissant 23 (base du gang de Gran Ravin) ; école nationale Tertullien Guilbaud, Centre-ville (base de krache dife)[12].
  • Les bandits s’opposent au déplacement des écoles (école nationale République du Pérou par exemple) et veulent enrôler les enfants dans la criminalité. Une vidéo virale a montré un bandit forçant un enfant de cinq (5) ans à prendre une arme (tiens l’arme !). L’enfant a crié en ces termes : « Non ! Manman mwen pa vle mwen antre nan chimè (gang), lap bat mwen… » (Non ! Ma maman ne veut pas que je devienne un bandit, elle va me tabasser…)[13].
  • Le Centre sportif de Carrefour, logeant plus de 1.500 déplacés de Martissant, compte 300 enfants en âge de scolarisation qui ne sont toujours pas amenés à l’école.
  • De 4ème avenue Bolosse à Fontamara 27, il y a environ 90 écoles privées et neuf (9) écoles publiques. Du bas de Delmas à la rue des Miracles, en passant par La Saline, il y a au moins 27 écoles publiques. La commune de Cite Soleil en compte plusieurs[14].
  • A ce tableau déshumanisant, s’ajoute des dizaines de milliers d’Haïtiens fuyant l’enfer d’Haïti pour se réfugier un peu partout en Amérique, déportés, rapatriés dans les conditions inhumaines les plus extrêmes.

5. Refoulement massif des Haïtiens de l’étranger

5.1. Etats-Unis d’Amérique

  • Des images choquantes d’Haïtiens traqués par des gardes-frontières à cheval du Texas (pont de Rio Grande), une situation apparentée à une « chasse à l’homme », ont fait le tour du Monde[15]. Des milliers de réfugiés s’y trouvaient, dont 15. 000 Haïtiens[16]. Pour la seule journée du 19 septembre, 272 Haïtiens ont été rapatriés. Certains ont expliqué avoir été traités dans l’indignité la plus totale à la frontière et à la prison au Texas[17].
Des Haïtiens traqués par des gardes-frontières à cheval du Texas à Rio Grande

  •  Selon l’Organisation internationale de la migration (OIM), 10. 831 Haïtiens sont rapatriés du 19 septembre au 19 octobre, dont 7.915 proviennent des États-Unis d’Amérique, soit 73%[18].
  • Entré en fonction le 20 janvier 2021, le président démocrate américain, Joe Biden, a intensifié le processus de déportation.[19]Au nom du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes[20] », chaque pays est libre de définir sa politique migratoire et de sécurité intérieure. Toutefois, cette politique doit respecter la dignité humaine, les principes qui sous-tendent les droits humains (égalité, non-discrimination…) et la morale internationale.

5.2. De la République dominicaine

  • Tous les regards sont fixés sur la vague des migrants, majoritairement Haïtiens, sous le pont Del Grande de la frontière mexico-américaine. Cependant, la déportation et l’expulsion des Haïtiens dans des conditions inhumaines et dégradantes (chasse à l’homme) se font à longueur de journée en République dominicaine. De mai à septembre, 170. 936 Haïtiens ont été rapatriés et 262.678 retournés volontairement, soit 433.614, pour le mois de septembre, 27.792 expulsés[21].

5. 3. Enfer des réfugiés et indifférence des autorités et la société civile haïtiennes

  • Des Haïtiens ont expliqué avoir traversé jusqu’à dix (10) pays pour atteindre la frontière mexico-américaine. Ils ont affronté au péril de leur vie Darien, forêt tropicale entre la Colombie et le Panama, escaladé des montagnes pendant de longues heures, affronté des agresseurs sexuels, des voleurs armés, des animaux sauvages[22]…Certains sont morts : faim, attaques d’animaux, maladies… (au moins cinq parmi 15 migrants retrouvés à Daríen[23]).
Des Haïtiens dans la forêt de Darién entre la Colombie et le Panama ©Le Nouvelliste

6. Dégringolade des finances publiques

6.1. Déficit budgétaire

  • D’octobre 2020 à juin 2021, les recettes totalisaient 69,7 milliards de gourdes et les dépenses 174,8 milliards. Ce déficit a conduit à un financement monétaire de 40, 2 milliards de gourdes de la Banque de la République d’Haïti (BRH) [24], alors que le plafond de financement était fixé à 39,3 milliards dans le pacte de gouvernance économique et financière signé entre le ministère de l’Économie et des finances (MEF) et la BRH.

6.2. Perte dans la subvention de l’essence.

  • L’État a perdu plus de 30 milliards de gourdes durant l’exercice précédent dans la subvention des produits pétroliers[25]. Ce déficit sera augmenté pour l’exercice en cours à cause du renchérissement des coûts sur le marché international.

