Turquie : Erdogan ordonne l’expulsion des ambassadeurs de 10 pays, dont la France et le Canada

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Turkey's President Recep Tayyip Erdogan talks following his cabinet meeting in Ankara, Turkey, Monday, May 17, 2021. Erdogan slammed U.S President Joe Biden, accusing him of "writing history with his bloody hands" following reports of a multi-million dollar weapons sale to Israel by his administration. Erdogan also said Jerusalem should be administered by an international commission made up of Jewish, Christian and Muslim representatives. (Mustafa Kamaci/Turkish Presidency via AP)

Dimanche 24 octobre 2021 ((rezonodwes.com))–

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré samedi que les ambassadeurs de dix pays dont la France, l’Allemagne et les États-Unis qui ont lancé un appel en faveur de la libération de l’opposant Osman Kavala seront déclarés «persona non grata».

«J’ai ordonné à notre ministre des Affaires étrangères de régler au plus vite la déclaration de ces 10 ambassadeurs comme persona non grata», a affirmé le chef de l’État lors d’un déplacement dans le centre de la Turquie, sans toutefois donner une date précise. Ces ambassadeurs «doivent connaître et comprendre la Turquie», a affirmé Recep Tayyip Erdogan en les accusant «d’indécence». «Ils devront quitter» le pays «s’ils ne le connaissent plus», a-t-il ajouté.

Mesure rare dans les relations internationales, déclarer «persona non grata» des diplomates ouvre la voie à leur expulsion ou leur rappel par leur propre pays. Selon une source diplomatique allemande, les dix pays concernés se concertaient samedi soir, sans avoir toutefois reçu de notification officielle de la mesure.

«Du matin au soir ils (les diplomates) répètent: Kavala, Kavala… Mais celui dont vous parlez, Kavala, c’est l’agent de Soros en Turquie», a affirmé le président Erdogan durant une réunion publique, faisant une nouvelle fois référence au milliardaire américain d’origine hongroise George Soros auquel il compare régulièrement l’opposant. Emprisonné depuis quatre ans sans jugement, Osman Kavala est accusé depuis 2013, par le régime du président Erdogan, de vouloir déstabiliser la Turquie.

«Rien qui puisse justifier l’expulsion»

Dans un communiqué publié lundi soir, le Canada, la France, la Finlande, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède et les États-Unis avaient appelé à un «règlement juste et rapide de l’affaire» Osman Kavala, homme d’affaires et mécène turc devenu une bête noire du régime, emprisonné depuis quatre ans sans jugement. Le chef de l’État turc avait ensuite brandi la menace d’une expulsion à son retour d’une tournée africaine, jeudi.

Parmi les premiers pays à réagir, samedi soir, la Suède, la Norvège, le Danemark et les Pays-Bas ainsi que l’Allemagne ont fait savoir qu’ils n’avaient reçu aucune notification officielle concernant leurs ambassadeurs respectifs à ce stade. Un peu plus tard, les États-Unis ont fait de même.

«Nous sommes au courant de ces informations et cherchons à en savoir plus auprès du ministère turc des Affaires étrangères», a indiqué samedi un porte-parole du Département d’État américain. «Notre ambassadeur n’a rien fait qui puisse justifier l’expulsion», a affirmé une porte-parole du ministère norvégien des Affaires étrangères, Trude Måseide, citée par l’agence de presse NTB, ajoutant que son pays «continuera d’exhorter la Turquie à adhérer aux normes démocratiques».

«Nous sommes actuellement en consultation intensive avec les neuf autres pays concernés», a de son côté annoncé le ministère allemand des Affaires étrangères. Plusieurs parlementaires néerlandais ont réagi sur les réseaux sociaux. «À juste titre, l’ambassadrice néerlandaise en Turquie a entre autres appelé à mettre en œuvre les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme. Désormais, les 27 pays de l’UE doivent se rallier à cela», a tweeté la parlementaire travailliste Kati Piri.

«Un procès équitable n’est plus possible»

En décembre 2019, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait ordonné la «libération immédiate» de M. Kavala – en vain. À 64 ans, cette figure majeure de la société civile, homme d’affaires richissime et philanthrope, né à Paris, a été maintenue en détention début octobre par un tribunal d’Istanbul qui a estimé «manquer d’éléments nouveaux pour le remettre en liberté».

Osman Kavala, qui a toujours nié les charges pesant contre lui, comparaîtra de nouveau le 26 novembre. Arrêté initialement pour sa participation au mouvement anti-gouvernemental dit de Gezi en 2013, époque à laquelle Recep Tayyip Erdogan était Premier ministre, il a ensuite été accusé de tentative de coup d’État et d’espionnage.

Dans un entretien récent à l’AFP, Osman Kavala a estimé que sa détention permet au régime de Recep Tayyip Erdogan de justifier ses «thèses complotistes». «Considérant qu’un procès équitable n’est plus possible dans ces circonstances, je pense que cela n’a aucun sens pour moi d’assister aux audiences à venir», a-t-il annoncé vendredi via ses avocats. Le Conseil de l’Europe a récemment menacé la Turquie de sanctions, qui pourront être adoptées lors de sa prochaine session (30 novembre au 2 décembre) si l’opposant n’est pas libéré d’ici là.

Le chef de l’opposition Kemal Kiliçdaroglu a estimé que la menace d’une prochaine expulsion des ambassadeurs risquait de «précipiter le pays dans le gouffre».

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