14 janvier 2026
Plaidoyer pour une église militante en Haïti
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Plaidoyer pour une église militante en Haïti

La situation délétère en Haïti met à mal tous les citoyens soucieux de leur avenir. L’engagement de toutes les franges de la population est une condition sine qua non pour un changement durable de la réalité. La communauté des églises protestantes qui, le 26 juillet 2020, a foulé le macadam contre le nouveau code pénal a peut être lancé un bon signe d’engagement patriotique dans la mesure où cette communauté embrasse entièrement la cause. Dans cet article, un plaidoyer est réalisé afin de fonder la pertinence et la criante nécessité d’une église militante socialement en Haïti.

Lundi 17 août 2020 ((rezonodwes.com)) — Eglise et politique sont en Haïti deux entités depuis longtemps diamétralement opposées. À l’église, nous nous mettons à part, le monde n’est pas chez nous. Notre patrie est dans les cieux, là où est notre Dieu. La politique est bondée d’assaillants et de corrompus. C’est le fief de ses païens-là qui, sans espérance d’une vie future, s’approprient d’une terre  dont les jours sont comptés. Nous, nous attendons notre Seigneur Jésus qui viendra nous soustraire aux souffrances d’ici-bas. Pas la peine de s’occuper de la politique. Souffrons donc, le bien être nous attend dans les cieux. Voilà donc le fil conducteur de la pensée véhiculée généralement dans les églises protestantes.

Cette conception a fait des adeptes du protestantisme des gens sans aucune redevance citoyenne, déconnectés de la réalité et sans grande influence dans la société. Or, une lecture assidue de la Bible, livre de chevet du chrétien, nous apporte une vision du monde tout autrement. En effet, le christianisme interpelle à la création d’une société basée sur la justice, la paix et la joie de vivre au travers d’hommes et de femmes habités pleinement par le divin. Des hommes et des femmes conquis par le sens de l’altérité et du bien public, par l’amour et une volonté inébranlable de faire le bien et d’assurer sa perpétuation à travers le temps. Le christianisme, dans la Bible, est à la négation de la corruption, de la malice et de la duperie avec l’oppression de l’homme par l’homme. Le christianisme est la promotion de l’intégrité, la recherche et la sacralisation de la vérité, la pratique de la justice, de l’équité et le pari sur l’amélioration constante de l’homme.

La Bible, c’est un document qui campe à la fois des personnages foncièrement « religieux »  que des personnalités politiques et des militants acquis aux causes socio-politiques. La Bible, c’est Élie et Élisée qui font office de prophètes, c’est David qui affronte Goliath pour le peuple d’Israël, c’est Néhémie qui s’engage pour la construction des murs de Jérusalem, c’est Zachée qui se repent de ses malversations dans les finances publiques, c’est Joseph en Egypte qui assure la gestion efficace des ressources d’une cité [autre que la sienne]. Etc.

Ces valeurs et personnages de la Bible sont les témoins vivants que le christianisme est aux antipodes d’une vie déconnectée de la réalité du monde. La Bible nous exhorte même à rechercher le bien de la cité dans laquelle nous sommes, d’adresser des prières pour sa cause « parce que notre bonheur dépend du sien » (Jérémie 29 : 7).  Ainsi, l’église protestante d’Haïti doit s’inscrire pleinement et sans demi-mesure dans la promotion des valeurs qu’elle est censée charrier. Autrement dit, l’église protestante d’Haïti doit s’aligner dans les revendications sociales et politiques pour assumer ses idéaux. Elle doit être la porte-parole de la transparence et de la bonne gouvernance, présente dans les luttes contre la corruption et dans les activités visant l’amélioration des conditions de vie de la population.

Elle doit être haïtienne, citoyenne, impartiale, militante, engagée dans l’établissement de la vérité et de la justice. Elle doit servir de repères à la société, s’engager aux côtés des plus vulnérables et constituer un repaire et un vivier d’hommes et de femmes de valeur disponibles et disposés au service de la Nation. L’église protestante d’Haïti doit s’assumer même au péril des attaques que l’on pourrait porter à son encontre.  « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée » lit-on au verset 14 de Matthieu 5.

Pour s’acquitter de la mission qui lui incombe, l’église doit se hisser à la mesure de ses croyances et se donner les outils de sa politique.  L’église ne doit pas se limiter aux quatre murs afin d’équiper chacun des croyants à remplir sa part dans la vocation de l’assemblée. Comme il est prescrit dans la Bible, le croyant trimbale avec lui l’église.  Ainsi, le croyant doit être formé et exercé à la manœuvre. Outre les versets de la Bible à mémoriser, les enseignements des lois spirituelles à intérioriser, le croyant-citoyen doit voir le jour. Le leader-militant et citoyen avant lui.  

L’église est à la fois une institution mystique, christique et sociale. La société s’attend donc aux prières, aux exhortations, aux appels à la conversion mais aussi, aux manifestations, pétitions, recommandations et aux propositions.

À quand donc les propositions de l’église dans ces moments de trouble et de grande difficulté ? C’est quoi la position de l’église face à l’effritement des valeurs de la société ? J’attends l’église sur le macadam pour l’amélioration des conditions de vie de la population comme pour le nouveau code pénal. J’attends ses propositions  pour une Haïti inclusive, équitable, juste, libre, forte et prospère. J’attends ces croyant-militant, ces croyant-citoyens.  Ces leaders dont rêve la société.

Allez l’église, soyez militante ! Car, si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. Parole du Seigneur.

Amen.

Jeff Alix ST TILMA

2 Comments

  • Endijèn 18 août 2020

    « Un système de valeurs morales construit sur la base du confort du bonheur individuel est tout juste suffisant pour un troupeau de bétail. »

    C’est une très bonne réflexion! Mais, il ne faut pas oublier la réalité, c’est là que le bas blesse. Vous ne pouvez pas compter sur des gens qui sont devenus pasteurs à l’instar de l’ancien prêtre Jean Bertrand Aristide. Ou à défaut, vous ne pouvez pas compter sur des gens qui sont devenus pasteurs comme les politiciens Préval, Martelly…, Privert et Jovenel. Joumou pa konn donnen kalbas.

    Sous le pseudo démocrate René Préval, lors des manifs Grangou Kloroks ak Asid Batri, les pasteurs n’étaient pas dans les rues avec leurs fidèles pour protester contre le coût de la vie… Et le 26 juillet 2020, la communauté des églises protestantes n’était pas dans les rues pour rappeler au président Jovenel Moise, même ses partisans (la poignée de votants) n’ont pas vu de la nourriture dans leurs assiettes et des liasses de billets dans leurs poches. Mais, les pasteurs et les fidèles veulent tout simplement le retrait du Code Pénal Masimadique.

    Dans le pays, de plus en plus, un gardien de troupeaux n’a pas d’état d’âme, comme ceux qui rêvent je klè de servir le système à la place de Jovenel Moise et consorts. Le pays a un grand besoin de nouveaux leaders…

    Témoin historique

  • LandyJBL 21 août 2020

    Réflexion bien nuancée . A quand une église engagée et militante ?

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