6.3. Déficit de la balance commerciale

  • Les importations ont atteint 3,4 milliards de dollars américains contre 700 millions pour les exportations[26].

6.4. Relative stabilité fragile de la gourde

  • Les injections de la BRH sur le marché des changes cette année sont chiffrés au total à 348 millions de dollars américains[27].

6.5. Payement des produits pétroliers

  • Pour permettre au pays de payer la facture des produits pétroliers cette année, la BRH a déboursé 550 millions de dollars, contre 194 millions l’année dernière [28]. Pour calmer les pressions sur le marché des changes et rendre possible l’importation des produits pétroliers, cette année, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a puisé dans ses réserves près de 900 millions de dollars[29].
  • Or, ces actions ne résoudent pas en réalité le problème qui fait son petit bonhomme de chemin. En effet, comme souligné plus haut, Haïti est dans une crise de carburant depuis près de trois mois.

IV. Conclusion

  • Les gangs sur le point d’un proto État. Contrôlant en moyenne 60% du territoire et disposant d’armes modernes et beaucoup d’argent[30], les gangs se renforcent et tentent de rallier la population vulnérable à leur « cause ». Disposant de leur propre média en ligne, ils diffusent leur message à temps, exposent en direct la misère de la population[31], produisent des tubes musicaux…[32]
  • Accompagné de sa troupe (400 Mawozo), Lanmò 100 jou, dans une vidéo publiée le 21 octobre, a annoncé que les 17 otages américains (16) et Canadien (1) avaient chacun une arme braquée sur la tête et seraient exécutés si son exigence n’était pas satisfaite (17 millions de dollars américains / 1 million par otage). Entre les lignes, il a aussi dit que les otages seraient exécutés, s’il était capturé par le FBI. Lanmò 100 jou a aussi menacé le Premier ministre intérimaire et le directeur de la PNH (remplacé) : « vous allez verser des larmes de sang ! »
  • Le gouvernement américain a qualifié 400 Mawozo de terroriste : « le gouvernement ne négocie pas avec les terroristes ». Cela pourrait expliquer la vidéo de Jimmy Chérisier, alias Barbecue, avec sa troupe, le 22 octobre, réaffirmant que le G9, groupe révolutionnaire, n’est pas impliqué dans le kidnapping.
  • Ce nouveau discours public de 400 Mawozo se rapproche de celui des groupes dits terroristes dans le Monde. De nombreux facteurs internationaux devraient être pris en compte dans le développement de la criminalité en Haïti, notamment l’extension des gangs et les enlèvements dont la rançon exigée va jusqu’à 1 million de dollars américains.
  • Où vont les millions de dollars américains du kidnapping ? Par quel mécanisme intègrent-ils l’économie ? Quel secteur en dispose la capacité ? Quid des prochaines élections ?
  • La crise de carburant provoquera une tuerie. Officiellement, les hôpitaux commencent à fermer leurs services (manque d’oxygène…). Des décès sont déjà enregistrés[33]. Une tuerie s’annonce[34] ! En outre, cet état de choses provoque un dysfonctionnement social et, parallèlement, une hausse des prix (en moyenne 25%) dans un contexte de grande précarité et de misère. 
  • Absence de leadership politique. Le gouvernement intérimaire montre son incapacité face à la détérioration des conditions de vie des citoyens. S’il faut admettre qu’il n’a pas encore un accord inclusif, cependant il a l’obligation d’agir. D’ailleurs, il est reconnu par la société internationale[35].
  • Urgence d’un accord sur la sécurité et la crise de carburant. Le gouvernement intérimaire et la société civile et politique doivent immédiatement s’entendre sur un plan de sécurité et résoudre la crise de carburant. Ces deux questions doivent être dépolitisées, sinon c’est le chaos total qui servira de butin de guerre aux mains invisibles.  

Référence bibliographique

A. Instruments juridiques

1. Constitution haïtienne.

2. Charte des Nations Unies.

B. Rapports/ Communiqués

3. Organisation internationale de la migration

• « SITUATIONAL REPORT RETURNS OF MIGRANTS AND RECEPTION ASSISTANCE IN HAITI 19 September to 19 October 2021 », No 1.

4. Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires

• « des vies risquent d’etre perdues en Haïti ».

COMMUNIQUE DE PRESSE : Des vies « risquent d’être perdues » en Haïti si les livraisons de carburant n’atteignent pas les hôpitaux   | BINUH (unmissions.org)

5. Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH)

• « L’assassinat du président Jovenel Moïse dissimule-t-il des enjeux géopolitiques ? Pistes et réflexions », Rapport thématique II, 30 avril.

• « 7 février 2021Fin du mandat constitutionnel présidentiel, version complétée », 30 mai 2021.

