Samedi 11 avril 2020 ((rezonodwes.com))– Il n’y a aucun doute que l’enseignement à distance, les plateformes de gestion scolaire sont une réalité incontournable qui doivent désormais faire partie du quotidien de tout système éducatif de qualité qui vise l’équité et l’efficacité et cela même avant le COVID-19. Les mérites de l’utilisation de la radio, de la télévision, du téléphone mobile, des plateformes numériques dans les processus d’enseignement-apprentissage ou de l’administration scolaire ne sont plus à démontrer.
L’expérience récente de Sierra Leone dans la crise d’Ebola a démontré l’importance de l’utilisation de technologies simples pour maintenir le système éducatif en état de fonctionnement minimal et préparer l’avenir. L’utilisation de la radio à des fins éducatives avec des protocoles de communication clairs, des plans de cours réadaptés, des plages horaires par classe, chronométrés, a fait une différence. Pour élargir la couverture, 80000 appareils de radio portables étaient distribués aux familles. Pareil au Bangladesh où des cours de formation pour les enseignants étaient enregistrés sur des cartes SIM. Cela donnait donc l’opportunité aux enseignants de les insérer dans leur propre téléphone et aussi la flexibilité de les consulter quand ils en avaient besoin.
L’enseignement à distance est essentiel avec ou sans période de crise, surtout quand elle n’amplifie pas les inégalités scolaires et quand elle supporte l’action pédagogique des enseignants. Déjà qu’il ne faut pas perdre de vue qu’environ 400 000 enfants sont encore hors du système scolaire. En Haïti, comme partout ailleurs, il est important d’occuper le temps libre des enfants dans ce contexte de confinement, par tous les moyens. Mais, après le « peyi lòk de trois mois et ce re-confinement dû au COVID-19, ajoutés aux défis d’énergie et de connectivité, un système d’enseignement à distance, en plein rodage, ne sera pas suffisant pour combler les immenses lacunes de l’année scolaire.
En plus, ceci requiert une participation active des enseignants qui n’auront pas le temps d’être formés et mobilisés à cet effet pour cette année. Il serait donc injuste pour la grande majorité des élèves d’être notés, classés. En attendant, le “passage automatique” à la classe supérieure reste à date la principale option, à l’exception des classes d’examens officiels de la 9e AF du baccalauréat unique, qui méritent un autre traitement. Ceci ouvre aussi la voie au passage des 13 ans de scolarisation actuelle aux 12 années pour l’enseignement général classique, tel qu’initié dans les 12 mesures, d’ici 2022.
Aussi, tous ces dispositifs de support d’enseignement à distance méritent d’être encouragés et renforcés, surtout pour les années scolaires à venir. Le MENFP dispose déjà d’un service de radio éducatif rééquipé récemment pour des productions. Egalement, il est aussi souhaitable que le MENFP remette sur pied le programme « EDU-NAT » ou un programme similaire. Ce programme qui était en support aux 12 mesures de 2015 permettait à tout enseignant des secteurs public ou privé, détenteur du permis provisoire d’enseigner (PPE) ou non, directeur d’école détenteur de la Carte d’identification d’école (CIE) ou non, de bénéficier d’une SIM carte gratuite. En plus de la gratuité de la SIM, un montant était disponible chaque mois sur la SIM, pour le téléchargement de données, ce qui donnait à l’enseignant accès à des contenus en ligne.
En plus de cette urgence, l’autre urgence est de préparer maintenant le post COVID-19 et toute prochaine éventuelle pandémie. Il est donc essentiel de revenir sur ces 12 mesures, en démarrant par le plan de formation des enseignants et les compétences clés pour l’obtention du Permis d’Enseigner qui inclut le numérique. C’est aussi l’occasion de mettre à profit la loi sur la modernisation de la formation technique et professionnelle en lançant le baccalauréat professionnel du nouveau secondaire avec les futurs lycées techniques. L’économie post COVID-19 nécessitera de nouvelles compétences, notamment numériques. Le projet de protocole d’accord avec Discovery Channel/Discovery Education, que j’avais promu en 2016, de même que celui avec MIT doivent être remis en selle pour promouvoir les #STEM.
En conclusion, le respect des engagements et investissements du Pacte d’Education est nécessaire en vue de renforcer le système éducatif. Cette pandémie qui oblige à fermer écoles et universités est un signe avant-coureur d’autres perturbations qui nous obligent à modifier durablement nos façons d’apprendre, d’enseigner, d’évaluer. Aussi, l’enseignement à distance ne sauvera pas l’année scolaire, au risque d’accroître les inégalités scolaires, mais bien planifié, il renforcera les réformes à venir.
Et c’est surtout à cela que doivent s’atteler le MENFP, les syndicats d’enseignants, les partenaires de l’éducation, les développeurs de plateformes ou de logiciels scolaires, bref, la société en général. Aucun gouvernement ne peut réussir seul ce virage vers cette école hybride du « face à face » et de l’interface.
Les stratégies, les ressources financières, les ressources pédagogiques, les expériences et expertises du « village » tout entier devront être pleinement mobilisés pour faire face ensemble au monde post COVID-19.
Nesmy Manigat, 10 avril 2020

