Pestel et l’histoire de la révolution de Goman

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Mardi 3 novembre 2020 ((rezonodwes.com))– L’indépendance du pays n’a pas mis fin au système d’exploitation imposé par les colons français.

En effet, un Etat-Nation disloqué a vu le jour au lendemain de l’assassinat du père Fondateur.

La tenure foncière s’imposait comme le premier grand élément de blocage empêchant la jouissance d’un certain bien-être social au sein de la République. La paysannerie, espace social où vivaient la majorité des bossales qui ont participé pleinement à la guerre de l’indépendance a été tout bonnement écartée dans la politique publique du pays. 

Pestel, rare des endroits du pays étant restée en possession des Français jusqu’à l’élimination de ces derniers par Dessalines lors de sa visite à Corail (1), a soutenu pendant treize ans la première grande lutte revendicative paysanne qui a eu lieu de 1807 à 1820 dans la Grand’Anse sous les ordres de l’Officier Jean Baptiste Perrier dit Goman.

Ce mouvement insurrectionnel qui revendiquait une meilleure distribution de la terre au niveau de la République se déclare vengeur de l’empereur Jean Jacques Dessalines (2) assassiné pour cette cause. Pestel entra en rébellion en même temps que Goman déclencha les hostilités contre le gouvernement Alexandre Pétion le 04 février 1807 lorsqu’il passa au camp de Henry Christophe (3). 

Pestel se rallia Sans hésitation à la cause de Goman pour la simple bonne raison que les cultivateurs de la commune n’avaient pas accès aux propriétés. La majorité des terres étaient occupées par des fermiers de l’État. Ceux-ci étaient les Hommes de couleur, partisans du pouvoir de Pétion, qui dominaient la sphère politique. Le Général Léveillé possédait à lui seul un bon nombre de domaines de la deuxième section.

Tout cela a sensibilisé et motivé les Pestelois à monter à bord. Et la participation de Pestel dans cette lutte était stratégiquement primordiale. Goman ne saurait pas écarter Pestel par rapport à sa position géographique pour quelle que soit la raison. Les montagnes ainsi que les grottes et ses vastes plantations dont est peuplée la commune a donné un élan favorable au déroulement des combats. 

La tradition rapporte que ce fut à Pestel que le lieutenant colonel de la 19ème brigade savait recevoir les émissaires envoyés par le roi Henry Christophe et les munitions embarqués depuis le Môle Saint Nicolas. Goman a compris que le cachet de Pestel était un point stratégique énorme. Il est fort probable que son port aurait été un point de garnison ayant alimenté les troupes en munitions. 

Ce stratège qui a conduit la Grand’Anse pendant treize ans dans cette lutte visant la distribution équitable de la terre était un chef marron d’ethnie et un soldat qui a fait preuve de courage et d’intrépidité. En cette qualité, le lieutenant Colonel Goman retrouvant dans les rangs de l’Armée du Général André Rigaud activa la lutte pour que les bossales dont les pères sont en Afrique aient un lopin de terre comme souhaitait l’empereur Jean Jacques Dessalines.

Ayant Constaté que ce sont les hommes aux teints clairs de la Grand’Anse qui ont accès aux propriétés, il dut prendre les armes pour essayer de changer les donnes. 

Goman mélangeait dans son combat, guerre conventionnelle et tactique de guérrilla (4). Pestel connue comme un fort naturel en raison de son relief imposant comme a fait remarquer l’historien Thomas Madiou convenait parfaitement à ce modèle de stratégie utilisée par le chef de rébellion. Celui-ci utilisait toutes les montagnes de la deuxième, de la troisième et de la quatrième sections pour résister aux assauts de la force gouvernementale envoyée par le président Alexandre Pétion.

La bataille débuta en Juillet 1808 lorsque Laclotte débarqua à Pestel à la tête d’une Compagnie dénommée « Volontaires Nationaux » et tenta de mater le mouvement. C’était en vain. Elle poursuivit le 23 mai 1810 quand le général Jean Louis Métellus sorti de Léogane parvint sur l’habitation de Desriveaux, où le joignit le général Francisque à la tête de sa colonne; ils se portèrent tous deux sur l’habitation Vandribiche, Fond de Plymouth là où se localisa la troupe de Goman.   C’était un Benoit qui servit les troupes gouvernementales de guide.

