12 avril 2026
Migration TV numérique : Pourquoi Haïti n’a pas choisi de préserver les droits acquis des concessionnaires historiques comme la République Dominicaine ?
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Migration TV numérique : Pourquoi Haïti n’a pas choisi de préserver les droits acquis des concessionnaires historiques comme la République Dominicaine ?

Le gouvernement du Premier Ministre de facto M. Didier Fils-Aimé a publié cette semaine un
décret portant sur la migration de la Télévision analogique vers la Télévision Numérique Terrestre
(TNT).

Ce décret viole les droits acquis des concessionnaires historiques haïtiens de Télévision, près d’une centaine de petites et moyennes entreprises réparties sur les dix(10) départements géographiques du pays, car ils ne sont plus autorisés à exploiter des fréquences radioélectriques à partir du 30 septembre 2026 et sont invités à se convertir en de simples éditeurs de contenus de télévision devant négocier avec quelque grands opérateurs de plateforme la diffusion de leur programme. Sinon disparaître tout simplement et fermer boutique,

Cependant Indotel (Institut dominicain des télécommunications, en République dominicaine) a opté pour une approche qui préserve plutôt les droits acquis des concessionnaires historiques de télévision analogique en République voisine, contrairement au modèle haïtien promu par le gouvernement de facto..

Selon certains analystes cette différence reflète des stratégies réglementaires, économiques et légales distinctes dans la transition vers la télévision numérique terrestre (TNT ou TTD en RD).

Contexte et raisons du choix de Indotel.

Dans le Plan de Transition à la Télévision Terrestre Digital (adopté et modifié par résolutions du Conseil Directif de Indotel, notamment en 2021-2022 et mises à jour ultérieures), les concessionnaires historiques (comme Teleantillas, Telecentro, CERTV, etc.) se voient directement attribuer des fréquences numériques (canaux physiques et virtuels) correspondant à leurs anciennes fréquences analogiques. Ils conservent leur droit d’exploitation des fréquences (6 MHz par canal radioélectrique) et continuent à opérer en tant que diffuseurs, avec possibilité de simulcast (émission simultanée analogique + numérique) avant l’« apagón analógico » (extinction progressive de l’analogique, avec phases en 2024-2025 et distribution de boîtiers convertisseurs par Indotel).

Pourquoi Indotel a jugé bon de ne pas les priver de ces droits ?

  • Respect des concessions existantes et des droits acquis : La Loi générale des télécommunications (n° 153-98) et les règlements d’Indotel traitent les concessions comme incluant le droit d’usage du spectre. Révoquer cela aurait exposé l’État dominicain à des litiges et à une instabilité juridique.
  • Transition fluide et rapide : Des dizaines de sociétés (environ 48 selon les annonces d’Indotel) étaient déjà prêtes techniquement. Leur attribuer directement des fréquences numériques évite une restructuration totale du marché et garantit la continuité du service pour les téléspectateurs (accès gratuit à la TNT via antenne).
  • Protection du tissu audiovisuel existant : La RD compte de nombreux opérateurs historiques (nationaux, régionaux ou locaux). Cette approche évite une disruption économique dans un secteur déjà mature et aligné sur le standard ATSC (similaire aux États-Unis).
  • Contexte pratique : Indotel priorise l’inclusion (distribution gratuite de 940 000 boîtiers pour les foyers vulnérables) et la modernisation sans révolutionner les rôles des acteurs en place. Le modèle est « opérateur = diffuseur + éditeur » (chaque concessionnaire gère sa propre transmission numérique ou partage l’infrastructure via accords).

    En Haïti, le décret récent (publié en avril 2026 par le gouvernement de facto ) officialise la migration progressive vers la TNT. Les opérateurs analogiques historiques sont invités à s’adapter en devenant principalement éditeurs de service (fournisseurs de contenus/programmes), tandis que la diffusion (exploitation des fréquences, multiplex et plateformes de transmission) fait l’objet de concessions séparées. Les stations analogiques doivent migrer vers les plateformes de diffusion désignées par le le gouvernement de facto (période de simulcast prévue).

