Lundi 1er février 2021 ((rezonodwes.com))–
Un dialogue pour une Non-Violence socio-politique et économique a été ma plus grande préoccupation en raison des conditions de grande violence subie par la population haïtienne ces deniers mois. En ce sens, ce texte est un article paradoxal qui cherche à remédier au phénomène violent, et s’empare de la distance critique nécessaire pour ce faire, alors même que son écriture est portée sur l’expérience des gens subis de la violence, mes constats, la force dévastatrice du phénomène du kidnapping et sa spirale implacable. Donc, ce paradoxe de violence structurelle, daté depuis des décennies en Haïti, préside à la rédaction du présent article à plusieurs niveaux.
En effet, la violence structurelle est une notion utilisée pour la première fois dans les années 1970, et généralement attribuée à Johan Galtung. Le terme désigne une forme de violence provoquée par les structures ou institutions d’une société donnée, qui empêche les individus de se réaliser. Pour Marx, rappelons-le, les idées hégémoniques dans une société sont celles de la classe dominante, seule à posséder les ressources matérielles pour prévaloir dans le social. Du discours institutionnel jusqu’aux productions culturelles, les idées des dominants imprègnent tout, les idées des dominés pouvant tout au plus être mises à jour par un travail d’élucidation dialectique des contradictions sociales qui intègrent ces discours. Chaque classe révolutionnaire doit ainsi universaliser des intérêts particuliers pour en faire des intérêts communs (Marx, III : 1080-1081) et se faire de la sorte porte-parole des autres dominés.
Une telle conception laisse à croire que la mise en place d’une nouvelle idéologie politique qui investirait la scène politique, institutionnelle et sociale en Haïti, se justifie pleinement par de nombreux constats. Des hommes sans aucune expérience de ce que c’est « la mission d’un homme politique », dans le but de profiter de détourner les fonds publics, se précipitent d’occuper la scène politique en Haïti. Avec des identités subalternisées et entremêlées de flatterie, ils sont arrivés à obtenir cette usurpation de titre. Je me rappelle qu’à l’époque de la génération (1898-1915), Justin Lherisson a peint cette réalité qui est d’actualité et même devient pire après plus de 115 ans. La Ronde est sans doute le plus important courant littéraire en Haïti. La Ronde (1898) est une revue littéraire fondée par Pétion Gérôme et Dantès Bellagarde. Elle a paru pendant quatre ans. Cette période est marquée par un grand mal-être ; les écrivains dénoncent l’obscurantisme du pouvoir, l’abîme et la situation chaotique qu’est devenue la vie haïtienne humiliée et opprimée par les grandes puissances de l’époque. Etzer Vilaire écrit Les dix hommes noirs, poème dramatique mettant en scène une tuerie collective motivée par la crise affectant la jeunesse urbaine.
Eh bien ! La jeunesse de mon pays n’a pas épargné de cette tournure dramatique en 2021. Des individus considérés, entre guillemets, comme des autorités ne se content que dans la mise en œuvre d’une politique politicienne qui déteint les préoccupations des enfants, adolescent, et les jeunes des mon pays. A cet effet, nous sommes tous témoins que souvent, les préoccupations des jeunes sont nombreuses : préoccupations existentielles et personnelles, le besoin de découvrir leur identité et leurs talents, les pulsions sexuelles, l’agression culturelle, la paresse et la recherche du confort, le manque de confiance en soi, la pauvreté des familles, le chômage des jeunes diplômés entremêlés d’une dose de l’insécurité et de la délinquance juvénile, la fuite des cerveaux, etc.
Je vois cette réalité comme une prophétie de Justin Lherisson qui est entrain de s’accomplir. Dans la famille des Pitite Caille, il a raconté la voix de Golimin l’histoire d’Eliezer Pitite Caille. Fils d’un ancien esclave menuisier, charron, ferblantier et marin de son état, Eliezer prototype de la classe populaire qui, du fait de sa fortune, se découvre des talents de politicien. Chef d’une famille assez restreinte, il peut donner libre cours à ses fantasmes sa femme Velléda est une ancienne tireuse de carte qui, après avoir exploité la crédibilité des haïtiens vodouisants, décide de fermer sa boutique et s’installe avec sa famille à Turgeau (une zone résidentielle). Ses deux enfants Etienne et Lucerie s’adonnent à leurs études en France.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui prétendent d’être des opposants au « pthtékisme » à la manière de son Chef suprême surnommé « Après-Dieu ». En réalité, ils sont tous des opportunistes. Ils conspirent les malheurs des jeunes, de nombreuses familles, et ils ont bafoué « Le droit à l’éducation des enfants et des jeunes », en particulier le fonctionnement des écoles (2019-2021). Alors chers lecteurs, si vous faites une comparaison avec ce que Justin Lherisson a évoqué dès son époque, quelle lecture feriez-vous des comportements, des fonctions et des pratiques des hauts fonctionnaires étatiques en Haïti dans le contexte actuel ?En fait, Justin Lherisson a choisi trois prototypes pour nous permettre de saisir le comportement de la faune politique haïtienne :
Boutnègre : le chef de qui connait mieux la réalité haïtienne qu’Eliezer. Le candidat doit savoir saluer, boire et par-dessus tout, Deller les cordons de la bourse pour payer le vote. Il s’adapte facilement à toutes les circonstances.
