Lettre ouverte à l’attention de
Monsieur le président des États-Unis d’Amérique,
Joe Biden.
1600, Pennsylvania AvenueNW Washington DC
Objet: Une dénonciation sans équivoque du silence complice de votre gouvernement sur la situation sociopolitique en Haïti.
Paris le 12 février 2021 ((rezonodwes.com))–
Monsieur le Président,
Un peu comme une bouteille jetée à la mer, je vous adresse cette correspondance sans être pour autant certain qu’elle ne vous parvienne un jour. Mais pour l’Histoire et pour ma progéniture en particulier, je me fais l’obligation de m’adresser à l’homme le plus influant et le plus puissant du monde.
Succinctement, Monsieur le président, cette correspondance vous est adressée par un nègre, un nègre né sur le sol d’Haïti mais vivant sur le vieux continent, l’Europe. Un nègre formé et imprégné des grandes idées et des valeurs démocratiques ayant façonné le monde occidental. Et d’ailleurs, je ne cesse de me questionner sur le fait que d’un côté, les capitales occidentales cultivent les valeurs démocratiques et de l’autre, cautionnent ailleurs des régimes autoritaires n’ayant cure du respect des droits de l’homme.
Une telle attitude révèle une hypocrisie sans nom, je la denoce à mon risque et péril, et encore une fois, mon corps aux chiens et mon âme au Panthéon des Dieux du Vaudou.
Le nègre que je suis, admirateur de Marin Luther King et dans les veines duquel, coule à flot le sang de Jean-Jacques Dessalines, de Makandal et de Toussaint Louverture, refuse dans la situation sociopolitique de son pays d’accepter l’inacceptable. De ce fait, c’est en connaissance de cause, que ce nègre ose publiquement vous interpeller sur le silence complice de votre administration sur les violations des droits de la personne dont se rend systematiquement coupable l’apprenti dictateur et votre protégé, Jovenel Moïse.
A mon humble avis, outre une révolte populaire à la Dessalinienne, vous êtes le seul Monsieur le président à avoir le pouvoir de freiner les velléités dictatoriales de l’inculpé Jovenel Moïse. Vous taire Monsieur Biden, c’est vous rendre complice des exactions des plus graves des droits du peuple haitien. Au vue et su de tous, mes compatriotes hurlent leur douleur et votre administration encourage leur bourreau, en la personne de l’inculpé Jovenel Moïse, à appuyer davantage son genou sur leur cou. En digne héritier de mes aïeux, je prends le risque d’exprimer librement mes sentiments à votre égard et à l’égard de l’international. Monsieur le président, la maison d’Haïti brûle, vous ne pouvez vous payer le luxe de regarder ailleurs, au risque de voir sur vos côtes, des milliers de mes compatriotes fuyant les atrocités de l’inculpé Jovenel Moïse.
En effet Monsieur le président, à l’image de millions de citoyens du monde, je suis de ceux, ayant naïvement nourri moult espoirs dans votre élection à la tête de l’exécutif de votre pays. Une attente évidente vu l’influence des États-Unis d’Amerique sur la vie politique de notre pays. A l’inculpé Jovenel Moïse de tuer, d’assassiner, de violer les principes les plus élémentaires du droit positif haitien et à votre gouvernement et à l’international de garder un silence aussi assourdissant que répugnant.
Estampillé démocrate Monsieur le président, « ami des noirs »‘ nous dit-on, l’homme politique le plus aguerri et le plus expérimenté des États-Unis, raconte-on ça et là, il est de votre devoir de venir en aide au peuple opprimé d’Haïti, à moins qu’il en aille ainsi d’une farouche volonté, de maintenir le chaos en Haiti et ce, dans l’unique objectif de mieux servir vos intérêts impérialistes et mesquins.
Le 7 février dernier, date de fin de mandat constitutionnel de Jovenel Moïse, votre département d’Etat prétend à tort, que le mandat de l’inculpé touche à sa fin le 7 février 2022 et à charge pour lui, d’organiser les joutes électorales. Par cette prise de position en apparence naïve mais partisane, votre gouvernement se fait interprète du droit constitutionnel haitien, sans nul doute, une aberration de trop au regard du droit international public. Il va s’en dire et dans le strict respect de notre souveraineté, qu’il revient aux institutions haitiennes et à elles seules, le pouvoir d’interpréter le texte constitutionnel.
En réalité, contrairement à mes croyances, le silence complice de votre administration dans le basculement de mon pays vers une dictature sanguinaire, laisserait entendre que votre administration inscrit sa politique étrangère dans les pas de votre prédécesseur. Si tel est bien le cas Monsieur le président, j’ai bien peur que mon pays, sous vos yeux passifs et ceux de la communauté internationale, ne bascule dans une crise dont les contours pourront éventuellement nous échapper.
Monsieur le président, les États-Unis d’Amérique, chantre de la démocratie mondiale ne devrait sous aucun prétexte, cautionner un pouvoir criminel, faisant de la mauvaise gouvernance, des assassinats politiques, de la manipulation de masse, du kidnaping contre rançon et de la gangsterisation du pouvoir politique, une mode de gouvernance. Nous sommes en droit d’attendre mieux, beaucoup mieux d’un gouvernement dit démocrate.
Gangrenée par la pauvreté, par l’insécurité, par le chômage de masse et par la cherté de la vie, la société haïtienne, à l’image de Georges Floyd, est sur le point d’être asphyxiée dans l’indifférence la plus totale. Par votre indifférence Monsieur le président, vous faites vôtre, la déclaration de Donald Trump, déclaration selon laquelle, Haiti est un » shithole country », en somme, un pays de merde ne méritant nullement la moindre attention de la communauté internationale et encore moins des États-Unis.
Le peuple d’Haïti, toujours présent aux côtés de votre pays dans les moments les plus difficiles de son Histoire; à Savana le 9 octobre 1779 puis, pensant la seconde guerre mondiale avec nos aviateurs mérite mieux, beaucoup mieux que votre indifférence.
En somme, Monsieur le président, s’il est vrai qu’Haitit n’a pas à attendre d’un dirigeant etranger qu’il détermine sa politique. Toutefois, en analyste politique avisé, je n’ignore nullement qu’une simple remontrance de votre diplomatie est de nature à ramener à la raison un dirigeant haitien et ce, aussi belligérant soit-il.
Dans nos malheurs, Monsieur le président, avec ou sans l’aide des États-Unis, je nourris l’espoir que la grande nation que nous sommes finira dans un avenir non lointain, à reprendre son destin en mains.
Rien, absolument rien n’est impossible à un peuple ayant fait 1804.
Mes salutations distinguées, Monsieur le président.
Isaac Raphael Dieuphene.