    C’est , selon plus d’uns ,un modèle plus « européen » (séparation contenu vs. transport), inspiré des enjeux de dividende numérique pour libérer du spectre au profit des télécoms mobiles (4G/5G).

    Selon certains observateurs cette différence pourrait s’expliquer par :
  • Le contexte haïtien (besoin urgent de libérer du spectre pour la connectivité mobile et de
    restructurer un secteur audiovisuel fragmenté).
  • L’influence francophone et les objectifs de concurrence/optimisation du spectre (multiplex
    permettant plusieurs chaînes par fréquence).

    Avantages et inconvénients des deux approches

    Approche Indotel (maintien des droits d’exploitation des fréquences pour les historiques)

    1-Avantages :
  • Continuité et stabilité : Pas de rupture pour les opérateurs ni pour les téléspectateurs ;
    transition plus rapide et moins coûteuse pour les acteurs en place.
  • Protection des investissements : Les historiques conservent leur infrastructure et leur
    audience.
  • Pluralité des contenus : Maintien des chaînes locales/régionales indépendantes sans
    dépendance vis-à-vis de nouveaux opérateurs de multiplex.
  • Simplicité réglementaire : Moins de négociations ; Indotel assigne directement les canaux
    (voir tableaux de réordonnancement des fréquences TTD).

    2- Inconvénients :
  • Efficacité spectrale moindre : Chaque opérateur garde souvent un canal dédié (6 MHz), ce qui limite le nombre de chaînes potentielles par multiplex par rapport à un modèle partagé. Le dividende numérique (fréquences libérées) est potentiellement plus réduit.
  • Moins d’ouverture à la concurrence : Barrière à l’entrée pour de nouveaux éditeurs ou diffuseurs ; risque de concentration chez les historiques.
  • Coûts de mise à niveau : Les opérateurs doivent quand même investir dans l’équipement numérique, sans mutualisation forcée des infrastructures.


    Approche haïtienne (conversion en éditeurs de service)
    1- Avantages :
  • Optimisation du spectre : Via multiplex (plusieurs programmes par fréquence), on libère davantage de bandes pour d’autres usages (télécoms mobiles, 4G, etc.) → plus grand dividende numérique.
  • Modernisation structurelle : Séparation claire entre édition de contenus et diffusion (opérateurs de plateformes) favorise la concurrence, l’innovation et l’accès à plus de chaînes/services interactifs.
  • Équité et efficience : Meilleure gestion des ressources rares ; possibilité d’appels d’offres pour les plateformes de diffusion.
  • Alignement international : Facilite l’harmonisation régionale et l’utilisation du dividende pour le développement numérique (objectif explicite du CONATEL).

    2- Inconvénients :
  • Perturbation pour les historiques : Perte potentielle de contrôle sur la transmission ; ils doivent négocier avec les nouveaux diffuseurs, avec risques de coûts supplémentaires ou de dépendance.
  • Transition plus complexe : Adaptation des concessions, composition des multiplex et période de simulcast peuvent générer des incertitudes et des résistances.
  • Risque pour la pluralité : Petits opérateurs locaux pourraient disparaître s’ils ne s’adaptent pas financièrement ou techniquement.
  • Délais potentiels : Modèle plus ambitieux, donc mise en œuvre plus longue (le décret haïtien est très récent).

    En résumé, Indotel a privilégié la stabilité et le respect des droits existants dans un marché établi, tandis que le gouvernement haïtien semble viser une réforme structurelle pour maximiser l’efficacité spectrale et le dividende numérique.

    La réaction des deux principales associations de médias en Haïti ( ANMH et AMIH) est attendue dans les prochains jours , car le choix fait par le gouvernement de facto risque également de provoquer, après le 30 septembre 2027, le contrôle par 2 ou 3 grands acteurs de l’ensemble des chaînes et programmes de Télévision en Haïti, une situation d’oligopole dans le secteur audiovisuel traditionnel.

    Avec toutes les conséquences structurelles, économiques, culturelles et démocratiques que cela peut entraîner à court, moyen et long terme pour le pays.

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