Pour la troisième fois depuis que les hostilités sont lancées, le 10 juin 1810 le Général André Rigaud débarqua dans la Grand’Anse avec objectif de mater la révolte(5). Étant informé du rôle que joue Pestel dans la bataille, le Général Rigaud y prit position et encercla Pestel. C’est ainsi qu’il ordonna au Général Bruny Leblanc qui commandait l’Arrondissement de l’Anse à Veau de couvrir avec deux colonnes les embarcadères de droite et de gauche des Etroits (localité située à proximité de « Les Basses »), c’est-à-dire depuis la Rivière Salée ( 4ème section des Baradères) jusqu’à la deuxième section de Pestel. Parallèlement, le Général Métellus couvrit le terrain qui s’étendait sur Pestel et Corail. En dépit de cela, la troupe de Goman résista sur tous les fronts. 

Ne voulant pas se positionner en faveur du pouvoir de Pétion, le Général Henry reçut l’ordre d’aller contenir la commune et débarqua en mars 1811 à Pestel (6). Quand il y mit les pieds, il dut faire face à une grande résistance des troupes dirigées par Goman. Après autant de batailles, il parvint à déloger Goman et ses troupes dans le bourg. Le général Henry n’a pas pour autant abouti à son objectif. Goman reprit sans tarder le contrôle de Pestel qu’il ne voulait pas lâcher au regard de son importance géographique après s’être refoulé dans les montagnes. Il continuera les représailles jusqu’à sa capture. 

Pétion est mort en 1818 sans parvenir à mettre un terme à la révolte des cultivateurs de la Grand’Anse. Son compère Jean Pierre Boyer le remplace au pouvoir. L’année 1819 se révélait décisive pour le nouveau président dans cette lutte à mater la rébellion qui gagna en terrain. Pour cela, il instruisit l’armée à agir pour en finir avec.

Cette fois-ci, la responsabilité de pacifier la commune de Pestel avait été confiée au Général Francisque. Sous ses ordres, il y avait 1 200 hommes aidés par le commandant Laclotte et quinze (15) chasseurs de Pestel (7). Ils ont parcouru toutes les montagnes à la recherche de Goman et ses soldats. Ils ont incendié le bourg de Pestel.

C’est à la suite de cette attaque que le mouvement a pris fin à Pestel. Le Général gagna les mornes et se réfugia jusqu’à Grand Doco (en bas du Pic Macaya), son fief qu’il a lui-même construit. Ce fut le dernier assaut mené à Pestel par les troupes gouvernementales. Une fois que le Gouvernement s’est emparé de Pestel, les troupes de Goman ne pouvaient plus alimenter en munitions. C’était de fait l’échec du mouvement.

Toutefois il importe de dire que le mouvement, depuis 1814, perdit dans son élan à la suite de la distribution d’habitations aux officiers, sous-officiers, soldats, fonctionnaires publics et à des familles de cultivateurs (8).

Enfin de compte, à cause de l’écrasement de la révolution, Pestel avait toujours Boyer à l’oeil; c’est pourquoi le 02 Février 1843, elle rejoignit le mouvement de soulèvement enclenché dans le Sud contre lui (9). Cette lutte allait être réincarnée dans l’esprit et l’âme de tous les Pestelois progressistes. Une des raisons pour lesquelles Pestel n’est pas bien vue demeure sa participation à ce genre de luttes.

Notes bibliographiques 
1. DORSAINVIL, J.C: Histoire d’Haïti: à l’usage des candidats au Certificat d’études primaires : d’après le Manuel d’histoire d’Haïti. 
2. Texte de Myrtha Gilbert, courte biographie de Goman sur le https://gomanakawo.wordpress.com/biographie/
3. Ibid 
4. Ibid 
5. MADIOU, Thomas: Histoire d’Haïti. Tome (1807_1811 ) 
6. MADIOU, Thomas: Histoire d’Haïti. Tome (1811_1818)
7. MADIOU, Thomas: Histoire d’Haïti. Tome (1819-1826)
8. Texte de Myrtha Gilbert, courte biographie de Goman, op.cit 
9. MADIOU, Thomas: Histoire d’Haïti. Tome (1843_1846)

James Saint Germain 

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