Eliezer : Le candidat malheureux et populaire qui était devenu le premier Député de la Capitale. Il ne recule devant aucun sacrifice d’argent. Arrêté et jeté en prison, il était remis en liberté sans jugement après le dépouillement des urnes. Libéré, il oublie de remercier ses bourreaux malgré les conseils de Boutnègre.
General Borome : Chef de l’incarnation (métamorphose, personnification) de l’autorité policière et politique. L’autorité politique n’est ni le Chef de l’Etat et ses Ministres, ni les parlementaires, ni les juges, mais le général Borome incarne l’arbitraire du pouvoir. En bref, toute décision politique est prise au nom d’un Etat totalement absent.
Cette pratique de la politique politicienne est aujourd’hui l’ère d’une nouvelle formule de la gérontocratie et de « L’égoïsme », obstacle qui est présent à l’école, dans les dynamiques familiales, à la scène politique, à l’université et même dans le monde professionnel. Pesez-vous ces questions : Pourquoi 50 candidats pour un seul poste de Président de la République ? Pourquoi les mouvements populaires n’aboutissent jamais à un résultat favorable aux plus démunis ? Pourquoi certains, soi-disant, homme hommes politiques demandent-ils de fermer, de réduire le pays en cendre alors que leur famille vit en dehors du pays ? Comment se sont passés les dossiers de meurtre à carrefour-feuille, la saline, Me Monferrier Dorval, des Sénateurs, Députés et Directeurs Généraux impliqués dans les cas de Kidnapping, dilapidation des fond publics en particulier « PetroCaribe ». … ? Quand est-il du nombre élevé des citoyens qui ont été victimes lors de la période « Peyi lòk » ? Si nous voulons contribuer au changement réel de notre société, il faut bannir l’égoïsme.
Aussi, plusieurs facteurs sont des obstacles pour les jeunes : leur choix dès leur plus jeune âge, la pauvreté des familles qui est un préalable au phénomène l’insécurité sans précédent que nous vivions, le manque de confiance en soi, la peur de s’impliquer dans des activités sociales, politiques ou génératrices de revenu. Je disais que la pauvreté des familles est un préalable au phénomène l’insécurité sans précédent que nous vivions pour plusieurs raisons.
Premièrement, cela conduit à une sorte de violence structurelle. Le terme désigne une forme de violence provoquée par les structures ou institutions d’une société donnée, qui empêche les individus de se réaliser (Galtung, 1970). En d’autres termes, toute forme de contrainte pesant sur le potentiel d’un individu du fait des structures politiques et économiques (Galtung, 1969). Agissant à travers la complexité de ses structures, c’est un processus lent qui produit de l’inégalité, de la souffrance et peut conduit à un état de misère permanent ou à la mort. Cette violence s’auto-renforce en désamorçant les ressorts qui conduisent à la lutte contre cette exploitation en constituant une entrave à la prise de conscience de sa propre condition et à la mobilisation. Elle conduit à la violence directe ou la résignation.
En Haïti, cette forme de violence est très exercée par certaines personnes dites « Leaders » sur les générations les plus jeunes. En conséquence, une grande majorité de jeunes ont fait d’autres choix qui sont non seulement des menaces pour eux-mêmes, mais aussi pour la société. Par exemple, participer à une mobilisation sociale en faveur de la violence pour gagner des élections, pour assassiner les gens qui ont une idéologie contraire à celle de certains Leaders, de celle de certains collègues dans le milieu professionnel, puis celle de certains amis issus et grandis dans une même localité qui ont été désespérés et découragés face à l’adversité de la vie.
Deuxièmement, les jeunes ont des émotions naturelles surtout au début de la jeunesse. Tout d’abord, ils sont en train de se créer une nouvelle identité, ils veulent se faire connaitre et cela n’arrive pas toujours car les parents semblent parfois ignorer cette nouvelle identité et personnalité de leurs enfants. Les pressions sociales telles que leur entourage, leur famille, leur cercle amical sont des facteurs déterminants.
Troisièmement, bon nombre de jeunes sont face à de nombreux mystères, à la fois au début de l’adolescence et plus tard. Ils ont confronté à des nouvelles situations qui les intriguent et les poussent à faire des choix hors de leur conscience et de leur rêve. Des doutes et des questions se forment dans leur esprit et ils veulent y trouver des réponses. Mais, dans la majorité des cas, ils ne trouvent pas des réponses opportunes et appropriées.