•« Dysfonctionnement de l’État, Le décès du président de la Cour de cassation, René Sylvestre «normalise» le dysfonctionnement de fait de la Justice », 28 juin 2021.

• « Lettre aux membres de la Cour de cassation : Renouvellement de la requête s’opposant à la prestation de serment des membres du CEP nommés », 2 octobre 2021.

• « Quinquennat de Jovenel Moïse. Droits sociaux et économiques : un massacre imminent au-delà des tueries par balle dans des quartiers populaires », 24 juillet 2020.

• « Kidnapping : Bulletin trimestriel juillet-août- septembre 2021 (# 5) », 7 octobre 2021.

• « Cellule d’observation de la criminalité Bulletin # 6 (mi-octobre) », 19 octobre.

• « Droit à l’éducation : Martissant, bas de Delmas et Cité Soleil jetés aux oubliettes » septembre 2021.

• « Déportation massive des Haïtiens par l’administration Joe Biden, La politique migratoire doit respecter la dignité humaine », 21 septembre 2021.

6. Groupe d’appui aux rapatries et refugiés

• « Rapport des rapatriés et retours spontanés », septembre 2021.

C. Journaux

7. Journal Libération

• « A la frontière américano-mexicaine, 15 000 Haïtiens réfugiés sous un pont », 19 septembre 2021.

https://www.liberation.fr/international/amerique/a-la-frontiere-americano-mexicaine-15-000-haitiens-refugies-sous-un-pont-20210919_5JK2SVGD35AVXBSGQTFTGNINRQ/

8. Journal Le Nouvelliste

• « États-Unis : 12 vols de déportation vers Haïti entre le 1er et le 15 février 2021 », 18 février.

https://lenouvelliste.com/article/226425/etats-unis-12-vols-de-deportation-vers-haiti-entre-le-1er-et-le-15-fevrier-2021

• « Des finances publiques alarmantes », 2 août 2021.

Le Nouvelliste | La BRH a puisé près de 900 millions de dollars dans ses réserves pour l’importation des produits pétroliers et stabiliser la gourde

D. Autre

9. Encyclopædia Universalis

ANOMIE – Encyclopædia Universalis


[1]CARDH : « L’assassinat du président Jovenel Moïse dissimule-t-il des enjeux géopolitiques ? Pistes et réflexions », Rapport thématique II, 30 avril.

[2] CARDH « 7 février 2021 Fin du mandat constitutionnel présidentiel, version complétée », 30 mai 2021.

[3] CARDH : « Dysfonctionnement de l’État, Le décès du président de la Cour de cassation, René Sylvestre, « normalise » le dysfonctionnement de fait de la Justice », 28 juin 2021.

[4]  CARDH et al. « Lettre aux membres de la Cour de cassation : Renouvellement de la requête s’opposant à la prestation de serment des membres du CEP nommes », 2 octobre 2021.

[5] Selon l’article 58 et suivants de la Constitution, la souveraineté réside dans l’universalité des citoyens qui en délègue l’exercice aux représentants des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, à travers des élections.

[6] CARDH : « Quinquennat de Jovenel Moïse. Droits sociaux et économiques : un massacre imminent au-delà des tueries par balle dans des quartiers populaires », 24 juillet 2020.

[7] CARDH: « Kidnapping : Bulletin trimestriel juillet-août- septembre 2021 (# 5) », 7 octobre 2021

[8] CARDH: « Cellule d’observation de la criminalité Bulletin # 6 (mi-octobre) », 19 octobre.

[9]  Forgé par E. Durkheim, le concept d’anomie est un des plus importants de la théorie sociologique caractérisant la situation où se trouvent les individus lorsque les règles sociales qui guident leurs conduites et leurs aspirations perdent leur pouvoir. ANOMIE – Encyclopædia Universalis

[10] CARDH : « Droit à l’éducation : Martissant, bas de Delmas et Cité Soleil jetés aux oubliettes » sept 2021

[11] Au moins sept (7) sur la route principale (de l’église Sainte-Bernadette à Fontamara 48) ; 15 à Martissant 2A ; dix (10) à Martissant 2B ; cinq (5) à l’impasse Tempête ; 15 de Martissant 1 à 23, en passant par le pont de la Ravine Bréyard. Médecins Sans Frontières (situé à Martissant 25) a dû fermer ses portes (CARDH, op. cit.).

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] CARDH : « Déportation massive des Haïtiens par l’administration Joe Biden, La politique migratoire doit respecter la dignité humaine », 21 septembre 2021.

