Samedi 23 novembre 2019 ((rezonodwes.com))–L’Investissement Direct Etranger (IDE) est, depuis plusieurs décennies, au cœur des stratégies de développement car il est à la fois une source d’emploi et une opportunité pour impulser une dynamique de développement. Nos dirigeants politiques, intellectuels, acteurs de la société civile parlent de la stabilité politique comme condition sine qua non pour attirer les investisseurs internationaux afin de booster la croissance économique et la création d’emploi dans le pays.
HAITI IS OPEN FOR BUSINESS
Dans les médias, nos responsables se plaignent de l’instabilité politique qui empêche l’entrée des capitaux étrangers dans le pays. Selon eux, la stabilité favoriserait une entrée massive des investissements étrangers en Haïti au même rang que la République Dominicaine et d’autres pays de la région.
Le manque d’investissements internationaux dans les pays pauvres est dû, d’après certains chercheurs, au fait que ces derniers font face à des niveaux de risque politique très élevés. En ce sens, des auteurs dont Lucas (1990), Calvo (1996), Ferrucci et al. (2004), à travers des travaux empiriques, montrent que le risque politique est le plus important facteur décourageant les entreprises, notamment les investisseurs internationaux, à investir dans un pays.
Cependant une étude empirique menée en 2008 par Laura Brancu montre que la Roumanie est un pays stable politiquement mais n’attire pas beaucoup d’investissement de l’étranger par rapport aux autre pays européens. A travers cette étude, en identifiant des facteurs attractifs et répulsifs, l’auteur a conclu que la stabilité politique est nécessaire mais pas suffisante pour attirer les IDE en Roumanie.
En principe, les entrepreneurs recherchent la maximisation du profit de leurs entreprises. L’implantation d’une entreprise dans un pays étranger devrait être un accord gagnant-gagnant où l’entreprise bénéficie des avantages fiscaux et le pays profite de la création d’emploi, le transfert de connaissance et de savoir-faire. Toutefois, il faut se rappeler que la décision d’investir à l’étranger dépend d’abord de la politique interne de la firme et des facteurs externes tel que réduction des couts.
L’attractivité d’un territoire est sérieusement prise en compte lors de la décision d’investissement à l’étranger. En effet, un pays est d’autant plus attractif pour les investisseurs quand il dispose des infrastructures de qualité, des ressources humaines compétentes, un cadre macroéconomique stable et un système législatif efficient. Des auteurs tel que Globerman et Shapiro(1999) identifient d’autres facteurs externes tel que l’existence et la taille du marché, la lutte active contre la corruption, l’amélioration des cadres politiques, des institutions crédibles et la dynamique des reformes (les lois, réglementation).
Une simple analyse de la situation montre qu’Haïti est loin de répondre aux critères précités pour attirer les investisseurs étrangers. Le pays ne dispose pas d’infrastructure adéquate, les ports et aéroports modernes quasi inexistant, les problèmes énergétiques et fonciers et la corruption. D’après l’indice de perception de la corruption en 2018, Haïti occupe la place 161e sur 180 pays avec un score de 20 sur 100. Par ailleurs, l’inflation non contrôlée, l’instabilité du taux de change et le faible taux de croissance économique en Haïti peuvent être considérés aussi comme des facteurs répulsifs pour les IDE. Les institutions haïtiennes sont peu crédibles et inefficientes. Enfin, l’absence d’une règlementation adéquate pour protéger les biens et les droits de propriété constitue un obstacle majeur à l’entrée des investissements internationaux.
D’après doing business report, Haïti occupe la place 182e sur 190 pays en 2019 avec un score 38.52. En dépit de certains efforts réalisés à travers le centre de facilitation des investissements(CFI), le climat d’investissement en Haïti reste médiocre et extrêmement compliqué pour démarrer une entreprise. Il faut 12 procédures et 197 jours pour créer une entreprise dans ce pays tandis que la moyenne pour l’Amérique latine et caraïbe est 8 procédures et 32 jours.
En conséquence, Haïti a réalisé une piètre performance en termes d’attraction des investissements étrangers dans la région pendant les 20 dernières années. La meilleure performance était en 2017 avec 374 millions dollar provenant de l’acquisition de DINASA par RUBIS. Pourtant, la république dominicaine a reçu 2.4 milliards de dollar d’investissement étranger en 2016. Les maigres investissements étrangers en Haïti sont majoritairement dans le secteur textile ; des industries de bas gammes qui ne garantie pas le transfert de connaissance et du savoir-faire et l’innovation technologique. C’est le cas notamment des lois Hope I et II, le projet de Caracol avec les compagnies asiatiques qui n’ont pas atteint globalement l’objectif visé en termes de création d’emploi.
L’amélioration du climat de l’investissement est un processus, non une action ponctuelle. Créer un environnement serein à l’investissement ne se résume pas uniquement à la stabilité politique mais aussi à la création des infrastructures adéquates et du cadre réglementaire pour la protection des droits de propriété, combattre activement la corruption, faciliter la création des entreprises dans un temps record et créer un système bancaire modernisé. Nous admettons tous que l’instabilité politique est un cancer pour le progrès économique du pays. Il est impératif pour que l’Etat travaille de concert avec tous les acteurs haïtiens pour maintenir une stabilité politique durable; mais elle n’est pas l’équivalent du climat propice à l’investissement.
Enfin, les autorités compétentes doivent définir des stratégies appropriées à travers des politiques publiques pour améliorer le climat d’investissement en Haïti et d’attirer les firmes multinationales. La mise en place des infrastructures de qualité, des normes règlementaires et un cadre macroéconomique stable sont aussi importants que la stabilité pour améliorer l’attractivité du pays afin de booster la croissance économique. Donc, la stabilité politique est nécessaire mais insuffisante pour attirer massivement les investissements étrangers en Haïti.
Louidieu SEVERE
Économiste, Contrôleur aérien
Email : louidieu.severe@gmail.com


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