Et finalement, les jeunes expérimentent le monde des adultes pour la première fois dans leur jeunesse. Un monde qu’ils ne connaissant pas auparavant et dont ils ne savent pas grand-chose.
Cela dit, de nombreux problèmes se présentent sous leurs yeux. Ils ont besoin de conseils et d’une assistance morale, mais parfois leurs parents ne fournissent pas ce soutien par négligence du coup, ils se sont lancés dans la recherche cette assistance via les cercles amicaux. Par exemple, Chez les jeunes garçons, certains ont été obligés d’intégrer un groupe armé pour assurer leur survie ou de se lancer des activités du petit commerce ; et des jeunes filles qui ont eu des enfants non-désirés en raison du viol, de la pauvreté des familles, du paiement de leur scolarité par une personne plus âgée qui pouvait leur aider ou de l’influence sociale. Alors, qui est-ce qui qui assurera l’éducation et de la prise en charge de ces enfants-là ? A quand l’éradication de la délinquance juvénile, du phénomène de Kidnapping et chômage, lesquels regroupent un nombre important des jeunes haïtiens ? A quand le respect du droit à l’éducation des enfants et jeunes haïtiens ? A quand la fin du favoritisme et de la gérontocratie au plus haut niveau de l’administration publique ?
Si j’arrive à vaincre ces ennemis durant mes vingt-huit ans d’existence, vous pourrez faire plus. Sortez de votre zone de confort, ne laissez-vous pas contrôler par le vent de la complexité et de la paresse, prenez des responsabilités, agissez et travaillez pour répondre à vos responsabilités familiales, intellectuelles et sociales. Les menaces extérieures sont nombreuses telles que la trahison, la violence structurelle de vos ainés, l’insécurité ; mais gardez l’espoir que votre réussite et votre bonheur sont fonction de ce que vous avez réalisé, de vos choix, de votre plus grand dans la vie et surtout vos dynamiques sociales. Dans mon cas, j’ai dû consentir plus d’efforts, être plus résilient et courageux pour continuer, mais peu de jeunes ont eu cette capacité. Durant mes études primaires et secondaires, je me suis lancé dans des activités du travail agricole collectif, du bonbon sirop et de poireaux pour ma mère, du charbon de bois, le petit commerce de Pap Padap et de Lapoula, de l’eau et du pain pour pouvoir résister aux épreuves que la vie m’a offerte.
Les parents, les autorités haïtiennes, la jeunesse… sachez bien que « L’éducation » est le plus grand trésor que vous pourriez offrir à vos enfants. J’ai vendu de l’eau de 2009 à 2013 à Port-de-Paix, ma mère a risqué sa vie en prenant la route vers 3h Am, 4h AM pour se rendre au marché (poireaux et bonbons sirop) pour embellir la mienne, j’ai commencé à pratiquer du travail agricole collectif vers l’âge de dix ans dans le but d’avoir l’accès à l’éducation. A cette époque, j’étais un chétif, un besogneux dans toute mon intégralité. Mais, l’éducation est meilleur moyen pour favoriser le développement et la créativité des personnes. Car, l’éducation offre aux adultes et aux enfants défavorisés une chance de sortir de la pauvreté. Elle est donc un outil essentiel pour le développement économique, social et culturel de toutes les populations dans le monde. C’est dans cet ordre d’idées qu’on disait que : « L’éducation c’est l’arme la plus puissante qu’on peut utiliser pour changer le monde », soutient Nelson Mandela. Donc,
- Donnez une chance aux enfants !
- Arrêtez le train de l’insécurité !
- Arrêtez les manœuvres et la tendance de la légalisation du banditisme dans plusieurs régions du pays !
- Nous avons de beaux endroits touristiques, attitrez plutôt des touristes, investisseurs au lieu d’accaparer de la richesse du pays !
- Arrêtez d’agir au détriment de la majorité pour satisfaire un groupuscule !
- Eduquez les jeunes au lieu de leur intégrer dans un groupe armé !
- Jeunes de mon pays, soyez vigilants et courageux car vous serez victimes de vos propres coachs qui vous ont donné des minutions. C’est votre avenir qui est gâché.
Références
Calderon, S. (2019). Les savoirs de la violence structurelle relationnelle, pour une Non-Violence politique /. 2019. ffhalshs-02176388v3.
Dubresil, R. (2018). « Fuite du capital humain en Haïti à l’ère de la révolution numérique : redéfinir le Brain Drain en Brain Gain ». Le National.
Flynn, C., Damant, D., & Bernard, J. (2014). Analyser la violence structurelle faite aux femmes à partir d’une perspective féministe intersectionnelle. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 28-43
Lherisson, J. (1905). La Famille des Pitite Caille. Roman.
Audyl CORGELAS
Licencié en Sciences de l’Education, Université Quisqueya.
Ex-boursier du Haitian Education and Leadership Program.
Ecrivain et Coach en Méthodologie, développement intellectuel et professionnel !