[16] Journal Libération.

https://www.liberation.fr/international/amerique/a-la-frontiere-americano-mexicaine-15-000-haitiens-refugies-sous-un-pont-20210919_5JK2SVGD35AVXBSGQTFTGNINRQ/

[17] Des jours dans une petite chambre à même le sol, sans couvre-lit, sans pouvoir se changer, se baigner, se brosser les dents…

[18] Cuba 11%, Bahamas 10% et le Mexique 2%, 4% des Iles Turk-and-Caïcos

UN MIGRATION : « SITUATIONAL REPORT RETURNS OF MIGRANTS AND RECEPTION ASSISTANCE IN HAIT, 19 September to 19 October 2021 », No 1.

[19]Du 1er au 15 février 2021, l’Agence de police douanière et de contrôle des frontières du département de la sécurité intérieure des États-Unis (DHS) a organisé 71 déportations, par avion, à destination de 10 pays d’Amérique latine et des Caraïbes, dont 12 vers Haïti.

 Journal Le Nouvelliste.

https://lenouvelliste.com/article/226425/etats-unis-12-vols-de-deportation-vers-haiti-entre-le-1er-et-le-15-fevrier-2021

[20] Charte des Nations Unies, Article 1er (al. 1).

[21] Groupe d’appui aux rapatries et refugies : « Rapport des rapatries et retours spontané », sept. 2021.

[22] Le Nouvelliste : « Parcours d’une famille haïtienne pour vivre son rêve américain », 8 octobre 2021 

[23] Associate Press cité par le facteur (https://lefacteurhaiti.com/2021/10/05/migration-des-migrants-haitiens-retrouves-morts-dans-la-foret-el-darien-enterres-en-debut-de-semaine/

[24] Pour le premier trimestre (octobre à décembre 2020), les recettes publiques s’élevaient à 25,3 milliards de gourdes alors que les dépenses totalisaient 48,9 milliards, un pourcentage supérieur de 82, 8 % aux recettes publiques, ce qui a occasionné un financement monétaire de 20,7 milliards de gourdes. Pour le deuxième trimestre (janvier à mars 2021), les recettes étaient de 22,6 milliards de gourdes, une diminution de 10,7 %, et les dépenses 41,3 milliards, une diminution de 15,5 %. Pour le troisième trimestre, les recettes étaient de 21,8 milliards, encore plus faibles que les deux premiers trimestres, alors que les dépenses s’élevaient à 84,6 milliards de gourdes. Les dépenses publiques représentaient alors 288,1 % des recettes publiques ou encore près de quatre fois les recettes publiques du troisième trimestre.

Le Nouvelliste « Des finances publiques alarmantes », 2 août 2021.

[25]Michel Patrick Boisvert, ministre de l’Économie et des Finances, « travaux d’élaboration du budget 2021-2022 », 18 octobre 2021. 

[26] Jean Baden Dubois, gouverneur de la Banque centrale, « conférence de presse », Centre de convention et de documentation de la BRH, 29 août 2021.

Le Nouvelliste | La BRH a puisé près de 900 millions de dollars dans ses réserves pour l’importation des produits pétroliers et stabiliser la gourde

[27] Ibid.

[28] Ibid.

[29] Ibid.

[30]1) directement du Pouvoir en place (fonds envoyés périodiquement) ; 2) indirectement à partir des nominations imposées dans l’administration publique (ministère des Affaires sociales et du Travail/ Caisse d’assistance sociale, par exemple) ; 3) par des entreprises du secteur privé (certaines pour leur sécurité) ; 4) indirectement d’ONG pour la réalisation de projets (les chefs de gangs ont des entreprises : fondation, business…) ;  5) du kidnapping ; 6) des assassinats politiques et autres ; 7) des frais journaliers et hebdomadaires imposés aux petits et moyens commerçants ; 8) des taxes (électricité, eau, stations d’autobus, exploitation de ressources naturelles etc.). 

[31]A plusieurs reprises, Jimmy Chériser, alias Barbecue, fait des vidéos en direct du marché de la Croix-des-Bossales où ils exposent la pauvreté et la salubrité dans lesquelles vivent les marchands et en imputent la responsabilité à l’État.

[32] IZO 5 secondes, chef de Village-de-Dieu, vient de publier une music (rap) dans laquelle il accuse l’État d’en être responsable. 

[33] Le CARDH dispose d’une liste.

[34] Dans  un communiqué publié le 24 octobre, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires en Haïti souligne que « des vies risquent d’etre perdues(…) ».

COMMUNIQUE DE PRESSE : Des vies « risquent d’être perdues » en Haïti si les livraisons de carburant n’atteignent pas les hôpitaux   | BINUH (unmissions.org)

[35]  Monsieur Ariel Henry, premier Ministre, est intervenu à la 76ème session de l’Assemblée générale de l’ONU

CARDH
Centre d’analyse et de recherche
en droits de l’homme
3, Rue Charlevoix, Bourdon, Port-au-Prince, Haïti
(509) 28 11 79 44/36 10 69 09

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.